Sur les murs : Yellowknife illustré

Magie géophysique. Walt Humphries, 1981.

Magie géophysique. Walt Humphries, 1981.

Pour ceux qui lisent les journaux locaux, sa bouille barbue et sympathique est familière. Elle figure toutes les semaines aux côtés de sa chronique de la dompe, Tales from the Dump, qu’il tient depuis vingt ans dans l’hebdomadaire The Yellowknifer. Walt Humphries, qui a été prospecteur minier dès les années soixante-dix, est aussi un artiste visuel autodidacte et hors-norme dont l’œuvre riche et hétéroclite mérite le détour.
Une rétrospective de son œuvre, qui s’étale sur une cinquantaine d’années, est proposée au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles. L’exposition C’est ça la vie a été organisée par Sarah Swan et Bill Braden grâce à la générosité des résidents de Yellowknife qui ont prêté leurs œuvres originales. Celles de la collection du musée y sont également.
Le public a été convié à une réception d’ouverture le 16 janvier de cette exposition qui porte bien son nom. Life’s like that. C’est ça la vie. Pas de paysages champêtres, de natures mortes, de portraits idylliques ou de jolis tableaux qui ont le seul mérite d’être beaux, esthétiques. M. Humphries peint la réalité qu’il observe, telle quelle, parfois en amplifiant, avec humour, mais sans enjoliver. Sur le trottoir devant l’église, il y a de grosses fissures. Dans la rue, devant ces bâtiments d’époque, il y a des poteaux télégraphiques. Au Strange Range, le vendredi soir, il y a toutes sortes de monde. Sur le territoire, entre celui qui observe et l’incandescente beauté du coucher de soleil, il y a les résidus de la veille, de l’avant-veille et des trente dernières années ; des déchets à satiété. Nous sommes entrés dans « l’ère des déchets », ironise-t-il, en commentaire à une toile, sur son site Web.
L’artiste se fait témoin non seulement de la beauté de la nature, mais de son saccage par le passage humain. Il porte aussi un regard critique sur le développement social et économique de cette petite ville minière du Far West - Yellowknife - où l’arrivée d’Ottawa à la fin des années 60, avec sa horde de fonctionnaires et de bureaucrates, menace la paix et la liberté des résidents de la vieille ville.
C’est d’ailleurs le premier thème de regroupement de ses toiles, La vieille ville contre la nouvelle ville, où on peut voir des scènes d’affrontements entre les jeunes de la vieille, hippies et rockeurs lourdement armés, et les nouveaux venus en vestons cravates qui souhaitent, entre autres, raser toutes les cabanes de la vieille ville pour y construire un quartier résidentiel digne de ce nom. Cette « guerre » qui a duré longtemps est illustrée en plusieurs tableaux de façon assez caricaturale, où on voit les défenseurs du patrimoine local tirer des bombes sur les nouveaux bâtiments horribles qui poussent comme des champignons dans ce qui est aujourd’hui le centre-ville de Yellowknife. Plutôt sympathique ! L’apocalypse locale sur dessin ! Ça ferait une belle couverture de bande dessinée, en effet.
L’artiste, qui a résidé dans le parc de maisons mobiles Northland pendant deux décennies, a peint nombre de scènes quotidiennes de ce quartier - le premier du genre - où outre des maisons abordables et très mal isolées, il y avait beaucoup d’enfants et de chiens. On y retrouve aussi des illustrations de la vieille ville, de la rue Ragged Ass, notamment, qui rappelle beaucoup, et dans le sujet et dans le rendu très illustratif, très bande dessinée, le travail d’une artiste plus près de nous, Alison McCreesh.

Alison McCreesh aime beaucoup le travail de Walt Humphries. L’illustratrice apprécie particulièrement la combinaison entre l’observation et l’humour présent dans ses toiles. La dimension engagée, critique sociale, mais sans prétention ; qui ne se prend pas trop au sérieux. Par exemple, dans l’épisode des maisons bateaux, où l’on voit des gendarmes en canot se faire lancer des honey buckets par la tête… C’est gros comme le bras et ça fait rire !
Elle aime aussi l’attention accordée aux détails qui fait la différence. Par exemple, dans la façon dont les personnages sont habillés ou coiffés, on sait qu’il s’agit d’une scène des années 80. Le peintre se fait en effet témoin de plusieurs époques, du passage du temps… Ce qui n’est certainement pas anodin dans une ville qui a connu un développement si fulgurant sur quelques décennies.
Lorsqu’on connait le travail d’Alison McCreesh, on ne peut s’empêcher de voir la familiarité entre ce qu’elle fait et ce que fait Walt Humphries. Alors une source d’inspiration ou une influence ? Mme McCreesh avance qu’« il y a une parenté, mais pas vraiment une influence ». Et l’artiste d’ajouter une anecdote : « Quand on est arrivé à Yellowknife, après avoir visité le Yukon, en comparaison, on trouvait ça laid comme ville. Ça ne correspondait pas à notre imaginaire du Nord. C’est en découvrant la vieille ville, le Woodyard et ses shacks tout croches, ce Nord anarchique, non aseptisé, qu’on a été charmés. À notre premier housesitting, il y avait une estampe de Walt. Celle précisément qui illustre la guerre, sur l’eau, entre les gendarmes et les fonctionnaires de la haute (ville) et les résidents de la vieille… J’avais trouvé ça génial et ce coup de cœur pour cette toile correspond à notre coup de cœur pour la vieille ville. Plus tard, j’en ai acheté un print pour [mon conjoint]. Il est encadré chez nous ! »

Le jeudi 16, il y a eu un vernissage, et le dimanche 19, entre 14 h et 16 h une célébration se tient au musée. Alison McCreesh sera de la fête, très familiale, où, à la manière de rencontres express, les gens du public pourront prendre part à différentes stations qui seront des ateliers interactifs de création animés par différents artistes du milieu. Pendant les deux heures, les gens auront le temps de tout essayer, aux dires de l’illustratrice francophone. Elle-même sera dans une salle à part et fera des illustrations sur sa tablette auxquelles les visiteurs pourront créativement collaborer ! L’évènement est gratuit et ouvert à tous.


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