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Réduire ses émissions : il faut commencer maintenant

TITRE DU GRAPHIQUE : Émissions de gaz à effet de serre par habitant dans les provinces et territoires du Canada – en tonnes équivalent CO2

Graphique par Lambert Baraut-Guinet. (Source : Statistiques Canada – Créé avec Datawrapper)

TITRE DU GRAPHIQUE : Émissions de gaz à effet de serre par habitant dans les provinces et territoires du Canada – en tonnes équivalent CO2 Graphique par Lambert Baraut-Guinet. (Source : Statistiques Canada – Créé avec Datawrapper)

Dans son rapport rendu public le 4 avril, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a annoncé que, pour limiter le réchauffement du climat mondial, il fallait que les gouvernements agissent pour inverser les tendances d’émissions de gaz à effet d’ici 2025.

« La maison est en feu, voilà où est l’extincteur. »

C’est avec ces mots que Chris Bataille, chercheur à l’université Simon Fraser, résume les 2 913 pages du troisième volet du sixième rapport du GIEC, publié le lundi 4 avril, et dont il est l’un des coauteurs.

Ce rapport propose des solutions et constate que nous avons aujourd’hui les moyens technologiques et financiers d’inverser la tendance en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Il serait possible de maintenir la hausse globale des températures sous la barre des 1,5 °C, comme prévu par les accords de Paris.

« Nous sommes à la croisée des chemins, a annoncé le président du GIEC, Hoesung Lee, en conférence de presse le 4 avril. Les décisions que nous prenons maintenant peuvent sécuriser un avenir serein. Nous avons les outils et les connaissances nécessaires pour limiter le réchauffement. »

« Il est possible de diviser par deux les émissions d’ici à 2030 si nous mettons en place les bonnes politiques », confirme le Dr Bataille. Il explique qu’à l’heure actuelle, nous disposons de technologies suffisamment efficaces et abordables pour transformer une partie importante de l’industrie.

« Il faut profiter des innovations en matière d’énergie, solaire et éolienne, et en matière de fabrication de batteries, qui sont plus propres et moins couteuses aujourd’hui. Il faut investir dans ces innovations pour diminuer rapidement nos émissions de gaz à effet de serre. Nous n’avons plus besoin d’entendre qu’il faut agir. On a passé cette étape-là. »

 

Un constat de longue date

Depuis sa création en 1988, et tous les quatre ans depuis, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat rédige et rend public son rapport d’évaluation. Déjà à la parution de son premier rapport en 1990, l’appel était lancé : « l’évaluation et son résumé fourniront les bases scientifiques solides nécessaires aux discussions et négociations à venir sur la stratégie appropriée de réponse et d’action concernant la question du changement climatique ». Avec l’objectif clair d’aider à « la résolution de ce qui est potentiellement le plus grand défi environnemental mondial auquel l’humanité est confrontée. »

Un peu plus de trente années après, le constat est toujours le même, seuls les outils ont changé. Les rapports se sont étoffés. Les trois groupes de travail produisent chacun un recueil exhaustif des recherches sur leur sujet d’étude : aspects physiques du changement climatique, adaptation et impacts sur les humains et les écosystèmes, et enfin atténuation et stratégies de réduction des effets.

 

Un constat alarmant, mais des solutions

Dans ce troisième volet, les scientifiques dévoilent un faisceau de stratégies à mettre en place pour contrebalancer nos émissions de gaz à effet de serre et tenter d’atténuer ses conséquences.

Deux stratégies doivent être mises en place, conjointement et de manière complémentaire. « Nous devons réduire nos émissions à zéro aussi vite que possible, explique le Dr Bataille. Et en même temps, il va falloir que l’on commence à aspirer le CO2 qui est dans l’atmosphère pour le stocker. Ça peut se faire grâce à une meilleure utilisation des terres et avec l’aide de certaines technologies. »

L’agriculture, les forêts et une utilisation réfléchie des terres peuvent aider à stocker une quantité importante de gaz à effet de serre dans les sols. Mais ce n’est qu’une partie de la solution. Sans réduction radicale des émissions, l’accumulation continuera, et avec elle, les conséquences du réchauffement.

Le rapport annonce que si les émissions nettes ne commencent pas à diminuer d’ici à 2025, il sera presque impossible de respecter les accords de Paris.

« Je suis encouragé par les mesures climatiques prises dans de nombreux pays, poursuit Hoesung Lee. Il existe des politiques, des règlementations, et des instruments de marché qui s’avèrent efficaces. S’ils sont transposés à plus grande échelle et appliqués plus largement et équitablement, ils peuvent favoriser de profondes réductions des émissions et stimuler l’innovation. »

 

Effets locaux et politique globale

Au Canada, et à fortiori aux Territoires du Nord-Ouest, le changement climatique n’est pas seulement théorique. Fonte du pergélisol, changement des zones de migrations des oiseaux migrateurs, déplacement des hardes de caribous, incidence des ravageurs sur les arbres ou feux de forêt, ses effets se font déjà sentir.

Dans un communiqué saluant la délégation canadienne impliquée dans la rédaction de ce rapport, le ministre fédéral de l’Environnement et Changement climatique, Steven Guilbeault, évoque d’ailleurs cette réalité : « Le Canada se réchauffe deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale et jusqu’à trois fois plus rapidement dans le Nord. Les Canadiens subissent régulièrement les effets dévastateurs des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes, qui touchent les collectivités, l’économie et l’environnement.

Une prise de position fédérale qui, si elle reconnait l’urgence de la situation à l’échelle nationale et globale, tranche avec le manque d’action à l’échelle territoriale. En 2017 et de 2018, deux rapports du Bureau du vérificateur général du Canada, chargé de contrôler la gestion des gouvernements et d’en répondre devant le parlement, pointaient du doigt le manque de préparation et l’inaction du gouvernement des TNO.

Ces rapports dénonçaient l’absence de cible de réduction des émissions de gaz pour 2020, de plan d’adaptation ou d’évaluation exhaustive des risques liés aux changements climatiques. Depuis la sortie de ces rapports critiques, un cadre stratégique a bien été rédigé, avec des objectifs à atteindre en termes de réduction d’émissions aux TNO d’ici à 2030.

 

Le Canada et le Nord : mauvais élèves

Des stratégies qui comptent, mais qui font pâle figure à l’échelle mondiale. Aujourd’hui encore, le Canada se place parmi les pays avec le taux d’émission de gaz à effet de serre par habitant les plus élevés du monde.

Le constat à l’intérieur du Canada n’est guère plus flatteur pour le Nord. Les TNO ont un taux d’émission par habitant équivalent à ceux de certains États du Golfe : une personne vivant dans les Territoires du Nord-Ouest émet l’équivalent de 30,7 tonnes de CO2 par an, soit près de douze tonnes de plus qu’un résident canadien moyen, et plus du double de l’objectif pour 2030 – qui a été placé à environ 13,5 tonnes de CO2 par Canadien.

Il faut remettre ces chiffres en perspective, cependant, avec la proportion importante qu’occupent les industries minières et d’extraction dans les chiffres des territoires du Nord canadien, avec près d’un tiers (32,4 %) des émissions des TNO, et presque la moitié (46,3 %) des émissions du Nunavut.


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