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Recensement 2021 : un territoire jeune, non-binaire et transgenre

Titre du graphique : Pyramide des âges des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut selon le recensement de 2021.


Pourcentage de la population pour chaque tranche d’âge de 5 ans, dans les deux territoires, en 2021. La population du Nunavut est une des plus jeunes du Canada, notamment dû à une espérance de vie plus courte que les autres provinces et territoires. Graphique par Lambert Baraut-Guinet (Source : Statistique Canada – Créé avec Datawrapper).

Titre du graphique : Pyramide des âges des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut selon le recensement de 2021. Pourcentage de la population pour chaque tranche d’âge de 5 ans, dans les deux territoires, en 2021. La population du Nunavut est une des plus jeunes du Canada, notamment dû à une espérance de vie plus courte que les autres provinces et territoires. Graphique par Lambert Baraut-Guinet (Source : Statistique Canada – Créé avec Datawrapper).

Pour la première fois de l’histoire, les personnes non-binaires et transgenres sont représentées dans les statistiques des TNO et de l’ensemble du pays. Tout en saluant l’initiative, certaines voix émettent des mises en garde quant à l’exactitude des données.

Thomas Ethier
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

Selon les données du recensement de 2021, après le Nunavut, c’est aux TNO que se trouve la population la plus jeune du Canada, avec un âge moyen de 36,4 ans. Bien que le rajeunissement de la population s’observe partout au pays, parmi les treize provinces et territoires, seulement quatre comptaient en 2021 plus de millénariaux que de babyboumeurs. Le Nunavut et les TNO arrivent en tête.

La croissance démographique de la génération Z – âgée de neuf à 24 ans – contribue également à diminuer l’âge moyen dans le Nord. Au Nunavut, près de la moitié des résidents, soit 48 %, ont 40 ans ou moins. Selon ce qu’indique Statistique Canada dans son rapport, la jeune démographie des Territoires du Nord-Ouest s’expliquerait notamment par une proportion plus élevée de naissance au sein de la population autochtone.

« La fécondité de certains groupes autochtones est plus élevée que celle du reste de la population canadienne. En outre, l’espérance de vie dans les territoires est plus faible qu’ailleurs, notamment en raison de conditions de vie différentes, peut-on lire. Ces facteurs expliquent donc, en partie, la plus forte proportion de jeunes générations dans ces régions. »

Un rapport détaillé incluant les données du recensement de 2021 portant sur les Premières Nations, les Métis et les Inuits, sera dévoilé le 21 septembre 2022.

Pour la première fois depuis la fin du babyboum, selon Statistique Canada, les babyboumeurs constituent moins du quart de la population canadienne. En matière d’écart entre les générations, le Nunavut se trouve loin devant, avec une proportion de 24,1 % de millénariaux – âgés de 25 à 40 ans – par rapport à 10,6 % de babyboumeurs – âgés de 56 à 75 ans. La proportion aux TNO est de 25,2 %, par rapport à 19,2 %.

Par ailleurs, depuis le recensement de 2016, les Territoires du Nord-Ouest ont perdu environ 700 résidents, soit environ 1,7 % de la population, qui est passée de 41 786 résidents à 41 070 résidents.

 

Non-binaires et transgenre : le droit d’exister

Pour la première fois au Canada, les personnes transgenres et non-binaires ont eu l’occasion d’affirmer leur identité dans le cadre du recensement canadien de 2021. Il s’agit également d’une première mondiale.

À l’échelle du pays, 100 815 personnes de 15 ans et plus, soit 0,24 % de la population canadienne, ont coché les cases « non-binaire », « femme transgenre » ou « homme transgenre » du questionnaire. Aux Territoires du Nord-Ouest, la proportion est de 0,33 %, soit 105 personnes. À titre comparatif, le Nunavut dénombre 55 personnes non-binaires ou transgenre, et le Yukon, 155.

Sur une population totale de 41 070 personnes aux Territoires du Nord-Ouest, une proportion de 0,16 % s’affichait en 2021 comme non-binaires (66 personnes), 0,09 % comme femmes transgenres (37 personnes), et 0,08 % comme hommes transgenres (33 personnes).

Rien ne garantit toutefois que toutes les personnes transgenres ou non-binaires se soient affichées comme telles dans le recensement. À la direction générale de l’organisme Northern Mosaic Network – anciennement connu comme la Rainbow coalition de Yellowknife –, Chelsea Thacker ne croit pas que ces données représentent la réalité.

« J’ai la ferme conviction que les TNO comptent beaucoup plus que 105 personnes transgenres et non-binaires, affirme-t-iel. Juste à Yellowknife, il y en a probablement plus que cela. Il faut garder en tête qu’il n’est toujours pas sécuritaire dans certaines régions de s’afficher comme tel. Plusieurs personnes peuvent avoir peur de s’identifier comme transgenre ou non-binaires dans leur ménage, surtout les plus jeunes. D’autres ne sont tout simplement pas encore prêtes à le faire. »

« Parmi les facteurs contribuant à freiner l’affirmation identitaire et à limiter les données, les effets du colonialisme ressortent du lot, selon Chelsea Thacker. Certaines valeurs véhiculées dans les collectivités, relevant des impacts du colonialisme, sont nocives pour les personnes 2SLGBTQIPA+, dont plusieurs subissent les impacts de l’homophobie. »

 

Population par génération entre 1996 et 2046

Babyboumeurs (nés entre 1946 et 1965) ; génération X (nés entre 1966 et 1980) ;
millénariaux (nés entre 1981 et 1996) ; génération Y (nés entre 1997 et 2012)
 

Les données sont issues du recensement (avant 2021) et de prédictions démographiques (après 2021). Graphique par Lambert Baraut-Guinet. (Source : Statistique Canada – Créé avec Datawrapper)

 

Un point de départ pour la recherche

Ces nouvelles données de Statistique Canada n’en demeurent pas moins précieuses aux yeux de l’organisme, qui applaudit l’initiative. « C’est la première fois que le gouvernement canadien offre une visibilité officielle aux personnes non-binaires et transgenres, et leur permet d’exister dans les statistiques du pays », se réjouit-iel.

Par-dessus tout, à ses yeux, ces données pourraient représenter un précieux outil pour obtenir du financement et faire avancer la recherche à travers le territoire. À l’heure actuelle, les ressources seraient concentrées dans les grands centres, et particulièrement à Yellowknife. « Il n’y a que très, très peu de recherches qui ont été menées aux TNO pour définir les besoins de la population 2SLGBTQIPA+. Il est très difficile d’obtenir de l’argent du gouvernement pour ce type d’initiatives. »

L’un des objectifs du Northern Mosaic Network est de décentraliser les ressources à l’extérieur de la capitale, en collaboration, notamment, avec les gouvernements autochtones. « Ces données vont nous aider, espérons-le, à obtenir l’argent nécessaire pour mieux aider les jeunes et les personnes plus vieilles qui n’ont pas accès aux ressources, et qui n’ont pas d’aide. À l’heure actuelle, nous n’avons pas de données statistiques pour nous permettre de diriger nos efforts dans les collectivités. »

Selon les données rapportées par Statistique Canada, 65 % des personnes transgenres ou non binaires à travers le pays ont déclaré avoir une santé mentale mauvaise ou passable, soit cinq fois plus que les personnes cisgenres – dont le genre correspond au sexe à la naissance –, qui affichent une proportion de 11 %. La proportion de cette population ayant dit avoir sérieusement songé au suicide au cours de leur vie s’élève à 45 %, par rapport à 16 % pour les personnes cisgenres.


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