Réimplanter la langue

13 juin 2003
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Tous les midis, Elizabeth Biscaye, aussi connue sous le nom de Sabet, se rend au Tree of Peace de Yellowknife pour y enseigner le chipewyan. Chaque fois, entre six et huit étudiants se déplacent pour redécouvrir la langue de leurs parents… ou de leurs collègues de travail.

Comme plusieurs langues autochtones, le chipewyan est en déclin. Encore utilisée à Lutsel K’e, la langue est pratiquement disparue des foyers de Fort Smith. Du côté de Fort Resolution, seulement les plus âgés l’utilisent. Pour Elizabeth Biscaye, tant que quelques personnes la parleront, rien n’est perdu.

« Ç'a pris des années pour perdre notre langue au point où nous en sommes aujourd’hui. Donc, ça prendra des années pour renverser cette tendance. Je ne pense pas que l’on puisse abandonner », de répondre Elizabeth Biscaye aux gens qui disent que les efforts qui ont été faits jusqu’à maintenant en matière de préservation de la langue n’ont pas donné de grands résultats.

« De nos jours, il y a tellement d’avancées technologiques dont nous pouvons profiter pour enregistrer et préserver notre langue », de faire valoir Elizabeth Biscaye, qui croit que de plus en plus de ressources sont disponibles pour ceux qui veulent faire l’apprentissage de la langue.

L’atelier qu’elle tient présentement à Yellowknife ( l’atelier a aussi été offert à Fort Smith, à Fort Resolution et à Lutsel K’e) a été financé par le ministère de l’Éducation, de la Culture et de la Formation. Il est géré par la première nation Akaitcho.

« À chaque fois que nous avons annoncé qu’un atelier se tenait, plusieurs personnes de Yellowknife nous appelaient pour nous demander de tenir des cours dans la capitale. Nous avons donc commencé il y a environ deux semaines et demie », de mentionner celle qui donne gratuitement de son temps pour la tenue des ateliers.

La clientèle intéressée à faire l’apprentissage du chipewyan est assez diversifiée. « Il y a deux personnes capables de communiquer dans la langue et trois personnes ayant des racines chipewyan, mais qui ne sont pas capables d’utiliser la langue. Enfin, nous avons une personne non autochtone qui a toujours travaillé avec des autochtones et qui est très intéressée à apprendre la langue », de relater Mme Biscaye.

« La façon dont j’ai élaboré mon cours, c’est qu’on n’a pas besoin d’avoir des connaissances de la langue dès le départ. Je veux rendre la leçon la plus agréable possible. Il y a beaucoup d’interactions et de rires. L’important est de ne pas rire de la personne qui apprend, mais de rire avec elle pour certaines erreurs de prononciation, par exemple, qui peuvent complètement changer le sens d’une phrase ».

L’engagement et l’enthousiasme des participants à l’atelier est aussi présent durant les cours. « Je ne fixe pas de seuil minimum de niveau de connaissances pour la fin du cours. Les gens sont là pour eux-mêmes afin d’acquérir des connaissances et d’en profiter », de poursuivre l’enseignante de chipewyan.

Les difficultés de l'apprentissage

Selon Mme Biscaye, les gens provenant de milieux chipewyan ont plus de facilité à faire l’apprentissage de la langue, principalement au niveau des intonations. « Il y a des sons qui existent dans le chipewyan et qui sont absents de la langue anglaise. Pour quelqu’un qui n’a parlé qu’anglais au cours de sa vie, ça peut être difficile de les reproduire. Il faut entraîner ses cordes vocales. Pour quelqu’un qui n’a jamais été exposé à la langue, ça peut donc être difficile », dit-elle.

La structure de la langue diffère aussi des langues d’origines européennes comme le français et l’anglais. Ainsi, un seul mot chipewyan peut représenter une phrase complète. De plus, la langue chipewyan n’a pas de genre.

« On m’a souvent dit que le chipewyan était une langue complexe. Une autre caractéristique est que nous avons le singulier et le pluriel. Mais nous avons aussi le duo, lorsque nous voulons, par exemple, parler de deux personnes », d’expliquer Elizabeth Biscaye, qui affirme que la langue apporte un sens de l’humour particulier aux Autochtones.

« Lorsque l’on s’assoit avec des Autochtones qui parlent tous la même langue, on voit beaucoup d’éclats de rires. Ce sens de l’humour est relié à la langue, puisque l’on veut traduire la conversation en anglais, elle perd cet aspect humoristique », de conclure Mme Biscaye.
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