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Réouverture après deux ans de pandémie : une bouffée d’air

Un groupe de jeunes lors d’une expédition avec Jackpine Paddle (Crédit photo : Keith Robertson)

Un groupe de jeunes lors d’une expédition avec Jackpine Paddle (Crédit photo : Keith Robertson)

On le sait, la pandémie n’a pas épargné les entreprises ténoises, surtout en tourisme. Avec près de deux ans sans ce secteur d’activités et alors que celui-ci peut reprendre, Médias ténois a pris le pouls d’entreprises, de festivals et d’organismes porte-parole.

« Je préfère décliner l’entrevue. Ç’a été de loin les deux pires années de ma vie. Je ne veux ni y penser ni en parler », pouvait-on lire dans la réponse à un courriel visant à recueillir des témoignages de propriétaires d’entreprises touristiques.

« Ç’a été dévastateur pour nombre d’entre eux, confirme la directrice générale de Tourisme TNO, Donna Lee Demarcke, qui représente 210 entreprises qui dépendent du tourisme. On ne fait pas ce travail si l’on n’est pas passionné. C’est ce qui donne du sens à leur vie et c’est leur gagne-pain. »

Ni les séjours expressément conçus pour les résidents, dits staycation, ni les quelques touristes reçus en région éloignée à partir de l’été 2021 par des exploitants autorisés ni les millions en subventions gouvernementales n’ont permis aux entreprises d’être rentables, selon Donna Lee Demarcke.

Début février, alors que la vague Omicron a provoqué un quasi-confinement suite aux recommandations de la santé publique, le président de la Chambre de commerce de Yellowknife, Rob Warburton, a pris la parole pour dire qu’il était temps d’en finir avec les restrictions de voyage ou les recommandations qui nuisent aux commerces du centre-ville, aux gyms, aux restaurants.

 

Un groupe de jeunes lors d’une expédition avec Jackpine Paddle. (Crédit photo : Keith Robertson)

« Plusieurs entrepreneurs m’ont appelé en pleurant au téléphone, à bout, raconte-t-il. Certains ont déjà tout vendu ou pris une deuxième hypothèque. »

Lorsque la date du 1er mars a été annoncée par le GTNO pour la réouverture au tourisme, ça a été un « grand soulagement », dit-il. « Trois entreprises m’ont dit qu’elles se préparaient à mettre la clé sous la porte. Cette annonce les a sauvées. »

C’est le 1er avril, date où sera levé l’état d’urgence sanitaire, qui stimule le plus Donna Lee Demarcke : les touristes n’auront alors plus besoin de remplir de paperasse COVID pour franchir la frontière.

La reprise « ne sera pas magique », rappelle Rob Warburton, puisque plusieurs propriétaires ont vendu leur équipement, perdu leurs employés ou fournisseurs. « Ça va leur prendre des années à se rebâtir », croit-il.

Tourisme TNO sondera bientôt ses membres pour évaluer les répercussions de la pandémie et publiera un rapport à la mi-avril.

 

Jackpine Paddle?: Se réinventer

De la chance et des milliers d’heures à élaborer des plans B ont permis à Jackpine Paddle de tirer son épingle du jeu malgré la pandémie, selon son propriétaire Dan Wong.

Depuis ses débuts, à l’été 2016, les profits de cette entreprise de Yellowknife, qui se spécialise dans des expéditions en canots ou kayaks aux TNO, ont triplé chaque année. Mais, en 2020 et 2021, ils ont dû remplacer les lucratives expéditions de 12 jours prisées par les touristes par des sorties de 2-3 jours adaptées à la clientèle locale et par des expéditions pour des jeunes de collectivités, souvent défavorisés, organisées avec des gouvernements autochtones ou des organismes.

« Les subventions du GTNO et du fédéral ont financé l’achat d’équipement pour réaliser ces voyages avec 20 jeunes plutôt qu’une douzaine de clients », dit-il.

L’été dernier, lors de la reprise des activités touristiques en région éloignée, ils ont réussi à réaliser trois expéditions de 14 jours. De quoi générer 70 000 $ de profit. « En moyenne, c’est 25 000 $ en profit pour un voyage de 12 jours avec 12 clients », dit le propriétaire. Jackpine Paddle a ainsi perdu beaucoup en reportant 14 expéditions par an.

« On est resté profitable, mais ç’a été très difficile et stressant », dit Dan Wong, qui croule sous le travail.

L’ouverture des frontières arrive à point : 90 % des clients ont repoussé leur réservation. Leur calendrier est déjà bien rempli.

 

 

Joe Buffalo-Child, fondateur de North Star Adventures. (Courtoisie North Star Adventures)

North Star Adventures?: Repartir à zéro ou presque

« La pandémie nous frappé fort, très fort », soupire Joe Buffalo-Child, qui a fondé en 2007 à Yellowknife la compagnie North Star Adventures qui se spécialise dans des tours guidés pour voir les aurores. « On a perdu 99  % de nos activités, 99 % de nos réservations, j’ai congédié mes 15 employés et j’ai dû vendre la majorité de nos actifs », énumère-t-il.

