Politique fédérale : Un Nord un peu moins rouge

24 octobre 2019
Les deux partis politiques du Nord, le parti libéral et le Nouveau Parti Démocratique
(Illustration de Francopresse)

Les deux partis politiques du Nord, le parti libéral et le Nouveau Parti Démocratique (Illustration de Francopresse)

Un des deux députés libéraux élus pourrait se retrouver au conseil des ministres.
 

À l’image du Canada et malgré les couleurs automnales, le Nord a perdu un peu de sa rougeur le 21 octobre. Si le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest sont demeurés libéraux, au Nunavut, la jeune néodémocrate Mumilaaq Qaqqaq a ajouté de l’orange alors qu’elle a ravi le siège laissé vacant par Hunter Tootoo, qui siégeait comme indépendant après avoir été élu comme libéral.
Alors que le Nouveau Parti démocratique (NPD) est passé de 44 sièges à 24 sièges, Mme Qaqqaq, 25 ans, originaire de Baker Lake, est une rare lumière pour le parti de Jagmeet Singh.
Elle a remporté 41,2 % des voix, une confortable avance sur la libérale Megan Pizzo Lyall (31 %).
L’ancienne ministre conservatrice Leona Aglukkaq, qui tentait un retour, a obtenu la troisième place avec 25,8 % des voix.


Mumilaaq Qaqqaq était agente d’employabilité à Nunavut Tunngavik Incorporated et avait précédemment travaillé au ministère de la Santé du Nunavut.
Elle s’est fait connaitre à l’échelle du pays en 2017 en prononçant un discours à la Chambre des communes, où elle a parlé de l’inégalité des chances pour les Autochtones ainsi que des problèmes de logement et de santé au Nunavut.
Elle a fait de ces thèmes des éléments essentiels de sa plateforme électorale.
Peter Ittinuar est le dernier néodémocrate à avoir occupé le siège du Nunavut, entre 1979 et 1982, alors que le futur territoire, sous le nom de Nunatsiaq, faisait encore partie des Territoires du Nord-Ouest (TNO). M. Ittinuar allait ensuite devenir libéral.

Participation
Le taux de participation aux élections du 21 octobre a été de 65,95 % à l’échelle du Canada, un chiffre faisant abstraction des citoyens inscrits le jour même.
Comme en 2011 et en 2015, le Nunavut, avec 48,4 %, a été l’endroit où on a le moins voté au Canada.
Les Territoires du Nord-Ouest terminent seconds dans cette catégorie, avec 54,9 % de taux de participation, alors que le Yukon (70,9 %) est au-dessus de la moyenne nationale, comme en 2015, seulement surpassé par la Saskatchewan et l’Île-du-Prince-Édouard.

Le retour de Michael McLeod
Aux Territoires du Nord-Ouest, le libéral Michael McLeod a devancé son plus proche rival, le conservateur Yanik D’Aigle, par un peu plus de 3000 voix. Pour son second mandat, M. McLeod, qui a occupé par le passé différents postes dans le gouvernement ténois, a remporté 40 % des votes. Il a été suivi par le conservateur Yanik D’Aigle (25,8 %) et la néodémocrate Mary Beckett (21,8 %).
À 10,6 %, l’avocat Paul Falvo est celui qui a fait le mieux parmi les candidats verts des trois territoires, surpassant de très peu son homologue du Yukon, Leone Morris (10,3 %). Au Nunavut, Douglas Roy n’a su faire mieux que 2,1 % des voix.
« Nous avons eu mille votes de plus que lors des élections de 2015, observe M. Falvo. […] Le pourcentage de votes pour le Parti vert a plus augmenté dans le Nord que dans plusieurs autres parties du Canada. »
Pour M. Falvo, cela signifie que les habitants du Nord se sentent particulièrement concernés par les changements climatiques.


Dans l’ensemble du pays, les verts ont fini avec trois députés, bien loin des attentes verbalisées par leur cheffe Elizabeth May, qui, portée par la vague pro-environnementale actuelle, souhaitait se rendre à 15 sièges et ainsi devenir un parti reconnu, avec un budget afférent.
C’est tout de même deux députés de plus qu’en 2015, alors que seule Mme May avait été élue, dans Saanich-Gulf Islands.
L’avocat a l’intention de demeurer avec la formation environnementaliste. Il est d’ailleurs devenu le porte-parole du parti pour ce qui a trait à l’Arctique.

