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Un retour de la coopération en Arctique est toujours possible

Présence militaire et passages navigables en Arctique
Source : Conseil de l’Arctique, Institut Polaire Norvégien, NSDIC, Courier International, Internation Boundaries Research Unit Database, Ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international. (Crédit photo : Lambert Baraut-Guinet, Médias ténois)

Présence militaire et passages navigables en Arctique Source : Conseil de l’Arctique, Institut Polaire Norvégien, NSDIC, Courier International, Internation Boundaries Research Unit Database, Ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international. (Crédit photo : Lambert Baraut-Guinet, Médias ténois)

Le 3 mars 2022, sept des huit pays du Conseil de l’Arctique annonçaient, d’une voix commune, la suspension de toutes les activités et discussions initialement prévues.

Condamnant unanimement l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les sept nations ont fait part de leur extrême inquiétude pour l’avenir du peuple ukrainien.

« Les principes fondamentaux de souveraineté et d’intégrité territoriale, fondés sur le droit international, sous-tendent depuis longtemps les travaux du Conseil de l’Arctique, un forum que la Russie préside à l’heure actuelle. Compte tenu de la violation flagrante de ces principes par la Russie, nos représentants ne se rendront pas en Russie pour les réunions du Conseil de l’Arctique », peut-on lire dans le communiqué.

Selon Timo Koivurova, professeur de recherche et directeur du Centre Arctique de l’Université de Laponie en Finlande, un retour de la coopération en Arctique peut se faire entre les sept nations du Conseil de l’Arctique. À l’heure actuelle et tant que le conflit armé se poursuivra en Ukraine, la Russie ne peut pas se maintenir au sein de la diplomatie arctique d’après lui. (Crédit photo : Timo Koivurova)

 

Un risque de militarisation accrue en Arctique

Comme le soulève le professeur de recherche et directeur du Centre Arctique de l’Université de Laponie en Finlande, Timo Koivurova, la Russie possède une très grande puissance militaire et a toujours exprimé son intérêt dans la région arctique. Depuis l’invasion de l’Ukraine, des craintes d’expansion du conflit au-delà des frontières de ce pays ont émergé, notamment dans le Nord. Cette possibilité compromet aussi un éventuel retour à la table de discussion des pays membres du Conseil Arctique.

« La Russie a une puissante stratégie militaire et nucléaire en Arctique. Cette nation a la capacité de lancer des missiles nucléaires depuis la péninsule de Kola [à la frontière avec la Finlande]. Cela peut obscurcir la possibilité d’avoir une forme de rétablissement des relations diplomatiques dans l’Arctique avec la Russie », indique le Pr Koivurova.

Compte tenu des évènements toujours en cours en Ukraine et de la poursuite des opérations militaires russes, personne ne peut prédire si un retour de la diplomatie en Arctique va avoir lieu.

La diplomatie nordique, qui a vu le jour avec la création du Conseil de l’Arctique en 1996, est trop précieuse pour être totalement perdue selon le professeur.

« L’avenir de l’Arctique se décide encore maintenant sur la base des efforts à l’échelle internationale. Je ne pense pas que les gouvernements soient prêts à perdre cette coopération qui a tellement de valeur en Arctique. J’espère que les sept pays trouveront le moyen de continuer sans la Russie, car pour le moment il n’est pas question que la Russie participe à nouveau aux discussions. »

 

La lutte contre les changements climatiques ne peut se poursuivre sans la Russie

Le changement climatique reste l’un des sujets incontournables des tables rondes du Conseil. L’Arctique se réchauffe trois fois plus vite que le reste du monde, et les peuples de l’Arctique sont les témoins de ces changements qui affectent directement leurs modes de vie. Cependant, la coopération et la recherche de solutions face à l’augmentation des températures ne peuvent pas se faire sans la Russie, selon le Pr Koivurova. La Russie fait partie des cinq pays qui émettent le plus de gaz à effet de serre, et la lutte contre les changements climatiques demeurerait vaine sans la participation active de cette nation. Dans ces conditions, comment poursuivre le travail entamé il y a plusieurs années sans la participation d’un acteur incontournable ? La fin de l’invasion et la poursuite d’une résolution rapide du conflit semblent être la seule voie possible à ce stade.

Conseil de l'Arctique et coopération internationale
Source : Conseil de l’Arctique, Permanent Participants of the Arctic Council, University of the Arctic.
(Crédit photo : Lambert Baraut-Guinet, Médias ténois)

 

Les voix des peuples autochtones

Le Conseil circumpolaire inuit (CCI), qui est membre permanent du Conseil Arctique, a fait part de ses inquiétudes quant au devenir de la coopération arctique par voie de communiqué de presse, le 7 mars 2022.

« Nous sommes préoccupés par l’avenir du Conseil de l’Arctique qui repose sur la coopération pacifique et le respect mutuel. Les Inuits sont déterminés à ce que l’Arctique demeure une zone de paix, une formule attribuée à l’ancien président de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev dans un discours prononcé en 1987 à Mourmansk », peut-on lire dans la déclaration.

En revanche, le Pr Koivurova ne croit pas que la voix des organismes autochtones sera entendue à sa juste valeur dans un contexte de militarisation accrue de l’Arctique.

« Le Conseil de l’Arctique apporte une bonne atmosphère de collaboration dans l’Arctique et permet également aux voix autochtones de se faire entendre, mais, si l’Arctique devient une région davantage axée sur la sécurité, je crains que les organismes autochtones et leurs voix perdent de l’influence, et ça me préoccupe », conclut-il.


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