Littérature : Romance au Nunavut

L’autrice Felicia Mihali a résidé durant un an au Nunavut. 
(Courtoisie Félicia Mihalie)

L’autrice Felicia Mihali a résidé durant un an au Nunavut. (Courtoisie Félicia Mihalie)

Dans son roman Une nuit d’amour à Iqaluit, l’autrice montréalaise Felicia Mihali raconte le récit de ses personnages au cours d’une année scolaire vécue dans la capitale nunavoise.

Karine Lavoie, Le Nunavoix

Romancière, traductrice et éditrice, Felicia Mihali fait revivre dans son plus récent roman Une nuit d’amour à Iqaluit son personnage d’Irina, d’abord présenté dans le livre La Bien-Aimée de Kandahar paru en 2016.

Ce récit nous menait à la découverte des correspondances entre cette femme et Yannis, un soldat canadien posté en Afghanistan qui était tombé amoureux d’elle en l’apercevant en photo sur la couverture d’un magazine. Cependant, le jour où le soldat décède dans une explosion, cette histoire d’amour prend fin abruptement. Dix ans plus tard, nous retrouvons Irina qui décide de s’exiler à Iqaluit pour y accomplir un contrat d’un an comme enseignante, tout en pensant pouvoir y guérir ses blessures. Elle y rencontre notamment Liam O’Connor, un policier qui fera ressurgir son passé.

L’auteure s’est inspirée de son propre vécu pour ce roman, ayant elle-même fait l’expérience de l’enseignement dans la capitale nunavoise lors de l’année scolaire 2017-2018.

 

Vivre le Nord

Celle qui a vécu en 2009 sa première immersion dans le Nord en se rendant un an dans la réserve innue de Schefferville au Québec, où elle a écrit le livre Le tarot de Cheffersville, considère le Nord très inspirant. C’est d’ailleurs pour cette raison que Felicia Mihali décide de retourner vivre l’expérience nordique en 2017, cette fois-ci à Iqaluit.

« Je suis quelqu’un qui aime beaucoup le Nord, le froid extrême, les conditions extrêmes, l’isolement, la solitude. J’en ai vraiment besoin parce que la vie dans une grande ville est tellement accaparante et tellement envahissante », affirme l’autrice qui enseigne dans une école avec 40 élèves par classe et qui a une grande famille qui se compose de quatre petits-enfants.

« Ça fait du bien de changer complètement d’environnement, d’être plus seule pour prendre des moments de réflexion, de connaitre autre chose des gens, un autre environnement, une autre manière de vivre », ajoute-t-elle.

 

S’inspirer du vrai

Felicia Mihali a écrit Une nuit d’amour à Iqaluit tout au long de son année d’enseignement. Misant généralement sur les personnages, la dynamique et l’action, l’auteure est sortie de son style habituel en donnant un côté plus descriptif à sa plume : « Le Nord m’a inspiré à développer un côté poétique du paysage », affirme-t-elle.

Plusieurs personnages sont également inspirés de ses rencontres nordiques. « J’ai choisi quelques personnages emblématiques pour illustrer des identités particulières », explique-t-elle en citant, en premier lieu, le couple constitué de Carole et de son mari anglophone Grant, qui illustraient pour elle l’exemple de professionnels qui réussissent bien dans le Nord, mais qui démontrent de la bienveillance et représentent des alliés.

Il y a également le personnage d’Ana qui, quant à elle, démontre le phénomène de l’immigration étant donné de ses origines roumaines. « Malgré ce que l’on croit, le Nunavut est devenu un territoire d’immigration. À Iqaluit, il y a beaucoup de gens qui viennent de partout, comme Montréal et Ottawa, et ce n’est pas juste de la migration blanche. Il y a une grande migration des minorités visibles, d’origine africaine par exemple. C’est très multiculturel à Iqaluit », explique-t-elle.

Finalement, le personnage de Brigitte représente le genre de personne qui ne s’attache pas, qui arrive sur le territoire avec une idée du Nord et qui reste bloquée dans un modèle. « Au niveau spirituel, ça ne les change pas. Une telle expérience, aussi riche et enrichissante, ça ne les affecte pas », résume-t-elle.

 

L’émergence de la culture inuite à l’écrit

Felicia Mihali s’est rendue au Nunavut avec le désir d’en apprendre davantage au sujet de la culture inuite. « On dit que, pour connaitre un endroit, il faut y vivre au moins six mois. Alors, je me suis donnée une année pour vraiment vivre dans cet environnement qui s’est forgé une certaine individualité, un certain art très spécifique au Canada et qui est unique », explique-t-elle.

À son avis, il n’y a pas assez d’œuvres écrites dans la culture inuite et ceci s’explique entre autres par le fait que cette culture est plutôt visuelle et orale puisqu’elle préconise l’art de la parole et des histoires. « C’est une culture qui n’a pas vraiment l’habitude de s’exprimer à l’écrit. Dans la plupart des témoignages communs, c’est plutôt la mentalité de l’époque des années 50-60 par rapport aux Inuits qui est dépeinte. Mais dans les dernières années, on voit de plus en plus d’auteurs inuits qui commencent à pallier ce manque et en parlant d’eux-mêmes à eux-mêmes », déclare-t-elle.

Bien qu’aucun projet ne soit envisagé pour le moment, l’auteure souhaiterait retourner un jour dans le Nord afin de revoir les enfants, les familles et certains collègues qu’elle a rencontrés durant son année à Iqaluit. Cette condition s’avère d’ailleurs essentielle pour qu’elle écrive à nouveau sur le sujet. « Je veux vivre, je veux connaitre les gens, m’inspirer de la réalité parce que c’est cela qui fait un livre vivant. C’est la vérité ! », précise-t-elle.

Aucun lancement officiel de Une nuit d’amour à Iqaluit n’est actuellement prévu au Nunavut, mais l’autrice espère que son roman voyage jusqu’au territoire. « J’aimerais beaucoup que le livre soit lu et promu à Iqaluit parce que c’est quelque chose qui concerne la communauté », conclut-elle.


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