Art inuit : S.O.S. Holman!

02 août 2002
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Un amateur d’art perspicace aura remarqué que les galeries d’art ne vendent plus de gravures provenant de la communauté de Holman. Pourtant, les cabinets de dentistes et de médecins des T.N.-O. affichent quelques œuvres importées de l’Île de Victoria. Qu’y a-t-il à comprendre ? Depuis deux ans, la Holman Esquimau Co-operative, ou plus communément appelée la Coopérative, ne produit plus de gravures, faute d’argent. En contrepartie, les artistes ont appris à passer du dessin à la technique de l’estampe et ce, à partir de la maison.

En mai et novembre 2000, la conservatrice de l’art inuit du Musée des Beaux-Arts de Winnipeg, Darlene Coward Wight, se rend à Holman rencontrer les artistes dont elle reçoit les œuvres depuis 1965. Est née de cette rencontre une exposition, « Holman : Quarante ans d’art graphique », un vidéo et un catalogue. Pour la spécialiste en art inuit, la situation actuelle laisse présager une période sombre pour la gravure de la petite localité de 470 personnes. « C’était très déprimant quand je travaillais sur l’expo, la Coopérative avait des problèmes financiers. L’atelier d’art est fermé. »

Cette entreprise communautaire, créée en 1962, n’aura pas réussi à faire vivre l’atelier de gravure. Ce n’est pas la technique qui est onéreuse, mais le processus qui entoure la fabrication des œuvres, selon Glenn Wadsworth, gérant de la galerie Northern Images, membre du groupe Arctic Co-Operatives Ltd. qui chapeaute la Holman Co-Op. « Les gravures coûtent très cher à produire. En moyenne, ça prend deux années pour une entreprise avant qu’elle touche un profit sur la vente, entre l’achat du dessin, l’impression et l’envoi aux galeries. Pour une entreprise, c’est un très long temps d’attente. » Pour chaque dessin, de 35 à 50 reproductions numérotées sont produites. Puisque ce seront les seules, quelques copies sont gardées en lieu sûr ou envoyées dans les musées. En bout de ligne, la Coopérative ne pouvait toucher un profit pour chacune de ces gravures.

Résultat ? Les créateurs de la localité portent tour à tour les chapeaux d’artistes et de graveurs et vendent eux-mêmes leurs œuvres. « Beaucoup de ces artistes viennent à Yellowknife », mentionne Glenn Wadsworth.

Tomber sur la perle rare

Selon l’avis de ces experts, il est presque impossible de mettre la main sur une gravure provenant de Holman. « Il faut être très chanceux. Il n’y a plus d’endroits pour se les procurer », explique le gérant de Northern Images, l’un des arrêts dans le circuit des galeries offrant jadis des œuvres de Holman. Pour Darlene Wight, les prix pourraient éventuellement fluctuer. « Les prix n’ont pas encore augmenté car peu d’œuvres ont été vendues depuis, mais ça pourrait changer. » Sur ce point, Glenn Wadsworth se veut plus rassurant. « Parce que les artistes continuent à produire, les prix n’ont pas bougé. Les gravures inuites suivent habituellement les prix du marché et la demande est relativement limitée. Donc, la valeur réelle de l’œuvre est toujours celle déterminée par le vendeur. Puis, les œuvres sont toujours signées par la Coopérative, ce qui signifie que l’œuvre est authentique. »

À plus long terme, par contre, la vitalité de la production pourrait faiblir. Pour Glenn Wadsworth, la gravure de Holman pourrait même disparaître. « Il y a ce risque qui existe. Quand les artistes les plus populaires meurent, rien n’indique que la prochaine génération aura autant de succès. Les ventes peuvent donc baisser. » La même situation prévaut dans la localité de Baker Lake, au Nunavut.

Pour les deux personnes, cette situation est déplorable, compte tenu de la vitalité artistique de cette petite communauté. « La gravure, qui est spéciale et magique, n’est pas appréciée à sa juste valeur », fait valoir Wadsworth. Ce dernier affirme que la communauté est aimée du public et que la Coopérative espère rouvrir l’atelier. « Elle n’a juste pas assez d’argent maintenant. » Celle qui a entre les mains une collection de 879 gravures provenant de la localité indique que « Holman est une communauté très artistique. Leurs gravures sont très narratives. Elles racontent des histoires et parlent de la vie. Le travail fait par les artistes de Holman est très coloré. Ils ont un très haut niveau d’habileté avec la technique du pochoir, ce qui est captivant. »

L’exposition « Holman : Quarante ans d’art graphique », se rendra à Calgary puis au Musée canadien des civilisations, à Hull. Elle peut être visualisé sur le site du Musée virtuel canadien, à l’adresse www.museevirtuel.ca
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