Demandez à Google

Nos oreilles de minorité linguistique ont frisé en entendant un échange entre la députée de Great Slave et le ministre responsable des langues officielles, lors de la période de questions orales du 26 février. La députée Katrina Nokleby, précisant que, comme unilingue anglophone, elle avait elle-même eu recours à l’outil en ligne pour commander de la nourriture lors de voyages en Europe, a demandé au ministre R.J. Simpson s’il pouvait contacter Google pour faire ajouter les langues autochtones officielles du territoire à son module de traduction automatique. Selon la députée, une pareille initiative permettrait « d’aider un petit territoire comme le nôtre à préserver ses langues ». De son côté, le ministre des langues, unilingue anglophone aussi, s’est montré enthousiaste envers la proposition.

Ce ne serait évidemment pas une mauvaise nouvelle si le dënesuliné ou l’inuvialuktun faisaient leur entrée sur le traducteur de Google. Mais de suggérer que cette technologie décérébrée qui confond traduction et tuilage d’équivalents lexicaux puisse jouer un rôle dans la prestation de service aux citoyens de langues officielles minoritaires est une insulte tant au travail des langagiers qu’à la dignité des locuteurs. Certes, Mme Nokleby, pour pallier son ignorance et quand même gouter à l’andouillette dans un bouchon lyonnais (que Google « traduit » en anglais par « Lyon cork »), Google, ça peut toujours dépanner. Mais lorsqu’il s’agit d’expliquer le fonctionnement du vaccin contre la COVID-19, par exemple, on ne peut que se fier à l’expertise de traducteurs professionnels, qui comprennent les mécaniques particulières à leur langue, qui effectuent de la recherche terminologique et qui possèdent la sensibilité culturelle nécessaire pour rendre des traductions idiomatiques qui correspondent à la façon dont les locuteurs d’une langue comprennent véritablement le monde. La vision que nous avons d’un territoire multilingue et polyglotte n’est pas celle où les employés de l’État, à la manière de touristes vulgaires devant un kiosque à journaux, nous accueilleraient en faisant éructer à des modules de synthèse vocale des enfilades de mots incongrus qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes.

L’absurdité de cet échange nous démontre par ailleurs les limites de l’appareil législatif ténois pour gérer les questions linguistiques. Une chambre dont la composition est choisie par les majorités peut-elle penser agir dans le meilleur intérêt des minorités ? Il y a quelques jours, on a fait grand cas d’une photo partagée sur Twitter par un haut gradé des Forces armées canadiennes présentant un comité discutant d’inclusion de la diversité culturelle et sur lequel on ne retrouvait que des militaires blancs. Il n’est plus acceptable en 2021 d’élaborer des politiques contre le racisme sans inviter à la table des minorités racisées, ni de décider entre hommes comment assurer une juste représentation des femmes dans nos institutions publiques. Or, pour répondre au rapport de la commissaire aux langues des TNO ou pour réviser la Loi sur les langues officielles du territoire, il semble qu’on trouve toujours approprié de confier la tâche à des comités parlementaires où siègent une majorité d’unilingues anglophones.

Rendu là, pourquoi ne pas abdiquer entièrement le concept de représentativité et confier le mandat à un algorithme de Google ?


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