Lutte au Yukon
Au Yukon, le libéral Larry Bagnell a remporté son sixième mandat de justesse, 72 votes l’avantageant face à son plus proche rival, le conservateur Jonas Smith.
Celui-ci a dit dans un premier temps qu’il demanderait un recomptage judiciaire pour ensuite abandonner officiellement l’idée.
« Nous avons donné plus au Nord que n’importe quel [parti au pouvoir] dans l’histoire, affirme Larry Bagnell. Nous allons continuer. Juste avant les élections, nous avons annoncé le Cadre stratégique pour l’Arctique. Nous avons 40 milliards de dollars pour le logement, le Nord en a besoin, nous avons beaucoup de projets d’énergies renouvelables dans le Nord, une Première Nation a un projet avec de nombreux panneaux solaires, l’autre avec trois éoliennes, une autre avec du biodiésel. »
Le député fait valoir que le gouvernement offrira un prêt de 40 000 $ sans intérêt pour isoler des maisons ou les brancher à des panneaux solaires, une offre qui pourrait toucher un million de maisons au pays.
Ces projets et bien d’autres auront besoin de l’appui d’autres partis puisque le gouvernement est minoritaire, précise le député.

Qui est ministrable
Depuis sa première élection en 2000, M. Bagnell a occupé différentes fonctions au sein du gouvernement. Il a été secrétaire parlementaire des ministères des Ressources naturelles et des Affaires indiennes et du Nord canadien; il a été président ou membre d’un très grand nombre de comités et d’associations parlementaires.
Il est vraisemblable que Justin Trudeau invite un élu du Nord à faire partie de son conseil des ministres. Il faudra voir si le premier ministre choisit M. Bagnell ou son collègue des TNO, M. McLeod.
« Ce n’est pas quelque chose qu’on demande, explique le député de Yukon. Je n’ai aucune idée. [...]. Je suis prêt à faire tout ce que le premier ministre me demande. »
Le néodémocrate Justin Lemphers s’est classé troisième au Yukon avec 4475 voix.
C’était la première présence en politique fédérale de ce président de la Fédération des travailleurs du Yukon.
« La perte de sièges est décevante, concède-t-il, à propos de la performance du NPD à l’échelle canadienne. Mais nous avons encore un grand bilan, un leadeur merveilleux et une voix forte, et ça veut dire que nous avons encore la force de l’initiative. Il faut mettre à profit cette énergie et sur ce que sont nos succès et construire la base dans les régions où nous avons perdu. »


M. Lemphers appelle à une réforme électorale qui reflèterait vraiment le vote des gens.
En attendant, le NPD est en position de s’allier avec le Parti libéral pour certains votes.
« Je sais que M. Singh va poursuivre le programme avec lequel il est entré dans les élections, de dire le candidat défait : [...] s’assurer que la vie des Canadiens soit abordable et qu’on s’occupe de l’environnement. »
M. Lemphers dit avoir un plan à long terme en politique et il continuera à militer.

La plateforme du parti libéral
Le Parti libéral s’est engagé à diminuer le cout de la vie des Canadiens par plusieurs mesures, spécifiquement, pour les gens du Nord, il a promis d’augmenter jusqu’à 1200 $ les frais de déplacement déductibles.
En ce qui a trait à la Loi sur les langues officielles, Justin Trudeau a promis de renforcer les pouvoirs du commissaire aux langues officielles, de nommer exclusivement des juges bilingues à la Cour suprême du Canada et de dénombrer les ayants droit.
Le Parti libéral s’est engagé à combler l’écart entre les Autochtones et le reste des Canadiens au chapitre des infrastructures, notamment le logement.
Il a également promis de doter la Loi sur les langues autochtones d’un financement à long terme prévisible et suffisant.
Il a affirmé qu’il réaliserait des investissements dans les communautés inuites afin de délaisser le diésel pour des énergies renouvelables.


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