Ventes de cannabis : tendance à la hausse malgré une récente baisse

La compagnie Releaf NT, qui vend désormais du cannabis en ligne aux TNO, a pignon sur rue à Yellowknife. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

La compagnie Releaf NT, qui vend désormais du cannabis en ligne aux TNO, a pignon sur rue à Yellowknife. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Depuis la légalisation du cannabis, il y a un peu plus de trois ans, les ventes de marijuana ont plus que doublé aux Territoires du Nord-Ouest.

Les ventes de cannabis aux Territoires du Nord-Ouest ont chuté de juillet à la fin septembre, après avoir battu un record au trimestre précédent, en dépassant 2 millions de dollars. Malgré ce déclin, la tendance demeure à la hausse.

Du 1er juillet au 30 septembre dernier, il s’est vendu plus de 1,46 million $ de cannabis aux TNO, en comparaison à près de 2,09 millions $ d’avril à juin et de 1,40 million $ de janvier à mars, selon le plus récent rapport de la Société des alcools et du cannabis des Territoires du Nord-Ouest (SACTNO). Une diminution de près de 45 %, mais un chiffre de vente semblable aux deux trimestres qui ont précédé le record de cet été.

Le ministère des Finances du gouvernement territorial n’avance aucune raison pour expliquer cette chute. « La SACTNO ne peut pas spéculer sur la demande du marché, a répondu par courriel le porte-parole de ce ministère, Todd Sasaki. On peut par contre indiquer que la chute dans les ventes n’est pas due à des facteurs liés à l’approvisionnement. »

Le fléchissement des ventes au dernier trimestre laisse perplexe le professeur à l’École des sciences de la santé publique de l’Université de Waterloo, David Hammond. « Bien qu’il y ait des variations saisonnières, les mois d’été ne montrent typiquement pas de chute dans les ventes – on peut voir que c’est le cas dans les années précédentes aux TNO ou pour d’autres provinces comme le Québec », affirme celui qui conduit des études internationales pour examiner des tendances de consommation, dont pour le cannabis, et pour évaluer l’impact de politiques en santé.

Depuis la légalisation du cannabis, le 17 octobre 2018, les ventes par trimestre ont plus que doublé aux Territoires du Nord-Ouest. Les résidents des TNO dépensent plus d’un million pour des produits du cannabis par période de trois mois depuis le 2e trimestre de 2020.

 

Achat de cannabis légal plutôt qu’illicite

« L’erreur serait de présumer que le marché global grossit au même rythme, car il y avait un marché illégal très bien établi avant la légalisation, rappelle David Hammond. Ce qu’on observe, c’est que les Canadiens achètent de plus en plus de cannabis légal plutôt qu’illicite. Ça ne veut pas dire que la consommation augmente au même rythme. On ne peut pas, en ce moment, lier les ventes de cannabis à la consommation comme on le fait pour l’alcool ou le tabac », insiste-t-il.

Les ventes de cannabis à Norman Wells ont atteint un sommet en avril-juin 2020, avec 94 580 $, et semblent observer une légère tendance à la baisse depuis, malgré une augmentation au dernier trimestre (87 110 $). Les ventes à Fort Smith sont en hausse constante depuis janvier-mars 2020 et ont presque doublé en un an et demi. Celles de Hay River observent aussi une croissance depuis le 1er trimestre de 2020 tandis que celles à Fort Simpson fluctuent moins depuis juillet 2020.

Lors du dernier trimestre, les ventes ont baissé de 43 % à Yellowknife, pour revenir autour de ce qu’elles étaient avant cette période record. Elles ont augmenté de 18 % à Norman Wells, de 14 % à Fort Smith, de 10 % à Fort Simpson et de 2 % à Hay River. Les ventes en ligne, déjà minimes, ont baissé de 45 %.

La grande majorité des dépenses tournent autour du cannabis séché.

Des données de Statistiques Canada démontrent que les ventes dans les magasins de cannabis ont grimpé de 120 % en 2020 par rapport à 2019. Aux TNO, elles ont augmenté de 40 %. C’est Fort Simpson qui a connu la plus importante augmentation entre 2019 et 2020, soit de 66 %.

 

Et la pandémie ?

« Un peu plus du tiers des utilisateurs de cannabis ont augmenté leur consommation durant la pandémie », notamment à cause du stress, de l’ennui et de la solitude, a affirmé Statistiques Canada en mars dernier. Selon l’organisme, la pandémie « pourrait avoir contribué à une certaine accélération » de l’augmentation de la consommation globale de cannabis, en particulier chez les personnes de 25 ans et plus. Une tendance observée depuis la légalisation de la marijuana, plus acceptée socialement depuis.

Le professeur Hammond juge qu’il est encore trop tôt pour estimer les impacts de la pandémie sur l’usage du cannabis. « Certaines personnes ont dit consommer plus, d’autres moins, affirme-t-il, mais on a observé que la pandémie a incité plus de gens à acheter leur cannabis sur le marché légal plutôt qu’illicite ».

 

 

Quel usage fait-on du cannabis dans les territoires ?

« Il y a une prévalence relativement élevée de l’usage du cannabis dans les territoires en comparaison avec les 10 provinces. Cependant, il y a très peu de données pour guider l’élaboration de politiques. » On peut lire cette amorce sur le site internet d’une étude internationale sur les politiques liées au cannabis, menée par le professeur David Hammond, de l’École des sciences de la santé publique de l’Université de Waterloo. Les citoyens des TNO, du Yukon et du Nunavut y sont invités à remplir des sondages en ligne pendant trois ans.

L’étude vise à amasser des données afin de mieux comprendre qui fait usage du cannabis dans les territoires, et comment. « Si fumer le cannabis demeure le plus populaire, il y a désormais des produits qu’on peut boire, manger, se mettre sous la langue, vaporiser, etc. » L’objectif : fournir des données aux gouvernements pour les aider à développer des politiques en lien avec le cannabis afin qu’ils atteignent leurs objectifs de santé publique.

Il y a des produits qui ont 2 % de THC, d’autres 90 %, rappelle le professeur David Hammond. « Les fleurs de cannabis séchées dans les années 1970 contenaient en moyenne entre 2 et 5 % de cannabis. Aujourd’hui, c’est autour de 20 %. Pour les vaporisateurs, c’est dans les 70-80 % de THC. Et qui aiment utiliser les vaporisateurs ? Les jeunes. Ça soulève de grandes questions : qu’est-ce que la légalisation a changé, qu’est-ce qui aurait changé de toute façon, si c’est important et quelles sont conséquences pour la santé publique. »

Selon le professeur, les études jusqu’à présent limitées dans les territoires ne permettent pas de savoir à quel point la prévalence du cannabis y est plus élevée que dans les provinces. Il note cependant que c’est aussi le cas pour l’alcool et le tabac.

Les chercheurs espèrent que 500 personnes par territoire vont participer à l’étude. Le sondage de cette année est accessible jusqu’au 15 novembre.


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