Si les immigrants s'en mêlaient : Un illustre Africadien


George Elliott Clarke est le poète officiel du Parlement canadien depuis 2017. En connaissez-vous, vous, des Noirs autochtones ?


George Elliott Clarke, poète et dramaturge africadien, est une personnalité qui illustre bien cette identité diverse, héritée de ses parents et de ses cultures. À l’occasion de ce Mois de l’histoire des Noirs, il est intéressant d’explorer cette identité à priori « irréconciliable », celle des Noirs autochtones. Ce terme autochtone a été utilisé pour désigner les pionniers noirs de la Nouvelle-Écosse qui s’y sont installés à la fin XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Ce terme permettait de différencier les Noirs installés en Nouvelle-Écosse depuis sept, huit générations de ceux que l’on qualifie de nouveaux arrivants, venus des Caraïbes, de l’Afrique et des États-Unis. Il y a lieu de se demander quelle culture noire ces Noirs acadiens possèdent si on les compare aux Noirs de la diaspora africaine. En utilisant le terme autochtone, George Elliott Clarke, explique qu’il ne veut pas manquer de respect envers le vrai peuple autochtone de l’endroit, les Micmacs, ni usurper leur droit de revendiquer qu’ils ont été les premiers. L’usage de ce terme est sa façon de faire la distinction entre ces Africains plus ou moins américains des autres Noirs néocanadiens. Même si ces Africains autochtones adhèrent pour la plupart d’entre eux à la rhétorique du panafricanisme, ils n’en demeurent pas moins qu’ils sont différents de leurs frères et sœurs qui sont installés en Nouvelle-Écosse depuis seulement une ou deux générations.


Les Noirs autochtones ont été déracinés depuis plus longtemps que leurs cousins des Caraïbes ou Africains et leurs lointains cousins d’Amérique ne leur ressemblent pas plus. George Elliott Clarke dit que le son de la cornemuse l’émeut autant qu’une chanson motown triste. Les Africains néoécossais ont même un anglais typique qui est différent, une variante de l’anglais des Afro-Américains, mais qui diffère de celui parlé au Liberia et en Sierra Leone.

Africadien ou Afro-Acadien ?
George Elliott Clarke a fini par inventer le terme africadien pour englober ce qu’il entendait par Noir néoécossais, Africain néoécossais ou même Noir autochtone. Ces termes ne faisaient pas ressortir l’essence de cette branche de l’Amérique africaine qui s’est échouée sur les côtes britanniques de l’Amérique du Nord. Par ailleurs, ils jetaient la controverse. Il explique que « cadie » comme dans Acadie provient d’un suffixe micmac qui signifie abondant et donc, Africadie signifie littéralement un endroit qui abonde en Africains. Il ne veut pas assimiler tous les Africains de Nouvelle-Écosse comme étant tous des Afro-Acadiens et ajoute en nuançant que quelques Africadiens sont afro-acadiens. Clarke qualifie les collectivités des Africadiens d’Africadia pour souligner l’attachement de son peuple au territoire micmac.


En tentant de définir cette identité, Clarke a dû répondre à de nombreuses critiques, notamment celles d’une Africaine néoécossaise micmaque Paula C. Madden. Dans son argumentation, elle trouve que les revendications des Africadiens de l’ancienne Africville empiétaient sur les droits ancestraux des Micmacs et que leurs batailles respectives étaient irréconciliables. De plus, elle soutient que le terme de Noir autochtone ne favorise pas la solidarité panafricaine et consacre la ligne de séparation avec les nouveaux arrivants noirs sans racines autochtones.
Dans sa réponse, Clarke souligne que la plupart des Africadiens sont métissés, en partie micmacs, en partie cris, en partie cherokees, etc. et que malgré tous les efforts faits par de nombreuses familles autochtones pour cacher ces mélanges et éviter ainsi la négrophobie, on ne peut pas ignorer cette réalité. Clarke décrit son héritage multiracial noir et micmac qui comprend aussi bien les traditions africaines que les connaissances sur la survie en forêt et la culture en milieu sauvage, sur les plantes médicinales. Pour lui, son ADN amérindien ne l’empêche pas de s’identifier à la culture africaine américaine. Clarke déclare qu’il a, comme plusieurs Noirs autochtones, joint la Eastern Woodlands Metis Nation Nova Scotia, un fait qui les définit légalement comme autochtones en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Pour Clarke, il est primordial d’insister sur les revendications territoriales des Premières Nations et le respect des traités. Les réparations pour l’exploitation du travail des Africains qui a aussi contribué à l’essor de l’Amérique du Nord sont aussi une revendication légitime. Selon Clarke, ces campagnes pour réparer des injustices sont imbriquées et servent les intérêts mutuels des Africadiens et des Premières Nations.

Appel
Le poème Appel rédigé par George Elliott Clarke en 2017 pour le Mois de l’histoire des Noirs et à l’occasion du 150e anniversaire de la Confédération reste d’actualité. Ce poème et la biographie de George Elliott Clarke sont publiés sur le site Internet canada.ca/fr/patrimoine-canadien.


Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.

Suivez-nous
Changer de ville
Sondage

Aucun sondage sur le site présentement!

Voir tous les résultats des sondages