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Articles de l'Arctique, 4 février 2022 : Une course contre la montre pour apprendre les langues autochtones

03 février 2022
Georgette McLeod (à gauche) a obtenu son diplôme du Centre des langues autochtones du Yukon en mai 2021. Locutrice de la langue hän, et membre de la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in à Dawson City, elle enseigne cette langue aux enfants de trois à douze ans. (Crédit photo : Georgette McLeod)

Georgette McLeod (à gauche) a obtenu son diplôme du Centre des langues autochtones du Yukon en mai 2021. Locutrice de la langue hän, et membre de la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in à Dawson City, elle enseigne cette langue aux enfants de trois à douze ans. (Crédit photo : Georgette McLeod)

Alors que l’année 2022 marque le début de la décennie internationale des langues autochtones pour l’UNESCO, le Conseil international gwich'in (CIG) s’affaire présentement à répertorier l’ensemble des initiatives de revitalisation de la langue gwich’in dans les collectivités des Territoires du Nord-Ouest, du Yukon et de l’Alaska.

Selon l’UNESCO, la préservation des langues autochtones, en tant que réservoir de diversité et composante essentielle de l’identité collective et individuelle, apparait comme un impératif éthique indissociable du respect de la dignité de l’individu. C’est dans ce contexte que les différentes initiatives de la nation gwich’in seront présentées lors d’un webinaire accessible à tous au printemps 2022.

 

Peu de locuteurs, peu de temps

Selon une étude publiée en décembre 2021 par l’université nationale australienne (Australian National University), la situation des langues autochtones à l’échelle internationale est critique. L’avenir de la diversité linguistique est mis à mal, car, sur les 7000 langues répertoriées dans le monde, dont 6000 sont des langues autochtones, près de la moitié sont en péril et 1500 d’entre elles sont en grand danger de disparition, indique le rapport. Pour la directrice générale du CIG, Devlin Fernandes, le temps est compté, car les locuteurs gwich’in sont en majorité des personnes ainées et la transmission de la langue doit se faire maintenant. Il y aurait dans le monde, seulement 800 locuteurs de la langue gwich’in.

« Nous devons transmettre la langue alors que nous pouvons encore le faire, car notre langue est étroitement liée à la culture, au territoire, à l’identité et à la fierté », indique-t-elle.

 

Une situation identique au Yukon

Georgette McLeod est administratrice en langue hän auprès de la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in à Dawson City, au Yukon. Diplômée en mai 2021 du Centre des langues autochtones du Yukon (CLAY), elle travaille à la sauvegarde et à la documentation de la langue hän depuis 2014. Elle enseigne aussi la langue aux enfants de trois à douze ans. Aujourd’hui, la seule personne à parler couramment au sein de la Première Nation est Percy Henry, âgé de 94 ans.

« Les ainés vieillissent, nous avons perdu un certain nombre de locuteurs au fil des ans », explique-t-elle.

Pour Mme McLeod, il n’y a plus une minute à perdre pour documenter au maximum la langue hän afin que les générations futures puissent se baser sur cette documentation lors de leur apprentissage. Cette langue fait partie de la famille des langues athabascanes et se révèle difficile à apprendre. Cependant, avec son diplôme en poche, elle souhaite « continuer d’enseigner afin que la prochaine génération de locuteurs prenne la relève ».

Lors d’un discours prononcé pendant la cérémonie de graduation des étudiants du CLAY le 28 mai 2021, Peter Johnson, grand chef du Conseil des Premières Nations du Yukon a salué le rôle fondamental des personnes ainées.

« Nous reconnaissons qu’une grande partie de nos progrès dans la revitalisation des langues ne serait pas possible sans nos ainés qui partagent si généreusement leurs précieuses connaissances linguistiques. Leur contribution est essentielle à la sauvegarde de nos langues pour les générations à venir. »

 

Guérir par le langage

Se réapproprier sa langue maternelle est, pour Mme Fernandes, une façon de retrouver son identité et permet au processus de guérison de s’enclencher. Cependant, la guérison qui fait partie du processus de réconciliation doit aller de l’avant en même temps que le processus de réconciliation.

« La guérison est très importante, mais nous ne pouvons pas reporter le processus de réconciliation tant que le processus de guérison n’est pas fini. La réconciliation et la guérison sont très connectées et doivent avoir lieu en parallèle », pense la directrice du CIG.

Mme McLeod estime que tous les moyens sont bons pour permettre aux jeunes générations de se réapproprier les langues autochtones, y compris les plateformes numériques et les réseaux sociaux utilisés massivement : « Le moment est venu de s’investir et si plus en plus de jeunes y travaillent, nous espérons que la langue continuera d’être parlée. »

 

Un mois pour célébrer les langues officielles aux Territoires du Nord-Ouest

Les TNO constituent la seule administration au Canada à reconnaitre onze langues officielles, dont neuf sont des langues autochtones. Il s’agit du dënësulinë´ (chipewyan), du nehiyawewin (cri), du gwich'in, du déné zhatié (esclave du Sud), du sahtúot'ine (esclave du Nord), du tli cho yati, de l’innuinaqtun, de l’inuvialuktiun et de l’inuktitut.

Dans un communiqué de presse du 1er février 2022, R. J. Simpson, le ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Formation a indiqué que ces langues « procurent un fort sentiment d’appartenance et une grande fierté aux Ténois, et nous devons prendre les mesures nécessaires pour les protéger et les revitaliser en les célébrant et en les parlant ».


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