" Amené sur la rive " : Portrait du Nord

27 octobre 2000
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En route vers l'Eskimo Inn, petit hôtel d'Inuvik, de gros flocons tourbillonnent et nous fouettent le visage. " Un soir où je me rendais seule à la danse du village, j'ai regardé la neige tomber sous la lumière du lampadaire, c'était magique ", s'exclame Fibbie en levant les yeux au ciel et en remerciant le créateur, encore émerveillée, à 47 ans, par cette mousse blanche qui recouvre cette petite communauté du Delta du Mackenzie. Élevée à Deline par son grand-père qui l'emmenait poser des collets et cueillir des baies, Fibbie grandit, entourée d'aînés. " Nous allions à la pêche. Grand-père me réveillait très tôt le matin et me disait : debout, le vent ne nous attendra pas ". L'inspection des filets s'effectuait durant la matinée avant que le vent ne se lève sur le Grand lac de l'Ours.

" Nous voyagions dans un " ratcanoe ", un canot beaucoup plus petit que ce qui se fabrique sur le marché. L'eau arrivait à un pied du canot, et nous ne pouvions bouger au risque de tomber dans les eaux glacées. Cela m'a appris la persévérance et la patience ", avoue Fibbie, en insistant sur le mot patience avec un sourire qui en dit long sur cette expédition!

Aujourd'hui, elle habite dans la capitale. Nommée commissaire aux langues officielles des T.N.-O. en juillet dernier, ses priorités sont établies : promouvoir et défendre les huit langues officielles des Territoires. " Il ne s'agit pas de " sortir " sa culture une fois par mois lors d'une activité spéciale. La culture véhicule la langue et elle est à la base du développement et de la conservation de la langue. Sans activités culturelles, la langue n'a pas de bases sur lesquelles s'ancrer ". Fibbie, qui a travaillé une vingtaine d'années pour le ministère de l'Éducation, souligne que la culture est encore bien " vivante " aux T.N.-O. " La langue est le fondement de l'identité. Les jeunes doivent avoir des racines ", soutient Fibbie, avouant que parfois la nouvelle génération ne réalise pas toujours l'importance de préserver son identité culturelle.

" Les enfants apprennent à marcher et à parler, et ils possèdent également un don pour apprendre pas une mais plusieurs langues ", affirme Fibbie, en me disant : "Ayíi dúwé", une expression dans sa langue natale, le North Slave, qui signifie " Rien n'est impossible! "

" En vieillissant, on se met des barrières ", avoue Fibbie qui souhaite en faire tomber quelques-unes durant son mandat de commissaire aux langues officielles.
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