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Que diable allait-elle faire dans cette galère?

18 août 2000
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Que diable allait-elle faire dans cette galère? Ce sont là les mots que j'ai prononcés clairement, dans mon fort intérieur, en silence. Mais je les ai prononcés clairement, ces mots. Mon compagnon de voyage n'a pas entendu. C'était voulu.

Partis de Yellowknife par une belle journée ensoleillée et chaude, on se préparait à parcourir la distance respectable qui sépare Yellowknife de Fort Simpson. Traîner un bateau avec une petite voiture qui touche pratiquement la route allège, ça ne s'annonçait pas de tout repos. Mais on a bravement pris la route. Le pire bout est tout de même le premier, celui entre Yellowknife et Rae Edzo. Tout s'est passé à merveille. De l'autre côté du Frank Channel, on reconnaît sur le bord du chemin des visages connus : ce sont Michel et Michelle Martel et leur fils Philippe. Tu parles! On arrête pour faire un brin de causette sur le bord de la route. Michel et Michelle s'en vont pour de bon, ils déménagent au Nouveau-Brunswick. Philippe se dirige vers le bras nord du Grand lac des Esclaves pour y tremper une rame de kayak qu'il a eue en cadeau de départ. À son arrivée au Nouveau-Brunswick, il trempera sa rame dans la mer, et la boucle sera bouclée. Au bout d'un moment, nous disons au revoir à notre famille, en espérant bien les revoir à Fort Providence. On dit que tous les chemins mènent à Rome, mais on pourrait bien dire que tous les voyageurs du Nord s'arrêtent à Fort Providence. En route pour le Mackenzie.

La faune ne se manifeste pas beaucoup. On aperçoit quelques bisons bien dissimulés sous des arbres, à l'ombre. Par contre, la gent volatile prolifère. De grands échassiers magnifiques (2 sortes) et autres oiseaux agrémentent notre trajet, sans oublier les célèbres corbeaux qui, nous semble-t-on, nous ont accompagnés depuis Yellowknife. Ils viennent avec nous sur le Mackenzie.

Nous voici rendus à Fort Providence. Comme d'habitude, je rencontre deux ou trois personnes de Yellowknife que je connais, et on retrouve la famille Martel sagement attablée au petit resto. On se joint à eux pour déguster un hamburger dégoulinant, et voici venu le temps de se rendre au ferry. La grande crainte de mon compagnon de voyage est que le « trailer » accroche en montant sur le ferry. Une grande ligne de voitures et de camions attend. Pas certain si on pourra monter pour la prochaine traversée. Peut-être devrons-nous attendre la prochaine. Eh non! On réussit à monter en même temps que les Martel. On est bénis! Et au grand soulagement de mon compagnon, le « trailer » n'a pas accroché en montant. Mais déjà il commence à se faire du mouron : l'autre approche du traversier est plus abrupte. C'est là qu'on va rester poignés. On pensera à ça plus tard : t'inquiète pas, on avisera en temps et lieu, que je lui dis. On embrasse donc la famille une dernière fois et chacun s'en va vers sa destinée, eux, vers une nouvelle vie, nous, vers une nouvelle aventure.

On vient à peine de se quitter que nous réalisons que nous avons oublié de prendre une photo de nos amis. Quels cons nous faisons. Mais on va pas gâcher notre journée pour ça. Courage et filons vers Fort Simpson. Entre Providence et Simpson, la nature est plus généreuse. On voit cinq ours, dont une mère avec deux minuscules oursons. Magnifique. Ils traversent la rue tout doucement et on les voit disparaître dans les buissons. Une petite halte à Samba Dee K'e, ce qui s'appelait autrefois Trout River, et c'est reparti. La pluie se met de la partie et la route est de plus en plus bosselée. Et c'est le temps d'aller affronter le grand méchant « ferry ». Je sens la nervosité de mon compagnon monter. En effet, la voiture reste poignée avant l'embarcadère. Un petit coup en arrière, deux planches et voilà, le tour est joué. La voiture est montée. Que d'inquiétude pour rien. La première étape du voyage se termine sans anicroches. Une bonne nuit de repos chez mon frère et on sera d'attaque pour affronter le Mackenzie. Bien fatigués, bien sales, bien affamés, c'est le temps de vous quitter pour aller se laver, manger une croûte et dormir. Le voyage va se poursuivre la semaine prochaine. On vous retrouve donc la prochaine fois pour la suite de Que diable allait-elle faire dans cette galère?

Si vous voulez m'écrire, vous pouvez le faire à l'adresse suivante:genevharvey@yahoo.com Geneviève Harvey