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Que diable allait-elle faire dans cette galère? (suite)

25 août 2000
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Nous arrivons donc à Fort Simpson sans anicroche. Après libations, ablutions et repos chez mon frère, nous nous préparons, le dimanche, à affronter le Mackenzie. Après le petit déjeuner, nous nous dirigeons au quai de l'hydravion. L'activité est à son comble. Plusieurs personnes attendent pour partir, qui dans un camp, qui dans le parc de la Nahanni, qui, qui sait? On monte tout dans l'avion : portes, fenêtres, isolation, matériaux de construction, chiens, chats et bien sûr...du monde. Il vente très fort et nous ne sommes pas très pressés. Les vagues sont assez fortes. Nous mettons tout de même le bateau à l'eau, à la destente de bateau, un peu plus loin, et décidons de l'apporter près du quai flottant. Mon compagnon charge le bateau et nous nous préparons à partir. L'essai est de courte durée. Dix mètres à peine que nous sommes sur l'eau et nous voilà déjà trempés. La vague embarque dans le bateau. Pas question de partir dans ces conditions. Il faut attendre que le vent se calme. Il est dix heures du matin. Nous revenons donc près du quai. Comme les vagues prennent de la force, elles commencent à remplir le bateau par l'arrière. Il faut le changer de place sur-le-champ, sinon, il va caler. Il faut ensuite écopper. Il y a beaucoup d'eau. Nous sortons donc le bagage et entreprenons de le vider. Là où il est maintenant amarré, les vagues n'entrent plus. Cela fait, nous commencons à attendre que le vent se calme. Nous allons attendre jusqu'à 18 h. Il faut être patient quand la nature fait des siennes. Enfin, à 18 h, il ne vente plus. Allez hop! On recharge l'embarcation et cette fois, on part. Le bateau nous semble bien petit sur ce grand fleuve. Nous avons quand même beaucoup de bagage et nous sommes trois : en effet, une chienne nous accompagne, pas très brave, d'ailleurs. Elle va se tenir à moitié sur moi pendant toute la durée du trajet. Ça la rassure et moi, ça me rassure de la rassurer.

On avance depuis à peine une demi-heure que le ciel se couvre dangereusement et qu'il commence à éclairer. Ah non! Qu'est-ce qu'on fait? On décide de laisser passer l'orage en allant sur la rive. On accoste donc et à peine a-t-on mis pied à terre que mon compagnon sort tout l'attirail contre les ours : un klaxon très puissant, du poivre de cayenne, etc. Moi qui n'avais pas encore pensé à ça. Enfin! On laisse passer le gros nuage et au bout de quelques minutes, on repart. Si on peut finir par partir une fois pour toutes.

Le premier arc-en-ciel (nous allons en voir au moins une dizaine) apparaît derrière nous, le ciel se dégage, le vent est pratiquement nul, la vie est belle. Nous continuons ainsi pendant environ deux heures, lorsque le moteur s'arrête : c'est le temps de remettre de l'essence. On remplit le réservoir et...pas moyen de repartir le moteur. C'est alors que la fameuse phrase de Molière m'est montée à la tête. Comme je vous disais la semaine dernière, je l'ai prononcée bien clairement, mais il n'y a que moi qui l'ai entendue pour la simple raison que je ne l'ai pas dite forte, mais en moi-même : « Que diable allait-elle faire dans cette galère? » Mes classes de littérature me sont remontées clairement en ce moment d'incertitude. Après plusieurs, mais vraiment plusieurs efforts infructueux, le sacré moteur est reparti. On avait trop vidé le réservoir et de l'air avait dû entrer. À partir de ce moment, nous allions remplir quand le réservoir est aux trois-quarts pour éviter ce genre d'incident. À peine le moteur est-il reparti, que le prochain méandre du fleuve nous réserve la traverse de Camsell Bend, laquelle relie les deux rives du fleuves. Il est près de 21 h 30, le soleil commence à baisser, nous venons d'avoir des émotions. Nous décidons de dormir là, près du traversier rassurant. Un petit hot dog vite avalé, c'est l'heure du dodo. Demain, une longue journée nous attend. Un petit ruisseau coule gaiement près de nous. Le fleuve est comme une mer d'huile, même pas un frémissement sur l'eau. Après avoir lavé la vaisselle (re : ours), on monte les tentes, et bonne nuit. Ma nuit est un peu agitée : crainte des ours, froid, bruits que fait le chien. Je ne suis pas très rassurée. Mais je dors tout de même. Le lendemain, on se lève tôt. Une brume à couper au couteau nous empêche de voir l'autre côté du fleuve. Un genre de bruine nous fait frissonner. On prépare le petit déjeuner. Un café chaud nous réjouit le coeur. Les gens du traversier nous invitent à aller prendre un autre café avec eux sur le ferry. Après les remerciements d'usage et quelques conseils de la part du mécanicien, on est fin prêt. La brume s'est dissipée, le soleil brille. Mackenzie, nous voilà!

Aujourd'hui, nous devons couvrir une longue distance si nous voulons arriver un jour et si vous voulez avoir la fin de ce récit.