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Steven Bilodeau : l’humour après la guerre

L’humoriste Steven Bilodeau était à Yellowknife le 27 avril pour présenter son spectacle « L’heure de la retraite a sonné », à la loge Elks, devant un public d’une quarantaine de personnes. (Crédit photo : Josianne Leonard)

L’humoriste Steven Bilodeau était à Yellowknife le 27 avril pour présenter son spectacle « L’heure de la retraite a sonné », à la loge Elks, devant un public d’une quarantaine de personnes. (Crédit photo : Josianne Leonard)

C’est lors d’un tournoi de hockey amical à Las Vegas, entre militaires actifs et vétérans des forces armées canadiennes, qu’est né le lien qui unit désormais l’humoriste Steven Bilodeau à Yellowknife.

Thomas Ethier
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

L’humour pour bâtir des ponts entre les militaires et leur communauté. Steven Bilodeau, sergent retraité des Forces armées canadiennes, s’est engagé dans cette mission au moment de proposer ses services à l’Association franco-culturelle de Yellowknife. L’exercice s’est déroulé le 27 avril à la loge Elks, devant une quarantaine de spectateurs.

« Nous avons décidé de présenter mon spectacle non pas à la base militaire, mais en ville, pour rassembler toute la communauté, et pour créer des liens », souligne l’humoriste émergent qui se taille aujourd’hui une place de choix dans l’univers artistique québécois et ontarien. « Plusieurs militaires sont relativement nouveaux à Yellowknife et gagnent à découvrir la communauté francophone », ajoute-t-il.

Pour Steven Bilodeau, l’humour est un rêve d’enfance, un art qui lui permet de gagner sa vie, de faire des rencontres, et de voyager. Son nouveau métier lui procure également du bonheur et une dose périodique d’adrénaline, des ressources non négligeables pour l’homme qui a vécu en zone de conflit armé.

 

Besoin d’adrénaline

L’artiste a plusieurs projets en tête, incluant un concept de spectacles livrés directement chez le public, dans les cours arrière privées, aux abords des piscines hors terres. « C’est un peu ce que j’ai fait ici, en participant au podcast Pognés à Yellowknife, chez José Audet, lance-t-il. C’est là où j’ai pu réellement rencontrer les gens de Yellowknife. »

Créer des liens, faire rire les gens et voyager, voilà les grands avantages du métier pour Steven Bilodeau. Or, la scène répond également à un besoin très particulier qui tient ses sources aux antipodes du bonheur. Comme bien de ses consœurs et confrères, le militaire retraité, qui cumule 20 ans de services, porte les séquelles de ses missions en Afghanistan.

« Parce que je vis avec un syndrome posttraumatique, confie-t-il, je suis un peu déconnecté de mes émotions. Si tu me donnes de gros rush d’adrénaline, c’est là où je vais me sentir le plus vivant. C’est ça que j’ai envie de répéter en faisant des spectacles. Je ne voulais pas tomber dans la toxicomanie, ou d’autres problèmes, et je me suis dit que je voulais une carrière où je pourrais combler ces besoins. »

« En prenant ma retraite, j’ai vu plusieurs de mes consœurs et confrères qui avaient du mal à se retrouver une place en société, dans biens de cas, avoir du mal à vivre avec des problèmes de santé mentale, poursuit-il, et à se sentir vivants comme à l’époque du service. Ces besoins étaient criants. J’avais besoin d’adrénaline et de sensations fortes, besoin de me mettre en danger. »

« En arrivant dans l’armée, on a en tête qu’on est là pour faire le bien. Puis on réalise rapidement, en Afghanistan, que l’on n’est pas seulement là pour faire du bien, mais aussi pour faire du mal, partage-t-il. J’ai appris à me détacher de mes émotions, comme si je jouais dans une pièce de théâtre. Il en découle des traumatismes et une déconnexion émotionnelle. Ça explique en partie pourquoi je veux vivre ce genre de sensations fortes. »

M. Bilodeau dit toutefois ne pas du tout regretter son service militaire. « J’ai adoré ça, affirme-t-il, mais ça a laissé des blessures avec lesquelles je dois composer tous les jours, et je les ai acceptées. On ne m’a pas dit à l’époque qu’en entrant dans l’armée, j’allais devoir porter ces bagages à long terme. L’armée canadienne n’était pas encore là, ne parlait pas de ces choses-là. On évolue comme société, je crois que l’armée aussi évolue en société, et c’est une bonne chose. »

 

Militaires à Yellowknife

Steven Bilodeau garde aujourd’hui un fort attachement aux communautés qui composent les forces militaires du pays. C’est ce qui l’aura attiré vers Yellowknife. « Je participais à un tournoi de hockey à Las Vegas, organisé dans le cadre du jour du Souvenir, et j’ai rencontré deux amis qui ont été affectés à Yellowknife, raconte le sportif, ancien athlète aux Jeux mondiaux militaires. Je n’avais jamais visité le Nord, c’était dans ma to-do list ! »

Au terme de ce baptême du Nord, qu’est-ce qui distingue, selon le retraité, les militaires de Yellowknife ? « Les militaires ont la faculté de s’adapter, de s’enraciner rapidement et de prendre leur place dans la communauté, pour en faire un chez soi, répond-il. Lors d’une mutation à Yellowknife, par exemple, les militaires vont rapidement en faire leur ville, s’intégrer à la culture pour découvrir et rencontrer des gens. »

Bien qu’on les repère facilement au centre-ville dans leurs uniformes, les militaires ne représentent environ que 1 % de la population des TNO. « Ils sont environ 200, c’est très peu nombreux et, comme partout, les militaires sont certainement la cible de préjugés. Certains croiront que ce sont des personnes violentes ou d’extrême droite, ou encore qu’elles ont une très grande faculté d’organisation et qu’elles sont remplies de ressources », précise-t-il.

Soldat parmi les artistes

L’humoriste observe d’ailleurs ces préjugés dans le milieu artistique. « Les militaires font face à des préjugés un peu partout. Cette personne a des problèmes de santé mentale, elle est sans doute violente, elle est certainement d’extrême droite. On associe l’armée à la droite idéologique, alors que le milieu des arts est très à gauche. J’ai toujours eu l’impression d’avoir à travailler plus fort à cause de ces préjugés », indique-t-il.

« Personne n’aime les conflits armés, ni la guerre, ni les services militaires. Les gens vont m’associer à ce que j’ai fait avant de me connaitre, et ce sera un frein à m’inviter à jouer devant un public. Mais les gens vont gagner à me connaitre. Je ne suis pas seulement un militaire, je suis aussi un homme au grand cœur. Par ailleurs, je suis entré dans l’armée pour jouer un rôle, pour gagner ma vie, mais, en réalité, je me suis moi-même toujours perçu comme un artiste. »

Trois jours passés à Yellowknife auront toutefois offert des airs d’exception à l’artiste. « Une fois que le spectacle a été terminé, c’est là où ma relation avec la communauté a vraiment débuté, où j’ai pu discuter et connaitre les gens. Je suis tombé en amour avec la communauté francophone de Yellowknife, insiste-t-il. Ces gens sont chaleureux et accueillants. Ils sont allés au-delà des préjugés, pour m’appuyer dans mon expérience du Grand Nord. »


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