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Pensionnats : réactions mitigées aux excuses du pape

Le pape François a présenté des excuses aux délégations des Premières Nations, des Inuits et des Métis pour les abus que les enfants ont subis dans les pensionnats. (Crédit photo : Matthew Bodnarek - Conférence des Évêques Catholiques du Canada)

Le pape François a présenté des excuses aux délégations des Premières Nations, des Inuits et des Métis pour les abus que les enfants ont subis dans les pensionnats. (Crédit photo : Matthew Bodnarek - Conférence des Évêques Catholiques du Canada)

Lors d’une audience publique du 1er avril 2022, le pape François a présenté ses excuses aux membres des délégations des Premières Nations, des Inuits et des Métis qui étaient venus le rencontrer au Vatican.

À son grand étonnement, Piita Irniq, homme politique inuit et ancien commissaire du Nunavut de 2000 à 2005, n’a pas été invité à faire partie de la délégation. Survivant du système des pensionnats, il n’a cessé depuis une trentaine d’années de parler au nom des survivants, des abus physiques et sexuels subis par les enfants inuits dans ces institutions. Surpris de n’avoir pas été consulté en amont de la rencontre avec le pape, Piita Irniq ne pense pas que son point de vue ait été pris en compte lors des échanges au Vatican.

« Personne ne m’a parlé et ne m’a demandé mon avis avant le voyage. J’aurais aimé qu’on me le demande, car [avec trois personnes survivantes au Nunavut] nous avons fait beaucoup de travail pour faire avancer les préoccupations des survivants des pensionnats », précise-t-il.

Même si des excuses ont été formulées au Vatican, l’ensemble des survivants attendent la confirmation d’une date de venue du pape au Canada. Des excuses sincères doivent être exprimées sur le sol canadien selon eux. Pour M. Irniq, ces excuses doivent être écrites en partenariat avec des survivants afin que les mots choisis et le message formulé soient pertinents pour tous.

M. Gastant Aucoin est aussi de cet avis. « Les excuses ne peuvent pas être faites de façon isolée et sans collaboration avec les survivants, avance-t-il. C’est pourquoi [le pape] doit continuer à écouter les survivants lorsqu’il viendra au Canada, afin qu’il s’excuse d’une manière qui aide à guérir. »

Pour le chef Gerald Antoine qui a dirigé la délégation de l’Assemblée des Premières Nations à Rome, une étape historique a été franchie. « La reconnaissance du génocide et les excuses présentées aujourd’hui par le pape François sont un geste important, » a-t-il indiqué par voie de communiqué de presse le 1er avril 2022.

Selon Duane Gastant Aucoin, citoyen du Conseil Teslin Tlingit dans le territoire du Yukon, des excuses officielles auraient dû être formulées bien plus tôt. Même s’il accueille positivement le message du pape, il estime que les délégations des Premières Nations, des Inuits et des Métis n’auraient pas dû se rendre au Vatican.

« J’ai éprouvé des sentiments mitigés : je suis fier du travail des délégations, mais je suis déçu qu’elles aient dû voyager à Rome en premier lieu juste pour demander des excuses au Vatican ! »

 

Le point de vue des jeunes

Taylor Behn-Tsakoza, membre de la Première Nation Fort Nelson en Colombie-Britannique et représentante de la délégation de la jeunesse, a été entendue lors de l’audience privée accordée à la délégation des Premières Nations.

« J’ai entendu les excuses du pape à cœur ouvert et je reste optimiste et pleine d’espoir quant à notre avenir en tant que nations souveraines qui ont droit à la dignité, au respect et à la guérison sur notre propre territoire », a-t-elle expliqué dans un message publié sur Facebook le 2 avril 2022.

 

Un pardon sur le sol canadien

Dans une allocution, il a notamment mentionné le rôle néfaste que la colonisation a joué au Canada et a rappelé que de « graves dommages ont été causés à l’identité, à la culture des familles métisses, inuites et des Premières Nations ». Le pape a aussi fait part de son indignation face aux agissements de certains membres de l’Église dans les pensionnats.

« Je ressens de la honte et du chagrin pour le rôle [joué] par un certain nombre de catholiques. [Ces actes] vous ont blessé et ont manqué de respect pour votre identité, votre culture et vos valeurs spirituelles. Je demande le pardon de Dieu et je veux vous dire de tout mon cœur que je suis vraiment désolé. »

Ces excuses étaient attendues depuis plusieurs années. Dans son rapport final de 2015, la Commission de vérité et réconciliation avait demandé, dans sa 58e recommandation, « que le pape présente, au nom de l’Église catholique romaine, des excuses aux survivants, et à leurs familles ainsi qu’aux collectivités concernées pour les mauvais traitements sur les plans spirituel, culturel, émotionnel, physique et sexuel que les enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont subis dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique. »


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