Recherche et environnement : Plastique dans l’Arctique

La solution ne peut être que globale, selon Frédéric Lasserre.

Présidente du Conseil de l’Arctique, l’Islande veut tenir un symposium international sur le plastique en Arctique en avril 2020 à Reykjavik. Ce symposium dépasserait le cadre des huit États membres du Conseil pour s’adresser à la communauté internationale.


Aucun pays n’a encore confirmé sa présence.


L’Islande vient tout juste de commencer son mandat présidentiel de deux ans du Conseil de l’Arctique. L’environnement occupe une vaste place dans son programme, exprimé dans le document Ensemble vers un Arctique durable. Il y est question d’énergies durables, mais aussi de la pertinence de mettre au point un plan d’action pour réduire les déchets, y compris les microplastiques, et de mieux évaluer la problématique.


À quelques jours près, la présidence islandaise commence simultanément avec la parution d’un rapport sur les déchets et les microplastiques dans l’Arctique préparé par le Groupe de travail Protection of the Arctic Marine Environment (PAME), présidé par la Canadienne Renée Sauvé.


Il s’agit d’un des six groupes de travail du Conseil de l’Arctique.


Desktop Study on Marine Litter including Microplastics in the Arctic ne porte aucune conclusion sur l’état actuel de la situation, mais préconise, à l’instar de l’Islande, la création d’un plan d’action portant sur la réduction et l’évaluation.
Le rapport — non exhaustif — contient des statistiques sur la présence de diverses formes de plastique sur les plages, dans l’eau et sur le plancher océanique, mais aussi sur les oiseaux de mer, la classe qui compte la plus haute proportion d’individus ayant ingéré du plastique.


L’impact sur les cétacés, les poissons et sur certains invertébrés est aussi partiellement documenté.


Le rapport met en relief un grand nombre de lacunes dans les connaissances. La présence de plastiques dans l’océan Arctique central n’est presque pas documentée; par ailleurs, on ignore quelle proportion de la pollution de plastique vient d’activités terrestres par rapport aux activités marines; on ne sait pas non plus quelle part est produite localement et quelle vient de l’extérieur.

Lacunes
« Il manque beaucoup d’information sur l’Arctique canadien », confirme le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie polaire et boréale, Nicolas Lecomte. « L’essentiel de l’information que nous possédons est sur des mers très utilisées, comme la mer de Barents, où se trouvent de grandes villes. L’Arctique canadien est moins accessible [à la recherche sur les plastiques] à cause du climat et de la glace. »


M. Lecompte, basé à l’Université de Moncton, note que malgré les lacunes dans la recherche, les travaux effectués donnent des indications.


Une étude citée dans le rapport du PAME indique que la prévalence du plastique chez les moules bleues dans l’archipel du Svalbard, en Norvège, est de 90 %.


M. Lecomte travaille beaucoup dans la partie est de la terre de Baffin et la partie continentale du Nunavut.
Il n’a pas spécifiquement quantifié le microplastique, mais a observé beaucoup de déchets plastiques sur les plages, qui peuvent parfois provenir d’une distance de plusieurs centaines de kilomètres, et dans l’alimentation de certaines espèces marines.

Solution globale

Comme le plastique qu’on retrouve en Arctique vient de partout dans le monde, un plan à l’échelle planétaire est nécessaire, analyse Frédéric Lasserre, professeur au département de géographie de l’Université Laval et directeur du Conseil québécois d’études géopolitiques.


« Quand même des régions éloignées comme l’Arctique ont des problèmes de pollution, dit-il, il faut des solutions globales. [...] Nous sommes en train de prendre la mesure du problème. Le plastique est dans les océans à tous les niveaux, pas seulement en surface, mais dans les grandes profondeurs. Il se décompose en petits morceaux et se retrouve dans la chaine alimentaire. »


Si M. Lasserre juge valable l’idée d’un symposium, il souligne qu’on n’y trouvera pas nécessairement une solution miracle. Il faut en outre savoir s’il s’agira d’un évènement uniquement scientifique — ce que laisse présumer l’utilisation du terme symposium — ou s’il vise également une entente internationale.


Il rappelle que les États riverains de l’Arctique ont signé en 2017 un moratoire sur la pêche dans l’océan Arctique avec d’autres pays, dont la Chine et le Japon.


« Mais j’en doute fort, dit M. Lasserre. Sauf que de ce symposium peut découler des rencontres entre États pour proposer un plan d’action. »


Même à l’échelle plus modeste du Conseil de l’Arctique, un engagement commun n’aurait pas été facile à obtenir, le Conseil de l’Arctique fonctionnant par consensus et non selon le vote de la majorité.


« L’Islande, précise le professeur de l’Université Laval, devrait convaincre tous ces partenaires, les États membres et les membres permanents — les organisations autochtones. »


Début mai, les Américains ont refusé de signer une déclaration commune du Conseil, un porte-à-faux inédit dans l’histoire de l’organisme.


M. Lasserre observe en outre que l’organisation d’un évènement dépassant le cadre habituel du Conseil contribue à sa reconnaissance comme organisation principale de l’Arctique, ce qui est contesté par plusieurs pays asiatiques.


« Les Chinois, souligne M. Lasserre, disent qu’il n’y a toujours pas de gouvernance internationale de l’Arctique, comme si le Conseil de l’Arctique ne remplissait pas tout à fait ce rôle. »

 


Un moment opportun

Nicolas Lecomte considère que le moment est opportun pour lancer un plan d’action et mieux diagnostiquer la situation. La volonté politique de l’Islande permet de prendre les moyens pour mesurer l’étendue du problème et en faire le suivi.


« Mais tant qu’on n’a pas les bonnes mesures des sources, leurs origines géographiques, ça limite le potentiel d’accord contraignant », analyse M. Lecompte.


Desktop Study on Marine Litter including Microplastics in the Arctic est la première phase du Projet sur les déchets marins en Arctique, inclut dans le Plan de travail 2017-2019.


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