Un appel à s’approprier le monde politique

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la première ministre des TNO, Caroline Cochrane, et l’ancienne première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, étaient les invitées d’un panel de discussion organisé par le groupe Canada 2020. (Capture d’écran : YouTube)

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la première ministre des TNO, Caroline Cochrane, et l’ancienne première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, étaient les invitées d’un panel de discussion organisé par le groupe Canada 2020. (Capture d’écran : YouTube)

 La première ministre des Territoires du Nord-Ouest, Caroline Cochrane, a profité de la journée internationale des droits des femmes pour lancer un appel à l’implication des femmes dans la vie publique, traditionnellement dominée par les hommes.

Thomas Ethier — IJL — TNO

« On se sent bien seule en tant qu’unique femme à la table de la confédération », a-t-elle résumé, dans le cadre d’un panel de discussion organisé par le groupe Canada 2020. L’ex-première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, était également de cette discussion, articulée autour des thèmes du leadeurship féminin et de l’avenir des femmes en politique.

À l’heure actuelle, Caroline Cochrane est la seule femme à la tête d’un territoire ou d’une province. « Il y a toujours eu une perception selon laquelle un certain type de personne peut se lancer en politique, et j’ai toujours pensé que cette perception était fondée sur le genre », a-t-elle résumé.

 

Le droit au leadeurship

« En tant que femmes, vous pourriez vous dire que vous n’en savez pas assez, que vous n’avez pas toute l’expérience dont disposent normalement les politiciens, ou l’argent nécessaire. C’est pourtant pour ces raisons que nous avons besoin de vous en politique », a affirmé Mme Wynne, pour reprendre les propos de sa consœur.

Pour avoir travaillé 20 ans en travail social avant d’entamer, sans attentes ni expérience, sa carrière en politique, Caroline Cochrane avance d’emblée ne pas correspondre au profil type d’une politicienne de son calibre. Une observation qui lui aurait été faite à de nombreuses reprises.

« Certaines personnes m’ont dit — incluant des femmes — que je n’étais pas la bonne femme pour occuper un rôle de leadeur en politique. J’ai décidé de relever ce défi. Toutes les femmes ont droit de tenter leur chance et devraient le faire. Nous avons des voix différentes et des vies différentes des leadeurs conventionnels. »

Mme Cochrane a notamment confié avoir fait l’erreur de suivre certains conseils la poussant à « agir comme un homme » en tentant de dominer les discussions, lorsqu’elle occupait le poste de ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Formation, sous le gouvernement de Bob McLeod.

« J’ai fait l’erreur de suivre ce conseil, et d’adopter une attitude contre nature. Je me suis battue plusieurs années, j’étais une femme fâchée, j’ai crié et j’ai soulevé la menace de congédier certaines personnes. On m’a conseillé d’agir comme un homme et de m’imposer. Avec le temps, j’ai réalisé que cette attitude faisait peur aux gens, mais ne leur permettait pas de changer », a-t-elle confié.

 

Les femmes en temps de pandémie

Questionnées sur la situation de la dernière année, les deux panélistes ont avancé que la COVID-19 a contribué à exacerber les attentes de la société envers les femmes, quand est venu le temps de gérer le foyer familial. Qui plus est, selon Mme Cochrane, plusieurs des entreprises les plus touchées, incluant les restaurants et les bars, emploient en majorité des femmes.

« Dès le départ, on s’attendait d’elles qu’elles restent à la maison, pour prendre soin des enfants, cuisiner, etc. Bref, à faire toutes ces choses auxquelles nous sommes habituées en tant que femmes », a observé Mme Cochrane. Plusieurs femmes ont conservé leur emploi et sont heureuses de pouvoir travailler de la maison, mais il demeure qu’on s’attendait à ce qu’elles s’occupent aussi des enfants toute la journée, lorsque les garderies ont dû fermer. […]Je n’ai jamais entendu mes collègues masculins se soucier autant que les femmes des enfants qui se trouvaient aussi à la maison », a-t-elle affirmé.

D’un autre côté, cette crise mondiale aura été l’occasion de repenser les choses et d’observer le succès des dirigeantes sur le plan mondial en matière de gestion de la pandémie. « J’ai confiance que les femmes à travers le monde vont voir cette occasion comme le temps d’un changement, a ajouté la première ministre ténoise. J’ai confiance que de plus en plus de femmes vont prendre les devants à aspirer à des postes de leadeur. »

 

Un parcours atypique

Mme Cochrane a profité de la discussion pour décrire un parcours professionnel « quelque peu différent » de celui des autres politiciens, comme elle le décrit. Issue d’un milieu familial marqué par la consommation de drogues et d’alcool et la violence, elle a décroché du système scolaire en neuvième année. Elle indique avoir été sans-abris durant quelques années.

« J’ai rapidement dû me débrouiller par mes propres moyens », a-t-elle confié. C’est après la naissance de son deuxième enfant que Mme Cochrane a choisi d’étudier le Travail social à l’université, un choix qui l’aura menée à travailler pendant 20 ans avec les familles à faible revenu et les femmes sans-abris.

Mme Cochrane raconte que c’est l’inaction du gouvernement des TNO face aux enjeux vécus par les personnes les plus vulnérables qui l’a incitée à tenter sa chance aux élections territoriales de 2015.


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