Agnico Eagle acquerra l’or de Hope Bay

14 janvier 2021
Hope Bay est située dans la région du Kitikmeot, dans l’Ouest du Nunavut, sur la côte à 720 km au nord-est de Yellowknife. 
(Courtoisie Agnico Eagle)

Hope Bay est située dans la région du Kitikmeot, dans l’Ouest du Nunavut, sur la côte à 720 km au nord-est de Yellowknife. (Courtoisie Agnico Eagle)

La province géologique de l’Esclave a-t-elle besoin des investissements chinois ?

La Chambre des mines des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut se réjouit de l’acquisition de la mine d’or de Hope Bay par la société minière canadienne Agnico Eagle, mais affirme qu’on ne devrait pas fermer la porte aux investissements chinois pour développer la province géologique de l’Esclave.

L’acquisition de TMAC Resources et de sa mine d’or située dans la partie ouest du Nunavut fait suite au refus du gouvernement canadien, en décembre dernier, d’entériner la vente de cette mine à la société d’État chinoise Shandong Gold Mining qui s’en était portée acquéreur en juillet 2020. Le gouvernement canadien aurait bloqué la transaction pour des raisons de sécurité nationale en raison des dispositions de confidentialité de la Loi sur Investissement Canada. Cependant, le gouvernement fédéral ne révèle aucun détail sur ce refus.

Hope Bay est situé au nord de la province géologique de l’Esclave, dont le potentiel minier, largement inexploité, est évalué à plus de 45 milliards $. Un corridor d’accès à ces richesses d’une longueur de 738 kilomètres, qui viendrait prolonger la route Ingraham, près de Yellowknife, est estimé à 1,6 milliard de dollars.

 

Tolérance au risque

Pour Tom Hoefer, le directeur général de la Chambre de mines des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, le secteur minier canadien a besoin d’investissements étrangers, particulièrement dans le Nord, où les capacités financières et la tolérance au risque des grosses compagnies sont nécessaires.

« Les compagnies chinoises semblent avoir certains avantages, note-t-il. Elles sont bien financées avec l’argent du gouvernement, et elles ont une haute tolérance au risque, peut-être plus élevée que celle des investisseurs nord-américains. Elles sont également activement à la recherche de matières premières pour soutenir la croissance de leur économie. »

M. Hoefer s’attend à ce que le Canada continue de permettre des investissements chinois dans la mesure où ils ne posent pas de danger à l’économie ou à la sécurité.

 

La puissance de l’État derrière elles

Alex Payette est président-directeur général de la société-conseil en intelligence stratégique et géopolitique Cercius. À son avis, les investissements chinois ne sont indispensables pour exploiter le potentiel minier du Nord que dans la mesure où il y a nécessité de développer la région rapidement.

« Les compagnies [chinoises] sont connues pour agir relativement vite, parce qu’elles ont la puissance de l’État derrière elles », indique M. Payette.

Ce dernier estime que le temps qu’il faudra à Agnico Eagle pour extraire l’or de la mine de Hope Bay démontre la « finitude des moyens des compagnies canadiennes », en comparaison des ressources des compagnies étatiques chinoises.

L’Association minière canadienne a décliné l’invitation à commenter la nécessité des investissements chinois dans le secteur minier nordique.

Question de sécurité

Le PDG de Cercius n’a pas été surpris par le refus du Canada d’entériner la vente de TMAC à Shandong, mais il considère que le Canada manque de cohérence, lui qui a « laissé le ministère des Affaires étrangères acheter la technologie de Nectech [une firme d’état chinoise], un fiasco ».

« Est-ce la raison de la sécurité nationale ou est-ce parce que nous sommes encore embrouillés dans l’histoire de Meng Wanzhou et des deux Michael », questionne M. Payette.

Plusieurs analystes tendent à approuver la décision canadienne, argüant que le développement de la mine par Shandong aurait permis d’accroitre le contrôle de la Chine sur la région.

« L’intérêt croissant de la Chine pour l’Arctique pose un défi au Canada dans la protection de sa juridiction sur le passage du Nord-Ouest », a affirmé à Radio-Canada International Margaret McCuaig-Johnston, du China Institute de l’Université de l’Alberta.

 

Une minière expérimentée

Agnico Eagle possède des mines au Canada, en Finlande et au Mexique. Au Nunavut, elle possède déjà les mines d’or Meliadine et Meadowbank. La transaction en cours pour acquérir TMAC se chiffre à 286,6 millions de dollars canadiens, à un prix de 2,20 $ l’action, ce qui représente une bonification de 0,45 $ par action, par rapport à l’offre de Shandong Gold Mining.

Les parties souhaitent conclure la transaction d’ici le 8 février 2021.

Unique gisement de TMAC, la mine de Hope Bay a commencé à produire de l’or en 2017 dans le secteur Doris, mais les secteurs Madrid et Boston, les plus riches, sont toujours inexploités.

Une porte-parole d’Agnico note qu’il est trop tôt pour confirmer une décision sur la mise en valeur des gisements Madrid et Boston. « À court terme, écrit-elle, notre objectif est de maintenir les activités d’exploitation actuelles tout en effectuant un examen stratégique des opérations afin d’évaluer la meilleure voie à suivre pour l’avenir. »

La mine emploie habituellement 345 personnes.


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