Modernisation de la Loi sur les langues officielles : Table ronde sur l’avenir du français

Sarah Boily, directrice principale, Modernisation de la Loi sur les langues officielles. (Crédit photo : Denis Lord)

Sarah Boily, directrice principale, Modernisation de la Loi sur les langues officielles. (Crédit photo : Denis Lord)

 La FFT demande le respect des langues autochtones des TNO

 

Désignation des territoires comme régions bilingues, hausse et respect des quotas en immigration francophone, reddition des comptes pour les transferts fédéraux : les associations francophones ont formulé leurs demandes lors de la venue à Yellowknife du Comité de modernisation des langues officielles le 30 avril dernier.


La table ronde était coprésidée par la directrice principale de la Modernisation de la Loi sur les langues officielles, Sarah Boily, et le directeur du bureau des Prairies et du Nord de Patrimoine canadien, Adrian Wortley.


18 personnes étaient présentes, y compris le directeur du Secrétariat aux affaires francophones, Benoît Boutin, en tant qu’observateur. La commissaire aux langues officielles des TNO, Shannon Gullberg, était absente; elle a écrit à L’Aquilon ne pas avoir été avisée du changement de date de la rencontre, qui devait initialement avoir lieu plus tôt en avril.


De manière qu’on pourrait qualifier de surprenante, la Fédération franco-ténoise (FFT) a mis en tête de liste de ses revendications pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO) le respect par le fédéral du statut et des droits des onze langues officielles des TNO.


« Nous ne demandons pas nécessairement que des employés parlent chacune des langues autochtones, de préciser en entrevue le président de la FFT, Jean-François Pitre, mais qu’un employé puisse le faire s’il le veut. »


M. Pitre parle d’égalité linguistique entre les francophones et les autochtones, dans la mesure du possible.

Désignation bilingue
En outre, la FFT demande à ce que les trois territoires du Canada soient désignés bilingues pour les institutions fédérales et qu’ainsi donc, l’article 35 de la LLO soit mis à jour en ce sens.


« Ça n’a pas été revu depuis 1977, ça a été oublié à chaque fois. [...] Les employés fédéraux doivent pouvoir communiquer dans la langue de leur choix », prône M. Pitre.


Cette requête reçoit l’aval du Conseil de développement économique des Territoires du Nord-Ouest (CDÉTNO).
« La désignation bilingue augmenterait le transfert de fonds et rendrait la région plus attirante, affirme le directeur général du CDÉTNO, François Afane. Ça nous aiderait à soutenir les communautés qui sont mourantes. »


Pour le président de la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest (CSFTNO), Simon Cloutier, le fédéral doit revoir sa politique sur les primes au bilinguisme, peu élevées et attribuées de manière incohérente.


« La LLO doit avoir plus de mordant, a-t-il ajouté. On sait ce qui s’est passé en Ontario et ce qui s’en vient en Alberta. [...] La LLO doit être plus forte que les allégeances politiques des gouvernements. »

Immigration
L’immigration francophone, l’immersion et la transmission intergénérationnelle sont identifiées par Ottawa comme des éléments clés de la survie du français au Canada.


Or, le Canada a échoué à atteindre sa cible de 5 % d’immigration francophone hors Québec, déplore Simon Cloutier. Tout comme François Afane, il préconise que cette cible soit revue à la hausse.


« Ça ne devrait pas être une cible, mais une obligation », ajoute M. Cloutier.


« Les montants doivent être augmentés pour atteindre la cible », observe M. Afane.


Pour Simon Cloutier, si la LLO ne peut techniquement quantifier une cible, elle doit à tout le moins préciser qu’il doit y avoir des enveloppes distinctes pour l’immigration francophone et anglophone.


La directrice générale de la FFT, Linda Bussey, a minimisé l’importance du quota pour prioriser la qualité des services qui aideraient à la rétention des immigrants, comme les écoles, et peut-être le futur centre de la francophonie.


Éducation
Pour la directrice générale du Collège nordique francophone, Josée Clermont, la Charte canadienne des droits et libertés doit ajouter le postsecondaire à ses garanties à l’éducation en français de la première à la douzième année.


« Il y a beaucoup d’immersion à Yellowknife, a-t-elle fait valoir, et de plus en plus d’emplois désignés bilingues. Mais il n’y a pas de place pour poursuivre des études postsecondaires en français. Plusieurs le désapprennent. »


Mme Clermont a précisé que l’enveloppe financière du postsecondaire doit être distincte de celle des autres niveaux d’études.


Conformément aux revendications de la Fédération nationale des commissions scolaires francophones, le président de la CSFTNO a exprimé la nécessité d’une reddition de comptes pour les fonds transférés au territorial. « Nous voulons des ententes tripartites pour le droit de gérer les fonds, a-t-il ajouté, nous voulons être assis à la table pour pouvoir nous assurer que les fonds sont utilisés à bon escient. »

Immersion
M. Cloutier a aussi demandé que Statistiques Canada recense les ayants droit afin que les budgets soient mieux adaptés aux besoins des francophones.


Enfin, il a demandé du budget pour la petite enfance en français, un créneau dans lequel il a observé un vide à la grandeur du pays.


La directrice générale de la section ténoise de Canadian Parents for French, Jessica Payeur, a demandé à ce que la définition de francophone inclue désormais celle de francophiles et que la LLO intègre le droit à l’éducation en français langue seconde pour les non-ayants droit.


Le directeur des programmes de français à la Commission scolaire de district no 1 de Yellowknife, Jean-Marie Mariez, a attiré l’attention du Comité de modernisation sur les problèmes de rétention des élèves d’immersion au niveau secondaire.


Média
Le directeur de la programmation de Radio Taïga, Nicolas Servel, a quant à lui déploré le mode de financement par projet auquel sont asservis les médias communautaires, en lieu d’une enveloppe budgétaire pluriannuelle.


« Le financement par projet consume du temps, dénonce M. Servel. Nous avons besoin de stabilité. L’argent investi dans les médias n’est pas une dépense, c’est un investissement dans la langue et la culture francophone. »


Maxence Jaillet, le directeur général des Éditions franco-ténoise et de Société Radio Taïga, a aussi déploré l’absence totale de publicité fédérale sur les plateformes numériques de Radio Taïga ou L’Aquilon et sa rareté sur leur format audio et papier. Selon lui, les annonces fédérales destinées aux Canadiens en français devraient utiliser les médias traditionnels et leurs évolutions numériques; la nouvelle Loi sur les langues officielles devrait exiger une véritable concertation interministérielle.


À la fin de la rencontre, Mme Boily a dit qu’une synthèse des tables rondes et des forums serait rendue publique au début de l’été; la modernisation de la Loi, quant à elle, prendra un minimum de deux ans.


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