Articles de l'Arctique, 17 septembre 2021 : Une expédition inédite dans la Baie James documente les effets du réchauffement climatique

16 septembre 2021
La rosette océanographique est ramenée des profondeurs par le chef scientifique C. J. Mundy et Elizabeth Kitching. Cet instrument est utilisé pour mesurer la conductivité (un indicateur de la salinité), la température et la pression (un indicateur de la profondeur) de l’eau de mer. (Crédit photo : Maude Durand – Oceans North)

La rosette océanographique est ramenée des profondeurs par le chef scientifique C. J. Mundy et Elizabeth Kitching. Cet instrument est utilisé pour mesurer la conductivité (un indicateur de la salinité), la température et la pression (un indicateur de la profondeur) de l’eau de mer. (Crédit photo : Maude Durand – Oceans North)

Située dans la région subarctique, la Baie James est peu documentée, mais subit les effets directs du réchauffement climatique. C’est dans l’optique de collecter des données permettant de mieux connaitre ses eaux et ses écosystèmes que le navire de recherche William Kennedy s’y est rendu lors d’une expédition de 17 jours, avec à son bord un équipage de 14 personnes. Organisée en partenariat avec l’Université du Manitoba, Pêches et Océans Canada, l’organisme Océans Nord, mais également le Conseil Mushkegowuk de Moose Factory en Ontario et la région marine d’Eeyou au Québec, l’un des objectifs de cette expédition était de recueillir des données récentes sur la dynamique de la glace et du cycle du carbone dans la baie.

 

Les impacts du réchauffement climatique

C’est depuis Churchill, ville située au bord de la Baie d’Hudson au Manitoba, que le navire s’est rendu dans la Baie James, à près de 1000 kilomètres au sud-est, laquelle est bordée par des communautés cries. C. J. Mundy, professeur associé en biologie océanographique de l’Université du Manitoba, estime que l’expédition a été incroyablement réussie malgré certains problèmes techniques et des conditions météorologiques parfois compliquées.

Avec l’augmentation des températures dans la région, l’écosystème de la baie a changé durant les dernières années et la collecte de données permettra « d’améliorer notre compréhension de la région », selon M. Mundy qui a aussi tenu le rôle de chef d’expédition.

Pour Stephanie Varty, les résultats des collectes permettront à la région marine d’Eeyou, qui s’occupe notamment de la gestion des ressources fauniques, de les guider dans le futur : « Les données collectées nous soutiendront dans nos décisions et nous guideront également sur nos priorités de recherche. Comme il n’y a pas eu beaucoup de recherches sur la Baie James, nous avons vraiment besoin de nouvelles informations pour pouvoir prendre des décisions éclairées sur le processus de gestion des espèces en péril, et également pour d’autres efforts de conservation. »

 

Les effets des projets hydroélectriques

La Baie James avait fait l’objet d’une évaluation environnementale dans le cadre du colossal projet de construction de plusieurs barrages sur le territoire des Cris, aussi désigné par le terme du complexe La Grande. Présenté comme le projet du siècle par la compagnie Hydro-Québec qui gère les installations, le chantier a été stoppé en 1973 sur une décision de justice qui fut saisie par les communautés cries du Québec. En effet, elles estimaient que les travaux, qui avaient débuté sans leur consultation ni consentement sur leur territoire traditionnel, portaient préjudice à leurs droits traditionnels de trappe, de chasse et de pêche. Depuis les années 1970, aucune nouvelle étude des impacts de ces projets hydroélectriques sur la faune n’avait été menée. Mais comme le rappelle Lawrence Martin, gestionnaire du projet de l’aire marine nationale de conservation du Conseil Mushkegowuk, les impacts de ces complexes hydroélectriques se font sentir dans toutes les eaux de la baie.

« Les barrages des rivières du côté québécois affectent le mouvement des marées sur la côte ouest de la baie. (Nous avons observé) différentes espèces de poissons, venant de la rivière, dans la baie. Ce qui se passe dans la Baie James a un impact sur tout le monde », indique-t-il lors d’une entrevue.

 

Le poumon du Canada

Les terres qui bordent la Baie James sont désignées comme « des poumons » par les personnes ainées des collectivités cries du nord de l’Ontario. Cependant, c’est la richesse de la biodiversité de cette zone qui souffre aussi du réchauffement climatique. La fonte du pergélisol et la libération du carbone inquiètent particulièrement les communautés qui attendent les résultats de l’expédition au sujet des mesures de carbone dans les eaux de la baie. « Les écosystèmes sont interconnectés et nous voulons en savoir davantage sur cette connexion », précise M. Martin.

Le Conseil Mushkegowuk travaille en partenariat avec le gouvernement fédéral sur la création d’une nouvelle zone marine protégée. Cette aire de conservation potentielle couvre une superficie de plus de 90 000 km2 et le protocole d’entente a été signé au mois d’aout 2021 avec Parcs Canada. Le Conseil Mushkegowuk ajoutera les données colligées par l’expédition à ses propres études concernant des espèces menacées comme les ours polaires, les milliers d’oiseaux migrateurs qui font halte dans la région, mais également les impacts des barrages qui rejettent de l’eau douce dans l’eau salée de la baie.

Pour Mme Varty, la collecte de données est importante à plusieurs niveaux : « La baie est unique à bien des égards. Elle est très peu profonde et plus productive que les zones plus au nord. Elle peut donc nourrir une grande quantité d’espèces comme les bélougas, les ours blancs, des milliers d’oiseaux nicheurs et des poissons. Mais elle permet aussi aux communautés de se nourrir. Ces données sont vraiment importantes, car les changements climatiques continuent d’impacter la vie quotidienne de ces personnes dans leurs activités de récolte. Nous serons en mesure de quantifier les changements et cela nous fournira des outils d’adaptation à l’échelle locale, mais aussi dans un contexte plus large, pour combler les lacunes sur les données des changements climatiques », conclut-elle.


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