L’insécurité alimentaire et la crise du logement exacerbent la pauvreté

 La Coalition anti-pauvreté du Yukon (YAPC) et l’organisme Alternatives North aux Territoires du Nord-Ouest (TNO) ont tous deux publié récemment un rapport sur la pauvreté sur leur territoire. Ces rapports mettent en lumière les différents facteurs influant sur la pauvreté et émettent une liste de recommandations. Au sommet des inquiétudes : l’enjeu du logement et l’insécurité alimentaire.

Laurie Trottier
IJL – Réseau.Presse — L’aurore boréale

C’est sans surprise que le logement s’inscrit comme un enjeu majeur au cœur des deux rapports sur la pauvreté du Yukon et des TNO. Dans le rapport du Yukon, publié le 26 mars dernier, on met de l’avant les données du plus récent sondage sur le marché locatif du Yukon, qui démontre que le taux d’inoccupation des logements était de 3,2 % en octobre 2020. Au même moment, le prix moyen de location d’un appartement a augmenté de près de 6 % en un an. Pour Kristina Craig, directrice de la YAPC, il s’agit de l’enjeu le plus criant : « Ça met beaucoup de personnes à risque. Le cout, la disponibilité et la qualité des logements, particulièrement en location, c’est un défi immense. »

En date du 13 octobre 2020, 316 personnes figuraient sur les listes d’attente afin d’avoir accès à un logement social ou à un logement pour ainé. e. s, selon la Société d’habitation du Yukon. Un constat encore plus alarmant a été émis en 2019 aux TNO, alors que 1 311 personnes dans les plus petites communautés du territoire étaient en attente d’un logement subventionné.

 

L’insécurité alimentaire grandit

La pénurie de logements amène aussi une plus grande précarité alimentaire dans les territoires. « Nous le voyons à cause de la pandémie, l’insécurité alimentaire est aussi grandissante. Parce que les gens dépensent plus pour leur loyer, il y a moins d’argent restant pour la nourriture », explique Kristina Craig. Dans le rapport d’Alternatives North, publié en novembre 2020, on affirme qu’un ménage sur quatre dans les petites communautés et une partie croissante de la population de Yellowknife « est inquiète de pouvoir s’acheter de la nourriture ».

Selon Kristina Craig, il ne faut pas perdre de vue le caractère humain de ces enjeux : « L’important, c’est de se rappeler que derrière ces données, nous parlons de vraies personnes. Nous parlons de familles qui ont de la difficulté à payer leur loyer, à mettre de la nourriture sur la table ou à soutenir financièrement leurs enfants, à rester en santé. Ce sont nos voisines et nos amies. »

 

Sous-estimer la pauvreté par manque de données

Si les deux rapports ont été rendus possible grâce au soutien du réseau pancanadien Campagne 2000, qui englobe plus de 120 organismes cherchant à brosser un portrait clair de la pauvreté à travers le pays, reste qu’un manque flagrant de données mine la compréhension de la réalité des régions éloignées. Ce problème en crée un autre, soit celui « de sous-estimer le nombre de personnes affectées par la pauvreté, et la façon dont les ménages vivent », soulève Kristina Craig, à la tête de la coalition depuis 2008. Dans le rapport, plusieurs données datent de 2019, signe qu’un travail de mise à jour est requis.

Le rapport des TNO a inclus ce manque au sein de ses recommandations. Selon ce dernier, un travail continu est nécessaire afin de « comprendre pleinement l’état de la pauvreté et de mieux guider la défense des droits, les politiques publiques, les programmes et les services ».

Développer une mesure de panier de consommation du Nord

À travers le pays, la mesure de panier de consommation (MPC) est l’outil de base utilisé pour établir un seuil de pauvreté officiel. En analysant cinq composantes, soit le logement, la nourriture, l’habillement, le transport et les autres nécessités, on arrive à obtenir le cout d’un panier de consommation modeste, nécessaire pour subvenir aux besoins de base d’un ménage.

Statistique Canada tente de développer une mesure de panier de consommation du Nord (MPC-N), qui serait plus apte à refléter les conditions de vie particulières des TNO et du Yukon. Des statisticiens des deux territoires s’y attardent déjà. Dans un document de travail de Statistique Canada intitulé Propositions pour une mesure du panier de consommation du Nord et son revenu disponible, on explique que « l’objectif est d’avoir le plus de détails possible concernant les collectivités qui doivent composer avec des prix différents pour leurs biens et services tout en maintenant la mesure des prix à l’intérieur de paramètres raisonnables ». Pour Bishnu Saha, directeur du Bureau des statistiques du Yukon et l’un des trois statisticiens derrière le document, les spécificités du Nord, comme le fait que les vêtements d’hiver doivent être changés plus fréquemment et que les magasins ou les services se retrouvent plus souvent loin des demeures de la population, peuvent influer sur les données du panier de consommation. Statistique Canada est désormais à l’étape d’obtenir les commentaires de différents groupes afin de réviser la méthodologie du MPC-N.

Pour Kristina Craig, cet outil pourra certainement être utile afin de rendre compte de la vie dans le Nord. Le fait que certaines communautés autochtones ne feront pas partie de la collecte de données l’inquiète : « C’est toujours un questionnement quand on tente d’avoir des chiffres les plus complets possible sur une réalité et qu’on laisse des groupes à l’écart. »

Bishnu Saha explique que les communautés qui ne feront pas partie du MPC-N sont les Premières Nations autonomes des territoires, qui ont leurs propres négociations avec le gouvernement fédéral. Sur ce point, Kristina Craig ajoute « qu’il y a de bonnes raisons pour qu’on ne laisse pas une identité coloniale décider à la place de celles-ci, mais le risque est […] que le [MPC-N] sous-estimera lui aussi la pauvreté dans le Nord ». Selon elle, c’est donc « un bon outil, mais ça a ses limites ». Selon le document de travail de Statistique Canada, la première collecte de données devrait avoir lieu en 2023.


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