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Yellowknife, future « mini Hollywood »

09 décembre 2021
Pablo Saravanja et Jay Bulckaert, fondateurs du studio aRTLeSS Collective de Yellowknife (Crédit photo : Thomas Ethier)

Pablo Saravanja et Jay Bulckaert, fondateurs du studio aRTLeSS Collective de Yellowknife (Crédit photo : Thomas Ethier)

Le septième art aurait atteint ses limites techniques aux Territoires du Nord-Ouest. C’est le constat des fondateurs du studio aRTLeSS Collective de Yellowknife, qui veulent aujourd’hui faire passer le cinéma nordique à un niveau supérieur.

Thomas Ethier – IJL – Territoires

Dès janvier 2022, le projet HyperArctika Crew Lab – ou HAC Lab – rassemblera une toute nouvelle équipe de huit techniciens en apprentissage, qui sera déployée sur trois productions budgétées et rémunérées. Ce n’est qu’une étape pour les cinéastes Jay Bulckaert et Pablo Saravanja car avec cette équipe, ils pourraient devenir les piliers du nouveau cinéma ténois.

Un grand écran vert domine le studio d’aRTLeSS Collective, aménagé tel un repère à l’étage d’un ancien hangar du vieux Yellowknife. Ici, le créneau, ce sont les effets spéciaux, et sur ce plan, le duo voit grand. À leurs yeux, l’avenir se trouve dans les productions virtuelles, qui permettront d’éliminer tout obstacle à la créativité des auteurs, qu’ils souhaitent explorer un univers intergalactique, ou les réalités des collectivités du Nord.

Mais pour espérer tourner sur la lune, il importe d’avoir une solide équipe aux commandes. Avec leur nouvel « incubateur d’experts », comme ils le désignent, les deux partenaires produiront cet hiver une publicité, un épisode de série web et un court métrage. « Nous avons un budget et des clients. Normalement, nous nous occuperions de ces mandats à nous deux, explique M. Bulckaert. Nous avons plutôt décidé de saisir cette occasion et de répartir les profits pour bâtir l’expérience de nos techniciens ».

 

Un secteur à temps plein

À l’heure actuelle, les occasions de tournage dans le Nord se feraient trop rares pour espérer bâtir une expertise locale capable de porter toute la richesse du Nord à l’écran. « Nous avons appris beaucoup grâce aux équipes de tournage venues de Vancouver ou de Toronto, par exemple. Ces productions sont plus que les bienvenues, insiste M. Bulckaert. Mais il y a vingt ans que nous attendons que ces tournages nous permettent de bâtir notre industrie locale. Nous constatons aujourd’hui que ça ne s’est jamais produit. »

C’est ici que le projet HAC Lab entre en jeu. « Notre objectif, c’est que nos techniciens, plutôt que de voir le cinéma comme un passetemps parallèle à leur emploi au gouvernement, puissent considérer y travailler à temps plein. Lorsqu’un gros tournage s’installera dans la région, plutôt que d’être embauchés comme assistant de production, ils pourront dire : « j’ai une formation complète et plusieurs heures d’expérience, je veux être votre preneur de son. »

Durant les six semaines de production, l’équipe profitera des enseignements d’experts chevronnés, qui dirigeront les tournages à distance et offriront leurs meilleurs conseils. « Au fil de nos projets, nous avons rencontré des spécialistes très haut placés dans l’industrie, qui travaillent sur des productions hollywoodiennes, explique M. Bulckaert. Ils vont nous observer virtuellement sur le plateau pendant les tournages, et pourront nous diriger et nous corriger en temps réel. »

 

Un monde de possibilités

Cette nouvelle équipe ne représente qu’un pas vers l'avenir. Dans leur vision, les cinéastes espèrent intégrer les techniques de production virtuelles dans un horizon de deux à trois ans. Le tout est voué d’abord et avant tout aux créateurs d’ici. « Au moment d’écrire un scénario qui se déroule dans le Nord, on écrit toutes sortes de choses très originales, puis on les raye en se disant qu’on ne pourra jamais les réaliser, explique M. Bulckaert. Pour tourner à Fort Macpherson, par exemple, la moitié du budget peut rapidement être dépensée en frais de déplacement, et c’est sans compter les froids extrêmes. »

« Le Nord traine souvent de la patte en matière de technologies comme celles-ci, ajoute le cocréateur du festival de cinéma d’horreur Dead North. Nous voulons que ça change. Nous voulons que les producteurs de Vancouver puissent se dire « Hé! Il y a un studio là-bas avec tout l’équipement nécessaire. Et ce studio a même une équipe ! ». Si quelqu’un veut tourner le nouveau Game of Thrones, nous aurons un endroit pour faciliter ce genre de production, et nous aurons, idéalement, nos propres spécialistes. »

« Si on ne fait rien, pour être bien honnête, je ne vois pas d’industrie du cinéma dans les 5 prochaines années, affirme Jay Bulckaert. J’ai vu plusieurs créateurs de contenu et réalisateurs des Territoires du Nord-Ouest s’exiler pour du travail à Vancouver ou à Toronto. Pourtant, le Nord est très désiré sur caméra, qu’on parle de paysages ou d’histoires qui ne demandent qu’à être portés à l’écran. Avec un projet comme HAC Lab et en s’entraidant en tant que communauté, je crois qu’on peut devenir le mini Hollywood du Nord. »


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