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Rivière au Foin : l’incertitude après l’inondation

En date du 13 juillet, les dégâts dans la vallée sont toujours visibles. (Crédit photo : Cristiano Pereira)

En date du 13 juillet, les dégâts dans la vallée sont toujours visibles. (Crédit photo : Cristiano Pereira)

Deux mois après les inondations qui ont détruit ses fermes, la petite communauté agricole de Paradise Valley, à 25 km de Hay River, attend une aide concrète du gouvernement et essaie de trouver la réponse à une question : faut-il reconstruire ici ou commencer ailleurs ?

C’était un dimanche, le jour de la fête des Mères, le 8 mai. Partout au Canada, des familles se sont rassemblées pour célébrer ce jour. Il était quatre heures de l’après-midi à Paradise Valley – une petite communauté agricole à 25 km de Hay River – quand quelque chose a rompu l’harmonie : la rivière au Foin, déjà saturée, a sauté des berges et une gigantesque masse d’eau a commencé à déborder partout, à noyer les récoltes et les animaux, à détruire les serres, à briser les voitures et les tracteurs, à faire trembler les maisons. C’était une masse d’eau trouble, brunâtre et sombre, de la glace mélangée, qui grandit et engloutit tout.

Tout s’est passé vite, si vite que les fermiers n’ont pas pu faire grand-chose. Mark Benoit n’a eu que le temps de sauver les chevaux. Et puis il a couru, les pieds déjà noyés, pour libérer les douze vaches « en espérant qu’elles allaient trouver des hauteurs ». En moins de quatre minutes, il a attrapé sa famille et ils se sont enfuis en haut d’une colline.

Quelques instants auparavant, Andrew Cassidy, son voisin des Greenwood Gardens, s’apprêtait à aller souper chez ses beaux-parents lorsqu’il s’est rendu compte que la rivière était au niveau de la route. Appréhensif, il a changé ses plans et a décidé de rester avec sa femme, Helen Green, pour voir ce qui se passait. « Sans tarder, détaille M. Cassidy, le chef des pompiers nous a dit qu’il fallait partir tout de suite, car ça allait être une situation très dangereuse. Nous avons sauté sur le truck et sommes partis dans trois pieds d’eau. »

Non loin, à 200 mètres, Jim Forsyth a été surpris « avec de l’eau jusqu’aux genoux ». « C’est venu si vite ! », dit-il. Il ne pensait qu’à une chose : sauver sa femme. « Nous nous sommes enfuis dans notre véhicule et c’était une aventure. »

Pendant quatre jours, personne ne put y retourner. L’eau continuait à se répandre et montait déjà jusqu’à sept ou huit pieds. Certains se sont approchés et ont lancé des drones dans le ciel pour tenter de rechercher des animaux perdus ou comprendre l’étendue des dégâts.

Au cinquième jour, l’eau est finalement revenue à la rivière. C’est à ce moment qu’ils ont réalisé l’ampleur de la destruction.

« Je m’attendais à un bordel d’après les images de drone que j’avais vues, mais c’était bien pire que ce que j’avais imaginé », déclare Jim Forsyth. « Tous les véhicules étaient pleins de boue dans les moteurs et l’habitacle, poursuit-il. Certains bâtiments “avaient flotté et atterri à différents endroits”. C’était assez sévère, c’est sûr. »

« C’était assez destructeur », confirme Mark Benoit. Leurs vaches n’ont pas survécu. Les cochons, les chèvres et les poules non plus. « Nous avons pris la décision consciente de ne plus avoir d’animaux ici », dit-il.

Le scénario fut également désastreux pour son voisin. « Beaucoup de nos dépendances ont été gravement endommagées ou renversées », décrit Andrew Cassidy. « C’était assez dévastateur, tout a été touché », ajoute sa femme, Helen Green, avec qui Andrew opère Greenwood Gardens.

Le scénario choc n’a pas empêché la communauté de Paradise Valley – environ 50 personnes – de réagir et de se retrousser les manches. La priorité était d’ouvrir une nouvelle route à travers le chaos pour que chacun ait accès à sa maison.

L’aide est arrivée aussi d’autres communautés, de la famille, d’amis, d’inconnus, de campagnes de dons en ligne. Maintenant, tout le monde s’attend à ce que le gouvernement fasse sa part.

 

Promesses et bureaucratie

Jim Forsyth avoue qu’il « attend de bonnes choses » de ses contacts avec le GTNO. « Il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous travaillons et beaucoup de problèmes, mais c’est normal », ajoute-t-il. « Mais le gouvernement a promis. Jusqu’à présent, ce ne sont que des promesses. »

Mark Benoit déclare qu’il se sent soutenu. Cependant, il ajoute qu’« il y a certainement eu des retards, mais c’est normal en cas de catastrophe, donc toute aide que nous recevons est bonne ». « Nous vivons au Canada, ajoute-t-il, si nous vivions dans un pays du tiers monde, nous n’obtiendrions aucune aide. »

« C’est une montagne russe », répond Andrew Cassidy, lorsqu’on lui demande s’il se sent soutenu par le gouvernement. « Certains jours, nous en sommes très reconnaissants, d’autres jours, c’est un peu difficile de naviguer dans la bureaucratie ».

