Visite de John Ralston Saul : Vive les minorités !

28 juin 2002
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C’est un discours d’espoir que John Ralston Saul a servi à de jeunes étudiants francophones et en immersion lors de son passage dans la capitale.

« Le seul endroit dans le monde où le français est en expansion est le Canada anglais. » John Ralston Saul, écrivain et penseur canadien, est venu dire à une soixantaine d’étudiants francophones et en immersion de Yellowknife qu’être différent est une grande force. « Vous avez un énorme avantage à être une minorité », a-t-il mentionné au cours d’une rencontre organisée par la Commission scolaire numéro 1 de Yellowknife, le 20 juin dernier.

Pour l’Ontarien d’origine qui a mis sur pied le forum national French for the future/Français pour l’avenir, l’apprentissage d’une langue seconde permet de se retirer de la culture dominante et de voir le Canada d’un autre œil. « J’espère que vous n’apprenez pas le français que parce que vous voulez augmenter vos chances d’emploi », a-t-il avertit. Apprendre une langue donne une ouverture vers une autre culture. Vivre deux cultures, pour le penseur, c’est comme marcher dans un couloir où il y a des portes de chaque côté. « Je ne sais pas ce que c’est de parler deux langues, mais je sais ce que c’est que d’avoir deux cultures. La langue, c’est un contenant. »

Une étudiante curieuse a voulu savoir dans quelles circonstances l’écrivain a appris le français. « Je travaillais sur un bateau russe et j’étais isolé car tout le monde parlait le russe. J’avais entre les mains un roman français. Je connaissais la grammaire, alors je l’ai lu. J’ai pensé et réfléchi en français tout le long du voyage. » Sortant quelques chiffres, John Ralston Saul a expliqué aux étudiants de niveau 8 et 9 qu’il y a une révolution linguistique au Canada. « Il y a 232 000 étudiants en immersion hors Québec et 150 000 étudiants francophones dans les écoles francophones. Ce qui représente près d’un demi-million de personnes. »

Donner l’exemple

Les jeunes en immersion du Nord ont l’avantage de vivre entourés de cultures différentes, ce qui a inspiré l’écrivain reconnu mondialement à faire le parallèle entre la préservation du français via les classes d’immersion et la sauvegarde des langues autochtones. « Comment sauver les langues autochtones ? a-t-il demandé. Vous êtes l’exemple. C’est un défi pour vous. » Il rêve de voir des classes d’immersion dans la langue des premiers habitants du pays.

L’héritage autochtone est d’ailleurs bien ancré dans les mœurs canadiennes, selon le penseur, qui estime que si le Canada parvient à abriter autant de cultures différentes sans qu’il n’y ait de conflits, c’est parce que les gens ont appris à se parler, comme le font les Premières Nations depuis des millénaires. «Il y a 250 ans de négociations entre les Autochtones et les Européens derrière nous. »

Le romancier, auteur des romans Mort d’un général (1977) et De si bons Américains (1994), tous deux publiés d’abord en français, a discuté de l’engagement des groupes de citoyens en politique. Tout en respectant le devoir de réserve, concernant la politique, qui est imposé aux résidents de Rideau Hall , John Ralston Saul a mentionné qu’il y a un déséquilibre entre les citoyens et leur influence et les structures du pouvoir. « Il faut politiser les débats publics pour que les organisations non-gouvernementales aient plus de pouvoir. Sur les 301 députés au Parlement, seulement deux ont œuvré dans les organisations environ-nementales non gouvernementales. »

John R. Saul a profité de son passage pour mentionner que Yellowknife sera, pour la première fois cette année, parmi les villes qui accueilleront via la technologie de la téléconférence le forum Français pour l’avenir.