Toutes les motoneiges y sont passées – lui qui offrait « la meilleure expédition au monde », déplore-t-il –, de même que les tipis, les vêtements d’hiver qu’ils louaient aux touristes ou les trois camionnettes pour les amener voir les aurores. « Il me reste un autobus. C’est comme si je recommençais à zéro ! », s’exclame-t-il.

Il s’est aussi embourbé dans la paperasse pour obtenir des subventions gouvernementales.

Il calcule que North Star Adventures réalisait près d’un million de dollars de ventes lors d’une bonne année, dont 90 % provenaient des sorties aux aurores.

L’entreprise offre d’autres produits, comme des expéditions estivales sur le fleuve Mackenzie et, petite lueur au bout du tunnel, Joe Buffalo-Child note un engouement récent chez des touristes pour celles-ci. Son calendrier de réservations, plutôt vide, risque ainsi de se remplir. « Je suis très encouragé par la réouverture. L’anxiété, enfin, diminue », lance celui qui, malgré tout, s’exprime avec passion.

 

Al Pace, le propriétaire de Canoe North Adventures. (Courtoisie Canoe North Adventures)

 

Canoe North Adventures?: Du temps pour penser

Lorsque la pandémie a frappé, l’entreprise ontarienne Canoe North Adventures, qui offre 95 % de ses services aux TNO, venait tout juste d’être autorisée par Parcs Canada à mener des expéditions sur la rivière Nahanni. De quoi freiner abruptement le projet. « On est chanceux, notre compagnie n’a pas de dettes, pas de prêts », dit Al Pace, qui l’a fondée avec sa conjointe en 1987.

En 2020, ils ont annulé leurs 15 expéditions, comptant quelque 150 clients. « Annuler et reporter des expéditions, c’est plus de travail que d’y aller, affirme-t-il. C’est un véritable cauchemar administratif et c’est très stressant. »

L’été dernier, de peur d’être responsables d’une éclosion, ils ont choisi de ne pas offrir d’activités touristiques en région éloignée, après avoir consulté la communauté de Norman Wells où ils ont un gite qu’ils utilisent comme camp de base.

« En ayant moins d’opérations, la pandémie nous a donné le temps de penser à notre vision, à notre croissance, à nos produits, poursuit-il sur une note positive. Ça nous a donné de la clarté. »

La saison 2022 promet : leurs 17 expéditions sont presque remplies.

 

 

Festival Snowking 2021. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels, Archives Médias ténois)

Festival Snowking : Une vitrine sous-utilisée

Lors du festival Snowking de l’an dernier, les Ténois se souviendront du concept ouvert de jardin de neige, de l’absence de spectacles ou du système de réservation à cause de la capacité limitée. « Les gens ne pouvaient que rester une cinquantaine de minutes. C’était très impopulaire », dit le président du conseil d’administration de la société à but non lucratif du festival, Bill Braden.

Il estime que le festival a perdu 50 000 $ en 2021, « mais on a décidé que l’admission serait gratuite à cause des fonds reçus par l’entremise des contribuables », dit-il.

« La plus grande déception, continue-t-il, c’est de mettre autant d’efforts pour réaliser ce festival, qui coute 300 000 $ chaque année et que, sans les spectacles, on ne puisse ni en tirer le maximum ni en faire profiter au maximum ». Vitrine pour les talents locaux, ces derniers en souffrent, rappelle-t-il.

Lors d’une année normale, le festival cumule quelque 16 000 visites, payantes. En 2020, la pandémie a précipité sa fermeture et il n’y a eu que 6 200 visites. En 2021, il y en a eu 11 000, gratuites.

Le Snowking bat son plein depuis mardi et c’est de nouveau payant. « On a besoin d’entrées d’argent ! », dit celui qu’on surnomme aussi Freeze Frame.

Festival Folk On The Rocks 2021. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels, Archives Médias ténois)

 

Folk on the Rocks?: Célébrer le talent du Nord

Annuler le festival Folk On The Rocks en 2020 a été une « décision crève-cœur », dit la directrice générale et artistique du festival, Carly McFadden. « Ça devait être notre 40e anniversaire et on a plutôt dû briser nos promesses envers tous les artistes, notre personnel saisonnier et nos fournisseurs ! »

Le festival de l’été 2021 était par contre réussi : « On a été capable de réserver des artistes, principalement locaux, et c’était palpitant, affirme-t-elle. Ça été un magnifique rappel de tout le talent qu’on a dans le Nord et à quel point c’est important de le célébrer. »

Les deux tiers des artistes prévus à la programmation de 2022 viennent de l’extérieur des TNO, un ratio similaire aux années précédant la pandémie.

Il y a eu 3 100 visiteurs l’été dernier, seulement 200 de moins qu’en 2019. L’absence de touristes a eu peu de conséquences : d’ordinaire, 93 % de la clientèle du festival de musique est ténoise.


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