«Les gens commencent à être de plus en plus conscients de nos réalités»

Angélique Ruzindana Umunyana et Jean de Dieu Tuyishime

Angélique Ruzindana Umunyana et Jean de Dieu Tuyishime

À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, qui se déroule chaque année en février, le CDÉTNO et L’Aquilon donnent la parole à des immigrants noirs installés aux Territoires du Nord-Ouest pour qu’ils puissent raconter leur parcours et leur intégration. Cette semaine, Angélique Ruzindana Umunyana et Jean de Dieu Tuyishime, originaires du Rwanda.

Carine Ouedraogo, CDÉTNO

Angélique a été la première à venir au Canada comme étudiante internationale à Trois-Rivières au Québec pour y faire sa maitrise en chimie en 1989.

Quatre ans plus tard, elle décide de retourner au Rwanda et se marie avec Jean de Dieu. À la suite du génocide que subit son pays, elle décide à nouveau de demander une bourse en 1997 et revient cette fois-ci avec un mari et des enfants, à l’Université de Sherbrooke pour faire un doctorat en microbiologie.

Pour Jean de Dieu, c’était plus compliqué de trouver du travail, car il avait le visa de « personne accompagnante ». « Les premières années étaient assez difficiles, se rappelle Jean de Dieu, parce que, comme personne accompagnante, à l’époque, nous n’avions pas le droit de travailler ni d’étudier. Les enfants n’avaient pas le droit d’aller à la garderie subventionnée par le gouvernement. On devait payer de nos poches. »

Après avoir obtenu la résidence permanente, les choses se sont améliorées. « J’ai commencé à travailler dans une manufacture, poursuit-il. Angélique continuait à étudier et les enfants avaient accès à la garderie et plus tard à l’école publique. »

Ensuite, Jean de Dieu a repris ses études pour faire une maitrise en santé publique, car il ne pouvait pas exercer sa profession de médecin au Canada.

Après quelques années au Québec, ils se sont retrouvés en Alberta, car ils souhaitaient donner l’occasion à leurs enfants de devenir bilingues dès leur plus jeune âge.

En 2004, Jean de Dieu déménage aux TNO pour occuper un poste de coordonnateur du Réseau TNO santé à la Fédération franco-ténoise et devient, quelques années plus tard, le directeur général de l’organisme. Il travaille maintenant pour le gouvernement territorial, comme coordonnateur des services en français au sein de l’administration de santé et des services sociaux pour la région de Yellowknife.

Angélique le rejoint à Yellowknife en 2005 et trouve du travail au ministère des Affaires indiennes et du développement du Nord, au sein du Laboratoire environnemental Taïga qui est maintenant opéré par le gouvernement territorial. Elle n’a pas eu de difficultés à s’intégrer. « Jean travaillait à la Maison bleue et les enfants fréquentaient l’école Allain Saint-Cyr, affirme-t-elle. Nous sommes devenus amis avec des membres de la communauté francophone et les parents d’élèves. Je suis bien chanceuse. »

 

Obstacle de la différence

Pour Angélique, être membre d’une minorité visible aux TNO constitue un obstacle systémique. « Nous devons travailler deux fois plus pour avoir la même chose, prouver que nous sommes aussi capables et bons que les autres, dit-elle. Les gens commencent à être de plus en plus conscients de nos réalités, il y a des formations sur l’inclusion, sur la prévention du harcèlement. Je dis souvent à mes enfants, «ce ne sera pas facile, mais fais ton bout de chemin, donne ton meilleur et si ce n’est pas assez, tant pis». On a les lois du travail, les recours sont là quand c’est nécessaire et ce n’est plus comme avant, tu peux aller à la Commission des droits de la personne et il y a le syndicat si tu as des soucis. »

Quant à Jean de Dieu, à son arrivée au Canada, il a eu du mal à s’adapter à la ponctualité « Je manquais beaucoup mes autobus et les habitudes de consommation ont été dures pour moi. Par exemple, aller à l’épicerie et savoir quoi acheter », dit-il.

Jean rappelle la valeur du bénévolat et l’implication pour bâtir des contacts. « Les références sont importantes pour trouver du travail et les premières viennent quand tu fais du bénévolat », conseille-t-il, car il ne savait pas cela à son arrivée et a eu du mal lorsqu’il cherchait du travail.

 

Personnes inspirantes

« France Benoit m’impressionne pour ce qu’elle fait pour l’écologie, témoigne Angélique, elle vit ses convictions à 100 % et c’est un choix de vie qu’elle a fait alors qu’elle était fonctionnaire et a choisi d’être fermière avec beaucoup d’énergie et de passion. Marie Wilson, une des commissionnaires de la Commission Vérité et Réconciliation. Suzette Montreuil, une femme qui s’est battue pour que ses enfants et ceux des autres aient une éducation francophone et son mari Kevin O’Reilly député qui lutte pour l’environnement et la justice sociale. Nos enfants ont fait l’école ensemble et nous sommes devenus amis, ce sont des gens très inspirants et très impliqués dans la communauté. »

Jean de Dieu tient aussi à souligner l’implication de sa femme Angélique : « Je suis épaté de voir son engagement dans cette communion de partage avec les Autochtones. J’apprends tous les jours et ça me donne le gout d’en savoir plus sur la culture qui nous héberge et qui nous a accueillis ici. Il y a beaucoup de valeurs qui me touchent parce que ça vient aussi chercher les autres valeurs de mon pays d’origine. Par exemple, ils sont très respectueux des ainés ou la médecine traditionnelle qu’ils puisent patiemment dans la nature. »

Vision de l’inclusion sociale

Angélique et Jean-De-Dieu partagent une vision commune : un monde où on ne voit pas la couleur de peau, la race ou la langue et qu’au travail ou dans la vie courante et que leurs enfants puissent dire qu’ils viennent de Yellowknife sans susciter l’incrédulité.

« Lucky Dubé, un chanteur sud-africain a chanté : different colours/One People. Ses chansons étaient plus sur la diversité et disaient que l’on peut avoir plusieurs couleurs, plusieurs langues et c’est cette diversité qui nous rend uniques. J’aimerais que le Canada soit comme ça », résume Jean de Dieu.

Il conclut en disant que les TNO, et spécifiquement Yellowknife, les ont sensibilisés sur la diversité et l’inclusion sociale, le vivre ensemble avec les peuples autochtones et la contribution des immigrants dans cette société.


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