Secteur agroalimentaire de Yellowknife : Une industrie impatiente

Le difficile accès aux terres est un frein à la croissance de l'industrie agricole de Yellowknife. Faute d'espace, la production maraichère est souvent confinée à des micro-jardins comme ceux de France Benoît. (Courtoisie Le Refuge)

Le difficile accès aux terres est un frein à la croissance de l'industrie agricole de Yellowknife. Faute d'espace, la production maraichère est souvent confinée à des micro-jardins comme ceux de France Benoît. (Courtoisie Le Refuge)

Le conseil municipal de Yellowknife devra officiellement prendre position, le 12 avril, quant à la mise en œuvre de sa stratégie alimentaire — baptisée GROW —, qui devra guider le développement de sa jeune industrie locale.

Thomas Ethier — IJL — Territoires

L’accès aux terres et à l’eau : ce sont les deux priorités qui ont été dégagées le 22 mars par les producteurs invités à se prononcer devant le conseil municipal de Yellowknife. Selon eux, les couts associés à ces ressources fondamentales à tout projet agricole représentent une barrière infranchissable pour plusieurs entrepreneurs potentiels.

À trois semaines du vote qui déterminera les prochaines actions qui seront entreprises par la municipalité, les voix convergent parmi les producteurs pour réclamer du financement et des actions rapides de la part de la municipalité. Des conditions essentielles, selon eux, à l’élaboration d’un système qui pourra assurer l’autonomie et la sécurité alimentaire aux résidents de Yellowknife.

 

L’accès à la base

Kyle Thomas est copropriétaire de Bush Order Provisions, dans le quartier Kam Lake, seul secteur où les règlements de zonage permettent les activités agricoles développées par l’entreprise. En l’absence de canalisations, l’eau doit y être livrée en camion. « On cherche nos propres solutions pour avoir un meilleur accès à l’eau, plutôt que d’avoir à faire venir des camions, mais nous croyons que des subventions seraient aussi nécessaires, a-t-il fait valoir aux conseillers municipaux, le 22 mars. L’eau est essentielle à toute activité agricole, et cet élément devrait être placé en haute priorité de la stratégie de la municipalité ».

Également présent à la rencontre, le traiteur Étienne Croteau a pointé les couts « exorbitants » des terrains à Yellowknife, qui étoufferaient selon lui l’espoir de bien des producteurs potentiels d’avoir un jour un projet rentable. « Si Yellowknife veut réellement s’engager dans le développement de ce secteur, elle devrait louer ses propres lots en fonction de projections budgétaires de potentiels agriculteurs. Nous pourrons alors espérer avoir une industrie qui pourra subvenir à ses besoins et être autonome », a-t-il avancé.

 

Du rattrapage à faire

Pour avoir lui-même fait bâtir une cuisine commerciale et entrepris la production de légume, M. Croteau témoigne aujourd’hui d’un système épars et non structuré, qui ne favoriserait en rien les activités agroalimentaires dans la municipalité. « J’ai dû poser tellement de gestes à l’aveugle. Lorsqu’on prend une décision, la municipalité dit une chose, puis autre chose. Ça a été deux ans de négociations, de va et viens, de changements au projet. Bref, le système n’était pas là. Il y a une écœurantite aigüe. On veut savoir comment notre industrie fonctionne. Tout le monde veut se mettre au pas et je pense que la municipalité fait la même chose », reconnait-il.

La municipalité de Yellowknife aurait effectivement « du rattrapage à faire » sur le plan de son secteur agricole alimentaire, selon l’administratrice municipale, Sheila Bassi-Kellett. « Il s’agit d’un secteur en croissance de notre économie, qui n’a présentement pas beaucoup de ressources. Jusqu’à tout récemment, la municipalité a essentiellement limité son appui aux jardins communautaires, a-t-elle précisé au conseil municipal. Nous constatons aujourd’hui que le secteur agricole sera viable. Nous offrons l’appui à plusieurs secteurs, et nous avons du rattrapage à faire pour celui-ci. »

La municipalité étudie présentement l’élaboration d’un centre alimentaire, incluant une cuisine commerciale, qui permettrait les transactions entre tous les producteurs locaux. En partenariat avec l’Université Wilfrid Laurier, les membres du secteur sont conviés depuis le 25 mars à une série de webinaires visant à explorer différents modèles de centres alimentaires à travers le pays. Des consultations sont également prévues.

L’administration municipale évoque également des changements à venir dans les règlements de zonage de la municipalité. Dans la stratégie agroalimentaire de Yellowknife, on recommande par exemple de permettre la construction de serres en dehors de la zone industrielle de Yellowknife, en plus de faciliter la vente de produits alimentaires dans différents secteurs.

 

Un long processus

C’est en 2015, par l’adoption de la charte Yellowknife Food Charter —  créée par un consortium d’organismes communautaires — que la municipalité s’est officiellement engagée à bâtir son secteur agroalimentaire, qui dépendait jusqu’alors essentiellement des efforts des producteurs locaux. Aux yeux de l’agricultrice France Benoit, cosignataire de la charte, six ans plus tard, les choses ont à peine bougé.

« Non, ça n’avance pas, déplore-t-elle. Le processus est très lent. La municipalité a mis beaucoup de temps, par exemple, pour l’embauche des consultants qui ont développé la stratégie agroalimentaire de Yellowknife. Le conseil l’a adopté en 2019, et on commence à peine à aller de l’avant avec le plan de mise en œuvre. Il faut arrêter d’ajouter des délais, et il faut dès maintenant mettre des mesures en place pour nous permettre de planifier l’été 2022 » indique-t-elle.

Création d’emplois, diversification de l’économie, demande croissante pour des produits locaux, les arguments sont nombreux pour les tenants de cette industrie agroalimentaire locale. En haut de la liste, c’est la sécurité alimentaire qui préoccupe d’abord les personnes interrogées. « Il n’y a qu’une route qui relie Yellowknife aux produits agricoles, souligne Mme Benoit, et nos épiceries emmagasinent pour environ trois jours de nourriture. Un feu de forêt qui bloque notre route pourrait rapidement devenir catastrophique. »

« Plus on dépend de nos propres produits, plus on crée des emplois ici, plus on contribue à la sécurité alimentaire des gens d’ici. Nous avons déjà une culture gastronomique forte, ajoute-t-elle, soulignant l’offre diversifiée et un fort intérêt des résidents. Il faudrait rapidement mettre cette culture en valeur. »


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