« Il semble que les paramètres du programme changent ou que les choses changent assez rapidement, et nous comprenons qu’ils changent pour essayer de mieux aider les résidents, mais c’est encore très confus », poursuit Andrew Cassidy. Il raconte qu’avec sa femme « nous passons pas mal d’heures à essayer de comprendre les programmes et à essayer de déchiffrer les formulaires que nous devons soumettre ».

Deux mois se sont écoulés et les dégâts dans la vallée sont toujours visibles. Ici et là, il y a encore beaucoup de débris : un chaos de planches de bois cassées se mêle à des machines abimées, des meubles détruits, des voitures endommagées, des objets en tout genre, des tas de boue, des clôtures.

Mais la glace a disparu, l’eau s’est réduite, les pentes ont pris un vert plus vif, le soleil déverse la chaleur et les oiseaux chantent. La vallée est splendide et les gens nous saluent lorsqu’on passe dans la route. Ça a l’air d’un endroit accueillant et apaisant. On comprend pourquoi on appelle ce coin Paradise Valley.

 

Andrew Cassidy et Helen Green, un couple de fermiers (Greenwood Gardens) de Paradise Valley, touchés par les inondations de la rivière au Foin. (Crédit photo : Cristiano Pereira)

Un futur incertain

Pourtant, il y a des questions qui préoccupent tout le monde : est-ce que ce sera un évènement annuel ou juste une inondation unique dans une vie ? Doit-on reconstruire dans le même site ou doit-on considérer le site inutilisable ?

« Nous ne connaissons pas les réponses, commente Jim Forsyth. C’est la question que tout le monde se pose : suis-je fou de continuer à vivre ici ? Chaque personne a une réponse différente. Certaines personnes disent “ça y est, je sors d’ici, et d’autres personnes disent ‘c’est ma maison, je vais la réparer et vivre ici à nouveau’.” Différentes personnalités, différentes personnes », ajoute-t-il.

Son voisin, Mark Benoit, signale que « beaucoup de gens sont encore sous le choc », et l’assume : « Nous ne savons toujours pas quoi faire ni où aller. »

Il préfère attendre plus d’informations. « Nous attendons que le gouvernement nous donne la ligne des hautes eaux (High water mark), afin que nous puissions commencer à reconstruire, si besoin est. Mais si la ligne des hautes eaux est trop haute, ils pourraient nous donner un autre endroit, ce serait vraiment bien si nous en avions d’autres terrains où aller et commencer à cultiver. »

L’idée d’aller ailleurs, « c’est surement quelque chose dans l’esprit de tout le monde », confirme Helen Green. « Nous hésitons à reconstruire ce que nous avions avant ». Andrew, assis à son côté, assume l’incertitude : « Nous n’avons pas de plan ni de décision ferme. » Mais on ressent que les deux préfèreraient rester. « Nous sommes heureux ici depuis 18 ans, et nous avons beaucoup investi », souligne Andrew.

Jim Forsyth vit dans la vallée depuis 20 ans et n’a jamais rien vu de tel. Il ne pensait qu’à une chose : sauver sa femme. (Crédit photo : Cristiano Pereira)

 

La Terre ancrée dans l’existence

L’espoir du couple est que ce malheur soit « un évènement unique dans la vie ». « Nous aimons cette vallée, confient-ils. Nous avons une belle vie ici et nous aimerions essayer de reconstruire, mais, si cela devient un évènement normal, comment pouvons-nous faire cela ? »

Helen rapporte également que, s’ils décident de rester, « nous gardons à l’esprit que cela peut se reproduire, nous ferons donc de notre mieux pour prévenir ».

Pour l’instant, et tant que les décisions définitives ne sont pas encore prises, le couple ne veut pas rester engourdi. Ils sont parfaitement conscients que « cette saison va être très différente » et pensent à essayer de reconstruire toutes les infrastructures. « Nous avions des réservoirs d’eau, des tuyaux, des systèmes d’irrigation, et tout a disparu, alors nous essayons de le trouver dans le bois ou chez le voisin où la rivière l’a emporté. » Ils recherchent également des pièces de rechange, ce qui n’est pas toujours facile.

Helen et Andrew savent que « reconstruire va prendre du temps ». Et ils ne baissent pas les bras. Il y a quelques semaines, « nous avons pu trouver des zones qui n’étaient pas complètement emportées et nous avons pu travailler à nouveau la terre », nous dit Andrew, soulignant le côté positif.

Ils aiment cette terre, ils aiment cette vie. Ses publications sur Facebook illustrent ce dévouement. Le jour où ils se sont remis à travailler un lopin de terre, Andrew a écrit ceci : « Travailler avec la terre est si profondément ancrée dans notre existence depuis de nombreuses années que nous nous sentons moins entiers ces dernières semaines. Aujourd’hui a été une journée de guérison. Le bruit du tracteur, la sensation du soleil entre les orteils, la plantation de grains sont tous si familiers et réconfortants. Cette année sera certainement différente pour notre ferme, mais, encore une fois, nous avons notre ferme. »


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