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Steve Norn expulsé de l’Assemblée législative des TNO

25 novembre 2021
Steve Norn représentait les électeurs de Tu Nedhé-Wiilideh depuis 2019 à l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest. (Crédit photo : Capture d’écran/Assemblée législative des TNO)

Steve Norn représentait les électeurs de Tu Nedhé-Wiilideh depuis 2019 à l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest. (Crédit photo : Capture d’écran/Assemblée législative des TNO)

Certains députés ont déclaré avoir craint pour leur sécurité après avoir reçu un message injurieux et jugé menaçant de la part du député de Tu Nedhé-Wiilideh, qui faisait alors l’objet d’une enquête.

Thomas Ethier – IJL – Territoires

En regard d’un rapport d’enquête accablant, jumelé à des propos jugés menaçants, les députés du territoire ont voté à l’unanimité, le 23 novembre, pour l’expulsion du député de Tu Nedhé-Wiilideh, Steve Norn de l’Assemblée législative des TNO. Quelques minutes avant le vote, après avoir entendu la majorité de ses collègues appuyer la proposition, M. Norn a tenté de présenter sa démission, en disant vouloir leur épargner cette décision. Le président de l'Assemblée, a plus tard rejeté sa démission, considérant que l’expulsion dont il faisait l’objet primait sur celle-ci.

La députée de Thebacha, Frieda Martselos, a présenté la motion, appuyée par la députée d’Inuvik Twin Lakes, Lesa Semmler. « Ce n’est pas avec légèreté que je soumets cette proposition. L’expulsion est la plus sérieuse des sanctions que peut imposer cette assemblée, mais, dans ce cas-ci, c’est la seule sanction appropriée », a déclaré Mme Martselos, selon laquelle M. Norn aurait adopté « un ensemble de comportements intimidants, menaçants et insultants ».

 

« Je vous attends au détour »

Cette décision abonde dans le sens d’une recommandation émise le 17 novembre par l’arbitre indépendant Ronald Barkley. Dans un rapport d’enquête de 191 pages fondé notamment sur 13 témoignages, le juge conclut que M. Norn a bel et bien enfreint son protocole d’isolement en mars 2021, à son retour d’Alberta, et qu’il a induit le public en erreur en fournissant de fausses informations sur ses infractions, notamment aux autorités de santé publique. « L’expulsion est le seul recours envisageable », peut-on lire.

Or, aux premières minutes de la reprise des travaux de l’Assemblée législative, ce lundi 22 novembre, onze députés sont sortis du cadre de l’enquête, et condamnés sévèrement le comportement et les propos menaçants émis par M. Norn. Les termes « I’m coming for you » – que l’on traduit par « je vous attends au détour » – ont été employés à plusieurs reprises par le député au cours des derniers mois, à l’endroit du caucus de l’Assemblée dans son ensemble, mais également d’employés.

Au moment de présenter sa démission, Steve Norn a exprimé des regrets pour ces propos et présenté ses excuses. « Le temps des blâmes est terminé. Je dois respecter mes collègues, leurs croyances et leur vote, a-t-il déclaré. Je m’excuse du fond de mon cœur si mes propos vous ont blessé et effrayé. Je ne vous ferais jamais de mal. Je suis désolé de vous avoir fait peur. Je me sens terriblement mal et je devrai vivre avec ceci pour le restant de mes jours ».

Il a toutefois maintenu, lors des débats précédents le vote des députés, que ses propos ont été « interprétés hors contexte », et scrutés pour en extraire les éléments incriminants. Le 18 novembre, M. Norn a déclaré en conférence de presse qu’il rejetait l’ensemble du processus d’enquête du juge Barkley, dont les conclusions étaient, à ses yeux, prédéterminées et orchestrées de manière à le condamner injustement.

« Ce que je vois, c’est un énorme recul du processus de réconciliation », avait-il déclaré, en évoquant une « culture du privilège blanc ». Aucun autre des députés de l’Assemblée législative n’a remis ce processus en question, certains d’entre eux affirmant leur confiance envers l’arbitre indépendant et envers le processus d’enquête.

« [Ce processus d’enquête] n’a jamais été un tribunal de l’opinion publique, a souligné la première ministre Caroline Cochrane, c’était la façon de nous assurer que nous employions les mécanismes appropriés pour garantir un processus juste. Le député le méritait. Le rapport final de l’arbitre indépendant est le résultat d’un processus par lequel nous avons tous accepté d’être gouvernés. »

 

Peur pour leur sécurité

 Ce paragraphe contient un langage vulgaire qui pourrait offenser certains lecteurs

Dans la soirée du 4 octobre, à la veille du début de l'enquête au cours de laquelle 13 témoins ont comparu, le député a envoyé un message de groupe, sur Facebook, à l’ensemble des membres de l’Assemblée et à deux employés. « Je veux simplement vous dire : Allez vous faire F***** pour avoir fait pleurer ceux que j’aime. Vous m’avez écrasé le cœur. À quiconque a appuyé ceci, je vous attends au détour ».

