Stopper l'assimilation : Portrait d'un bénévole de Hay River

13 juillet 2001
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Au son de la voix, un simple observateur pourrait croire que l'homme de 36 ans est en pleine séance d'immersion francophone. Quelques mots en anglais se glissent dans la conversation, certains se font hésitants. Pourtant, Michael St-John est un francophone qui a grandi à mi-chemin entre Montréal et Ottawa, dans la petite municipalité d'Alexandria, près de Cornwall. Mais il a appris au fil des ans qu'autant la langue maternelle est presque innée, autant elle peut se perdre facilement dans un environnement anglophone.

« Après la fin de mes études secondaires, je suis entré dans le monde anglophone. Je n'ai presque pas parlé français pendant quinze ans », explique celui qui s'est dirigé il y a huit ans vers les Territoires du Nord-Ouest, plus précisément à Hay River, quand sa femme s'est trouvé un emploi au sein du gouvernement. Conscient de la présence de francophones dans la municipalité, il s'est toutefois laissé prendre par le tourbillon du travail, ce qui l'a ancré avec encore plus d'insistance dans la langue de Shakespeare. « Mon objectif était de terminer l'université et de trouver du travail. Alors c'est ce qu'on a fait, ma femme et moi. On travaillait tout le temps. Et l'été, on quittait pour les vacances. »

Ce n'est qu'à la naissance de son premier fils que Michael a soudainement pris conscience de l'héritage qu'il avait délaissé, mais qu'il voulait transmettre à son garçon. « C'est l'histoire de ma famille qui passe à travers la langue. Je voulais renverser le mouvement d'assimilation », raconte le père de quatre enfants. De ce premier pas, Michael s'est engagé à l'Association franco-culturelle de Hay River, pour se retrouver commissaire à la nouvelle Commission scolaire francophone de Division, dont fait maintenant partie le programme de français de Hay River. L'enseignant de mathématiques et de sciences de niveau secondaire s'est remis au français.

« Je viens de recommencer à parler français. C'est un travail difficile de trouver les bons mots ! Je dois me rééduquer, garder le petit peu de français que j'ai. » Il observe toutefois qu'il n'est pas le seul à vivre cette situation. « Quand je parle à des parents, je vois que plusieurs comprennent, mais ils ne parlent pas la langue. » Il y a quelques années, les rencontres fortuites à travers la ville se déroulaient en anglais, une situation que Michael a dénoncée avec ses collègues auprès de l'Association. « On essaie maintenant de se parler en français. »

Le paysage francophone de Hay River compte un membre de plus, pour qui l'engagement est essentiel à la réussite. « Hay River, c'est petit. Il faut que tout le monde s'engage pour que l'on ait des services. » Celui qui redécouvre la francophonie espère que le programme de français offert dans une école anglophone puisse prendre prochainement ses aises dans des locaux entièrement consacrés à l'éducation en français. « À chaque année, nous offrons un niveau de plus en français. En septembre, c'est la quatrième année qui aura droit à des services en français. »

Son premier garçon, Malcolm, mettra les pieds pour la première fois à l'école à l'automne, dans une classe francophone. Il ne parle pas encore la langue, balbutie quelques mots, mais son père croit qu'il comprend quand il lui adresse la parole en français. Pour Michael St-John, le cycle de l'assimilation s'est brisé. Pour le simple observateur, c'est un père qui apprend, tout comme son fils, à retrouver ses racines.
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