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Un dilemme éco(no)logique : Projet Diavik

12 mars 1999
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La procédure d'évaluation environnementale du projet minier Diavik est allée bon train durant les 10 jours de consultations publiques qui se sont déroulés du 22 février au 5 mars, à l'hotel l'Explorer de Yellowknife.

Protéger l'environnement ou développer l'économie? Voilà le dilemme devant lequel se retrouvent les différents groupes engagés dans la décision qui mènera, ou non, à la construction du site d'exploitation de la mine de diamants Diavik, sur le Lac de Gras, au nord-est de Yellowknife.

Durant les 10 jours de consultations publiques, une ribambelle de personnes, allant des représentants de la compagnie Diavik aux environne-mentalistes et aux membres du public, ont fait valoir leur point de vue.

«Il n'y a aucune bonne raison pour déséquilibrer l'écosystème ainsi. Il faut savoir à quel moment dire non», a indiqué M.Simon, résidant de Fort Resolution.

L'exploitation de la mine implique la construction d'infrastructures sur le lac lui-même. On croit donc que son exploitation déstabilisera inévitablement les écosystèmes marin et terrestre ainsi que le comportement du troupeau de caribous de la région de Bathrust.

«Le danger est qu'aucune étude préliminaire n'a été faite afin de prévoir comment les caribous se comportent aux alentours d'une mine», explique le directeur des recherches pour le Canadian Arctic Resources Committee (CARC), Chris O'Reily.

Quant aux dangers pour l'écosystème, ils sont difficiles à évaluer en raison de la complexité écologique de la région. La présence de la mine BHP située, elle aussi, près du Lac de Gras, soulève la question des effets cumulatifs occasionnés par la présence de deux mines dans cette région. Les compagnies BHP et Diavik, aidées du gouvernement territorial, devront donc élaborer un plan de réduction des effets cumulatifs sur la faune et la flore.

Dans l'autre camp, les défenseurs du projet Diavik ont fait entendre des arguments pro-développement mettant en lumière la création d'emplois et la croissance économique.

«L'argument des effets cumulatifs des deux mines est un outil anti-développement», a souligné Doug Willy, directeur associé de la Chambre de commerce des Territoires du Nord-Ouest et directeur des relations publiques pour Diavik.

Les Chipewans de Lutselk'e ont aussi fait valoir des arguments en faveur de l'exploitation de la mine.

«Il y a aussi des effets négatifs à ne pas développer car ce sont les emplois, notre futur et nos jeunes qui en subissent les conséquences», explique un résidant de Lutselk'e,«j'aimerais que mes enfants n'aient pas à quitter les Territoires du Nord-Ouest pour se trouver de l'emploi.»

On estime que la Diavik créera près de 400 emplois, en 20 ans. Ces emplois sont importants puisque la création de 6 000 emplois est nécessaire pour passer d'un taux de chômage qui est présentement de 13% à un taux plus acceptable de 9%, en l'an 2006.

Pour sa part, le député de Yellowknife Nord, Roy Erasmus, a souligné qu'il était important d'assurer un accès sûr et stable aux ressources de diamants bruts. Il a aussi mentionné qu'une partie des redevances tirées de l'exploitation des mines de diamants devrait retourner aux comunautés afin d'y établir l'industrie secondaire qui traitera le diamant brut.

«Conclure les revendications territoriales fait aussi partie des priorités afin de déterminer quelle partie des redevances retournent aux communautés», a spécifié M. Erasmus.

D'ici juillet prochain, la compagnie Diavik obtiendra la réponse du gouvernement à savoir si elle peut, ou non, construire les infrasrtuctures nécessaires à l'exploitation de la mine de diamants sur le Lac de Gras. Si les choses se déroulent comme ils le souhaitent, les propriétaires du projet, Rio Tinto et Aber Resources, aimeraient commencer la construction dans la deuxième moitié de l'an 2000 et entrer en opération, dès l'an 2002.

Les réserves de la mine sont évaluées à 27,7 millions de tonnes, ce qui représente 3,7 carats par tonne. Entre six et huit millions de carats seront donc produits, chaque année. La mine pourra ainsi produire pendant 16 à 22 ans. Le gouvernement territorial compte retirer 70 millions de dollars en redevances chaque année grâce à l'exploitation de la mine.

La procédure d'évaluation environnementale a été organisée par le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, le ministère des Pêches et des Océans, Environnment Canada et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.

En 1999, deux millions de dollars ont été dépensés pour les consultations dans les communautés et dix millions pour différentes études. Plus de 250 réunions ont eu lieu depuis trois ans.