Ce message a d’abord été dévoilé le 5 octobre dans le cadre des audiences publiques – l’arbitre n’a pas retenu cette preuve, puisque l’évènement débordait du cadre de l’enquête. Ce n’est qu’au retour en chambre, le 22 novembre, que les députés ont révélé leurs points de vue et sentiments, dans le cadre d’un débat initié par la députée Martselos.

« Il est clair à mes yeux que le député s’est engagé dans un modèle de messages menaçants envers les employés de l’Assemblée », a-t-elle déclaré. « Ce message m’a ébranlée. Mon bureau, comme celui de bien d’autres de mes collègues, est dans le même couloir que celui du député. Je travaille souvent le soir lorsque je suis à Yellowknife. De tels propos peuvent générer un sentiment de vulnérabilité pour bien des gens. Mon sentiment de sécurité physique a été compromis. »

La députée d’Inuvik Twin Lakes, Lesa Semmler, a dit avoir eu peur de se rendre dans la capitale pour la reprise des travaux de l’Assemblée. « Toute ma vie, j’ai voyagé à Yellowknife. Je n’ai jamais senti que ma sécurité était compromise, jusqu’à ce que nous recevions ce message. Je ne voulais pas venir ici [pour les réunions précédant les travaux de l’Assemblée]. Ce type de menace allait m’empêcher de faire mon travail de députée », a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que la Chambre est à majorité féminine, et que les TNO affichent le plus haut taux de violence envers les femmes au Canada, ce qui accroit selon elle la gravité des propos et de l’attitude du député. « Ce type de menace, sous toutes circonstances, ne serait jamais acceptable envers qui que ce soit. Je n’ai pas été en mesure de participer pleinement aux réunions de ce comité, de peur de dire quelque chose qui mette ma famille et moi-même à risque de recevoir d’autres menaces », a lancé Mme Semmler, en contenant des larmes.

Après avoir lu le message du 4 octobre, le député de Frame Lake, Kevin O’Reilly, a porté plainte à la GRC. « Le commandant m’a appelée quelques minutes après que j’ai déposé cette plainte par courriel, afin de s’assurer de la sécurité de ma famille et de moi-même », a indiqué le député. M. Norn a confirmé avoir été contacté par la GRC en rapport à cette plainte.

Obstacles au travail de l’Assemblée

Mme Martselos a dévoilé d’autres messages proférés au cours de l’été à des employés de l’Assemblée, qui appuient les élus dans leur travail. Par exemple, lors d’une conversation téléphonique, le député aurait admis à un membre du personnel être intoxiqué, et lui aurait dit « Je suis désolé, j’aurais normalement fait ceci en personne, mais je t’attends au détour. »

En conférence de presse, M. Norn a avancé que ce processus était le résultat d’une volonté de vengeance, en lien avec les allégations qu’il a portées en février 2020 à l’endroit du greffier de l’Assemblée, Tim Mercer. Accusé d’avoir instauré un climat de travail toxique, ce dernier a été blanchi au terme d’une enquête indépendante.

La députée de Yellowknife Sud, Caroline Wawzonek, a pour sa part témoigné d’un langage « abusif » de la part de M. Norn envers certains employés, un comportement qui, à ses yeux, affecte l’ensemble de l’appareil démocratique. « J’étais présente à plus d’une occasion, alors que le député a utilisé, à l’endroit d’employés du gouvernement, un langage non seulement grossier, mais abusif, rapporte-t-elle. Plus encore, j’étais présente au moment où il a employé une métaphore très imagée et très spécifique, pour décrire jusqu’où il irait pour se venger. »

« Il évoquait ainsi vouloir s’attaquer à la réputation du personnel visé, s’il considérait qu’ils agissent à l’encontre de ses intérêts. Ce comportement, bien sûr, empêche le travail de cette assemblée, a-t-elle poursuivi. Il affecte l’habileté des employés à nous fournir des conseils et des nouvelles difficiles et impopulaires, des choses que nous souhaiterions ne pas avoir à entendre. Mais pour le bien des résidents des TNO, il est important que nous comprenions les politiques et lois que nous devons faire respecter. »

Le président du caucus de l’Assemblée, Rylund Johnson, a affirmé avoir récemment tenté de traiter des propos menaçants de M. Norn à huis clos. « Comme président du caucus, j’ai tenté de résoudre ce conflit ailleurs que dans cette assemblée, non pas de manière accusatoire, mais ce fut extrêmement difficile, a-t-il déclaré. Récemment, lors d’une réunion du caucus, lorsque ces menaces ont été soulevées, M. Norn n’a nié aucun des incidents allégués, et n’a pas présenté d’excuses. Il était visiblement contrarié, a élevé la voix, et a quitté les lieux en disant aux membres qu’il ne répondrait à leur question par l'entremise de son avocat. »

Le siège occupé par Steve Norn est désormais officiellement vacant. Des élections partielles seront organisées prochainement dans la circonscription de Tu Nedhé-Wiilideh, pour élire un nouveau député. M. Norn pourrait présenter sa candidature dans le but d’être réélu et de retrouver son siège à l’Assemblée législative. Au moment d’écrire ces lignes, il n’avait pas exprimé un tel souhait.


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