Articles de l'Arctique : Teck abandonne le projet Frontier

27 février 2020
Test 6

Après une protestation croissante contre son projet de sables bitumineux Frontier, dans le Nord de l’Alberta, la compagnie Teck a annoncé de manière surprise le 23 février qu’elle abandonnait le projet et se retirait du processus fédéral d’évaluation environnementale.
Le projet Frontier devait être situé entre Fort McMurray et Fort Chipewyan, près du Parc national Wood Buffalo et de la rivière Athabasca, qui fait partie du bassin versant du fleuve Mackenzie. À son apogée, selon la compagnie, il devait produire quotidiennement 260 000 barils de pétrole, créer 7000 emplois directs et générer des redevances et des impôts de 55 milliards de dollars.
Dans une lettre adressée au ministre de l’Environnement Jonathan Wilkinson, le président de Teck, Don Lindsay, affirme ne pas fuir la controverse. « Cependant, écrit-il, les marchés mondiaux des capitaux changent rapidement et les investisseurs et les clients cherchent de plus en plus des États qui ont un cadre conciliant le développement des ressources et les changements climatiques […]. Cela n’existe pas ici aujourd’hui et, malheureusement, le débat croissant autour de cette problématique a placé Frontier et notre compagnie au cœur de problèmes beaucoup plus vastes qui doivent être résolus. »
De l’avis de plusieurs économistes, cependant, c’est d’abord le faible prix du pétrole qui a causé l’abandon de Frontier.Analyste du secteur du pétrole et de l’énergie, Don Matthews abonde en ce sens. « C’est une bonne chose que M. Lindsay parle des difficultés de réconcilier les projets énergétiques et l’environnement, dit-il, mais ce n’est pas la principale raison pourquoi le projet a été annulé. C’est le prix du pétrole. Quand Teck a mis sa proposition de l’avant, elle s’attendait à ce que le prix du baril de pétrole atteigne 95 $ US ; maintenant, dépendamment du type de pétrole, c’est entre 30 $ US et 50 $ US. C’est beaucoup plus bas que ce dont Teck avait besoin pour rentabiliser le projet. »

Approbation avec conditions
Rendu public en juillet 2019, un rapport de la Commission d’examen conjoint, un organisme indépendant, mandaté par le ministère de l’Environnement et des Changements climatiques et l’Alberta Energy Regulator, appuyait conditionnellement le projet.
« Même si nous estimons que le projet aura des effets négatifs importants et qu’il y aura des effets cumulatifs sur certaines composantes environnementales et communautés autochtones, peut-on lire, nous considérons que ces effets se justifient et que le projet Frontier est dans l’intérêt public. »
Teck semblait avoir tenu compte des exigences de la Commission en regard des impacts sur l’eau dans le delta des rivières de la Paix et Athabasca.
La compagnie affirmait qu’elle aurait un des plus bas volumes d’utilisation. Quatre-vingt-dix pour cent de l’eau de la rivière Athabasca utilisée devait être recyclée et des réservoirs devaient permettre de la stocker durant les périodes de haut débit. Selon Teck, la production de gaz à effet de serre aurait été de 50 % inférieure à la moyenne de l’industrie.

Consultations
Réagissant à la lettre du président de Teck, les ministres Jonathan Wilkinson et Seamus O’Regan ont reconnu « le travail de consultation de calibre mondial » réalisé par l’entreprise Teck.
Déçu par l’échec de Frontier, le chef de la Première Nation de Fort McKay, Mel Grandjamb, a écrit que « Teck a démontré une sensibilité remarquable aux préoccupations autochtones. »
La Première Nation de Smith’s Landing, qui a fait partie d’un mouvement de protestation auquel se sont joints la Nation dénée, des prix Nobel et plusieurs groupes écologistes, est d’un avis diamétralement opposé.
« Nous sommes vraiment contents que ce projet n’aille pas de l’avant », observe le chef Gerry Cheezie. « Ça va laisser le temps à la terre de récupérer de façon à ce qu’on puisse chasser, pêcher et trapper comme on l’a toujours fait. »

Mécanismes de protection
Pressé par M. Cheezie de s’opposer à la mine de sables bitumineux, le ministre de l’Environnement des TNO, Shane Thompson, avait invoqué la protection conférée par l’entente entre l’Alberta et les TNO, signée dans le cadre de la gestion des eaux transfrontalières du bassin versant du Mackenzie.
Le gouvernement ténois affirme que l’Entente-cadre sur les eaux transfrontalières du bassin du Mackenzie contient des mécanismes permettant d’amener un litige à un niveau juridique.
Depuis que l’Entente-cadre a été signée en 1997, ces mécanismes n’ont jamais été éprouvés ; ce jour pourrait venir bientôt, selon le chef national des Dénés, Norman Yakeleya, qui, par voie de communiqué, a exprimé sa crainte que la construction du barrage hydroélectrique du Site C et d’autres projets de sables bitumineux mettent en péril le bassin versant. Il a appelé au renforcement des mécanismes légaux inhérents aux ententes bilatérales.

Crédibilité peu élevée.
« Il n’y a pas de mécanisme dans ces ententes qui peut empêcher l’Alberta ou la Colombie-Britannique de polluer notre eau et notre air, prétend M. Cheezie. Cette entente à laquelle le ministre a fait allusion n’est rien d’autre qu’un écran de fumée. Ils essaient de nier leur responsabilité. »
Même analyse chez la coprésidente du chapitre ténois du Conseil des Canadiens, Lois Little.
« Ces ententes transfrontalières n’ont aucune autorité légale, déplore-t-elle. Ce sont des ententes à l’amiable qui, essentiellement, entrent en vigueur après les faits, alors que le mal est déjà fait. Nous avons essayé de les utiliser lors du combat contre le barrage du Site C et ça ne nous a menés nulle part. »
« L’effet cumulatif de tous les projets proposés causera un excès, observe le directeur général du chapitre ténois de la Société pour la nature et les parcs du Canada, Kris Bekke. […] Quand les seuils seront dépassés, est-ce que notre gouvernement fera respecter ces ententes ? »
« Je pense qu’il n’y a aucune façon d’appliquer ces règlements, dit le spécialiste des marchés énergétiques, Don Matthews. À la base, ils sont ce qu’on appelle des “meilleurs efforts”. »


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