Si les immigrants s’en mêlaient…

Je ne m’appelle pas George


My Name’s Not George: The Story of the Brotherhood of Sleeping Car Porters in Canada
est le nom du livre témoignage écrit par Stanley Grizzle, un porteur qui a aidé à fonder le syndicat la Fraternité des porteurs de voitures-lits. Ce premier syndicat organisé par et pour des hommes noirs a vu le jour en mai 1945 et constitue la première entente signée entre un syndicat formé uniquement de travailleurs noirs et un employeur canadien, le Canadien Pacifique (CP).


Ce fut le dénouement d’une longue histoire d’injustices à l’égard des porteurs noirs engagés dès la fin du 19e siecle, lorsque les premiers trains de la compagnie de George Pullman furent introduits au Canada.


Ce travail de porteur était le seul métier raisonnablement payé à la portée des hommes noirs, même instruits. Leurs conditions de travail étaient exécrables.


Ils formaient alors une main d’œuvre bon marché et abondante, ils travaillaient 21 heures par jour et devaient quitter leurs familles pendant plusieurs semaines. Ils devaient endurer des passagers racistes et des salaires peu élevés, sans parler de la discrimination raciale systémique des compagnies de chemins de fer. Ils pouvaient être renvoyés à la moindre plainte et ne pouvaient prétendre à aucune promotion, à aucun autre poste comme celui de chef de train.


En outre, ils se faisaient tous appeler George, d’après George Pullman, inventeur de la voiture-lit Pullman, plutôt que par leur vrai prénom. Soutenus par leurs confrères américains, les porteurs noirs canadiens ont fini par former leur propre syndicat, car ils n’étaient pas acceptés dans le syndicat des Blancs.


Cette première convention collective avec le CP a ouvert la voie à une augmentation de salaire, à des jours de congé et à une diminution des heures de travail. Ce sera seulement après que la Fraternité des porteurs de voitures-lits aura négocié avec le Canadien Pacifique que les bagagistes réussiront à obtenir des porte-noms en plastique pour encourager les passagers à s’adresser à eux en utilisant leur prénom.


En 1953, un porteur appelé George Garay est devenu le premier chef de train noir au pays. Une plaque honorant les porteurs noirs a été installée à Montréal, dans l’ancienne Gare Windsor, et une autre a été inaugurée en novembre 2017 dans le parc Roundhouse de Toronto, pour souligner la création de leur syndicat.


Ce sont aussi les porteurs noirs, dont plusieurs arrivaient des États-Unis, qui ont favorisé l’émergence de Montréal comme plaque tournante du jazz au XXe siècle.


La première vague de musiciens arrive dans les années 1920 à Montréal et cette ville est à leurs yeux perçue comme un refuge.

De bagagiste à soldat, puis à syndicaliste
Dans son témoignage, Stanley Grizzle souligne qu’il a été recruté dans le Corps médical de l’armée canadienne parce qu’il savait faire un lit. Il ajoute qu’un homme noir n’était pas motivé à entrer dans l’armée pour défendre des droits démocratiques dont il ne jouissait même pas en temps de paix. Il ne voulait pas aller faire la guerre, mais il n’avait pas le choix. Arrivé en Angleterre, il s’est rendu compte que lui et ses camarades étaient traités comme des serviteurs, son travail consistant à cirer les chaussures, à polir les boutons de manchettes et à nettoyer les quartiers des officiers.


Il a fait une grève et manifesté son mécontentement à son officier en disant que les valeurs démocratiques pour lesquelles ils se battaient n’étaient pas honorées dans le camp. Il fut promu au rang de caporal.


Après son service militaire, Stanley Grizzle poursuit sa lutte pour les droits des Canadiens noirs. Il se fait remarquer par sa vision syndicaliste, et participe activement à la formation de la Fraternité des porteurs de voitures-lits où il est élu président du département de la Fraternité responsable du Canadien Pacifique à Toronto.


Au début des années 1950, il reçoit un appel du ministre du Travail souhaitant ajouter une minorité visible au personnel. Il travaille pour le ministère pendant 17 ans malgré un climat de travail difficile pour un Noir.


Juge à la Cour de la citoyenneté
Le 27 avril 1954, Stanley Grizzle prend part à la première délégation de Canadiens noirs envoyée pour rencontrer les membres du Cabinet fédéral dans le but de discuter des procédures d’immigration discriminatoires du Canada. Cette politique d’immigration visait à accepter uniquement les immigrants venus du Royaume-Uni, de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie et de l’Afrique du Sud. Stanley Grizzle a marqué l’histoire lorsqu’il est devenu le premier Noir à être nommé à la Cour de la citoyenneté en 1978. Dans son témoignage, il déclare que dans son rôle de juge à la Cour de la citoyenneté, il s’assurait de saluer les requérants dans leur langue d’origine.


À sa retraite, il pouvait saluer des gens en 33 langues différentes.


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