Si les immigrants s’en mêlaient…

Culture ou religion ?
Le 9 janvier 2020, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a rendu un jugement dans l’affaire qui opposait Mme Candice Servatius à la Commission scolaire de Port Alberni. Mme Servatius dénonçait le fait que sa fille âgée de 9 ans ait dû « participer » contre son gré à une cérémonie autochtone de purification par la fumée conduite par une Ainée Nuu-chah-nulth dans son école, l’école primaire John-Howitt. D’après la plaignante, une chrétienne évangéliste, l’école a enfreint les droits constitutionnels de liberté de religion de sa fille. Par ailleurs, le fait qu’un danseur de cerceaux ait été invité à l’assemblée scolaire et prononcé une prière serait une autre violation du droit des enfants et porterait préjudice à leurs croyances religieuses. Dans son témoignage, Mme Servatius avait soutenu que la lettre informant les parents de la tenue de ces deux activités lui était parvenue trop tard pour lui permettre de soustraire son enfant à ces activités. La jeune écolière a par ailleurs affirmé avoir été incommodée par la fumée de sauge répandue sur eux.
Dans son jugement, la Cour estime que les activités éducatives faisaient partie du programme culturel autochtone et n’étaient destinées qu’à permettre aux jeunes d’en apprendre un peu plus sur les cultures autochtones. Ces activités n’étaient en rien des initiations ou des incitatifs à participer à un culte religieux. Le rôle des élèves pendant la cérémonie se limitait d’ailleurs à tenir des branches de cèdre.

Une fumée vaut-elle mieux qu’une autre ?
La première fois que j’ai été invitée à une cérémonie de purification organisée par Maggie Mercredi, ex-conseillère aux relations autochtones de la Ville de Yellowknife, il nous a été expliqué que la participation était volontaire et que nous pouvions assister en tant qu’observateurs si tel était notre souhait. Mme Mercredi tient généralement cette cérémonie les vendredis à la fin de la journée de travail, ce qui permet aux participants de se délester de la fatigue et des tensions de la semaine et de vivre une expérience d’énergie nettoyante avant d’entamer le weekend. Les participants sont invités à prendre la parole et partager ce qu’ils souhaitent, leurs fardeaux ou leurs joies, en toute confiance et confidentialité. Ensuite, la cérémonie de purification comme telle se déroule. Mme Mercredi fait bruler la sauge, le cèdre et le foin d’odeur et passe d’un individu à l’autre en offrant la fumée purificatrice. On utilise la fumée à sa guise, pour laver ce qui doit l’être.
Ce qui m’a d’abord frappée, ce sont les similitudes de ce rituel avec ce que j’ai connu dans la religion catholique. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les messes des fêtes spéciales, l’encens est un élément qui accentue la solennité de certains moments clés de la célébration eucharistique. Le célébrant dirige l’encens d’abord vers les personnalités importantes dans la hiérarchie ecclésiastique et fait le tour de l’autel en balançant l’encensoir avant de le diriger vers le public qui se prosterne le moment venu. Dans ma compréhension, l’encens accompagne les prières, est destiné à expédier les louanges vers Dieu et purifie en quelque sorte les offrandes et les âmes des ouailles.
Ce qui m’a ensuite frappée, ce sont les similitudes de ce rituel avec ce qu’on m’a raconté des rites de mes ancêtres quand ils voulaient démontrer leur respect aux esprits des défunts. Le guterekera utilise la fumée pour se purifier, pour être dans les bonnes grâces des défunts et empêcher leurs esprits de hanter méchamment les vivants. Ces rites permettaient aussi d’apporter de meilleures récoltes, d’inciter la pluie dans les périodes de sècheresse ou de faire cesser des épidémies. Avec l’arrivée des colons et le christianisme, des résistants ont continué à pratiquer leurs rites païens en cachette pour ne pas risquer l’excommunication. Ces sages mécréants ont fait une sorte de pari selon lequel Pascal doit plaire au Dieu des Blancs sans fâcher l’Imana, le Dieu de leurs ancêtres.
Vous comprenez qu’avec la cérémonie de purification par la fumée, je me suis retrouvée en terrain doublement familier. Eh oui, cela m’a fait du bien et j’y suis retournée plusieurs fois. Mon conjoint me dit chaque fois que je sens la boucane à dix-mille lieux, mais j’assume et m’empiffre allègrement de cette fumée qui me purifie et m’insuffle de l’énergie. Et cette fumée-là me réussit mieux que l’encens !

À quand la « Convivencia » canadienne ?
Que la plainte se soit retrouvée dans une cour de justice semble excessif. L’avocat de Mme Servatius envisage de porter le jugement en appel, car pour la plaignante, cette décision porte atteinte au droit constitutionnel de protection des enfants contre la spiritualité imposée par l’État. Force est de constater que cette cause dénote une méfiance à l’égard des cultures autochtones et des relents des perceptions selon lesquelles certaines pratiques culturelles des Autochtones seraient des rites « sauvages » et/ou des cultes démoniaques. S’agit-il de la même méfiance que celle exprimée par la Loi sur la laïcité du Québec ? Qu’à cela ne tienne, une « laïcité » qui exclurait les échanges et les activités culturels est tout sauf souhaitable.
Le Conseil de la Nation Nuu-chah-nulth, partie prenante de la cause du District scolaire 70, a exprimé sa satisfaction à la suite de la décision du juge. Cette décision s’inscrit dans la ligne des appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation et de l’un des droits fondamentaux reconnus par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, soit le droit de manifester, de pratiquer, de développer et d’enseigner leurs traditions spirituelles et religieuses, leurs coutumes et leurs cérémonies.


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