Sur les planches : Okestar Kriminal, l’avant gangsta rap

18 juillet 2019
La chanteuse d’Orkestar Kriminal, Giselle Claudia Webber, s’est énormément documentée pour présenter ses chansons de bandits et de prostituées des années 1920 et 1930. (Crédit photo : Denis Lord)

La chanteuse d’Orkestar Kriminal, Giselle Claudia Webber, s’est énormément documentée pour présenter ses chansons de bandits et de prostituées des années 1920 et 1930. (Crédit photo : Denis Lord)

Le répertoire du groupe est constitué de chansons de criminels des années 1920 et 1930.

Ils sont jusqu’à 10 sur scène à jouer des chansons de bandits et de prostituées et c’est le party, mais la démarche n’en est pas moins rigoureuse et intellectuelle, assure la chanteuse d’Orkestar Kriminal, Giselle Claudia Webber.


Le répertoire du groupe montréalais se constitue essentiellement de chansons criminelles des années 20 et 30, d’Europe de l’Est, mais aussi du Mexique, de l’Afghanistan et du Maroc, que Mme Webber interprète dans leur langue d’origine
« Le thème de la criminalité [dans les chansons] était normal dans les années 30 », rappelle la chanteuse, faisant allusion à la Grande Dépression. « Les gens étaient parfois obligés de voler leur pain. Des femmes d’Europe de l’Est étaient envoyées en Argentine, on leur disait qu’elles allaient y avoir un travail, mais on les forçait à se prostituer. »


De passage à Yellowknife pour le festival Folk On The Rocks, Orkestar Kriminal a notamment joué Le Voleur et Der Schmayser (Le conducteur de train).


Sur scène, Giselle Claudia Webber a expliqué aux gens que le conducteur était celui qui faisait le moins d’argent dans les groupes de voleurs.


« Ce sont souvent de vraies histoires, avec beaucoup de détail, de préciser la chanteuse polyglotte en entrevue. [...] Il y a des chansons avec beaucoup de violence. [...] Je n’avais jamais entendu ça dans la musique folklorique d’aujourd’hui. »

Devoir de mémoire
La figure de proue d’Orkestar Kriminal considère qu’il est important de ne pas oublier ces histoires, de les comprendre et de les partager, de se rappeler ce qui s’est passé durant cette période pour empêcher que l’histoire se répète.


Mais c’est un répertoire en partie disparu, parce que peu diffusé et censuré, en Europe de l’Est notamment, où les gens ont mis au point un ingénieux mode de reproduction pour partager et écouter les chansons de cette époque.


Le grand déclin de la langue yidiche, porteuse d’une grande partie de ce répertoire, a aussi contribué à son effacement, mais cette langue a connu un mouvement de renaissance dans les années 70, observe Mme Webber, mouvement auquel la musique a contribué.

Genèse
Giselle Claudia Webber dit avoir fait beaucoup de recherches sur les chansons criminelles à partir de 2012.


Elle a pu compter sur l’apport d’archivistes et d’anthropologues. « Ils me donnent leurs enregistrements, conte-t-elle. Ils sont contents que je fasse quelque chose avec ça. Sans eux, je ne pourrais pas avoir de répertoire. »


La chanteuse collabore aussi avec des linguistes, une coopération pertinente étant donné le grand nombre de langues qu’elle explore.


Elle a aussi découvert des chansons en voyageant, notamment en Russie et au Groenland.


« Je les apprends des ainés, explique-t-elle. Ils ont des voix rauques, ce n’est pas facile de chanter les notes comme il faut, parce que rendu à 90 ans, la voix ne sonne pas pareil. »


Elle a également déniché des enregistrements de personnes chantant ces chansons de brigands et de malfaiteurs.


« Souvent, elles les chantent de mémoire. Alors je prends la mélodie et les paroles et je fais quelque chose avec. »


Mme Webber souligne tout ce travail intellectuel caché derrière l’attitude festive du groupe sur scène.

Tournée
Amputé de deux de ses musiciens, Orkestar Kriminal effectue une tournée de 16 spectacles en deux semaines qui, après Yellowknife, se poursuit à Dawson City et à Vancouver.


Le groupe n’était jamais venu dans l’Ouest canadien, où la musique juive est peu présente, considère Giselle Claudia Webber.


Elle a trouvé Folk On The Rocks « génial », y a apprécié la facilité d’y prendre soin de son très jeune enfant, même si l’enceinte du Beer garden était interdite aux mineurs.


Orkestar Kriminal vient de signer un contrat avec une productrice de spectacles qui veut faire tourner le groupe en Europe.


« En 2020, ça va rouler fort pour nous », assure Mme Weber. Le groupe a enregistré deux albums longs jusqu’à présent : Tummel (2015) et Ryobra (2018). Zontani L’bin ! Levende, un maxi de cinq pièces, est paru en 2013.


Comme à peu près tous les membres d’Orkestar Kriminal – qui comprend Étienne Barry et Anna Frances Meyer, des Deuxluxes –, Mme Webber crée d’autres projets musicaux en parallèle. Elle fait du rap et de l’électronique, écrit des chansons en français pour le groupe Gigi French, qui sortira cet automne son premier album.

 


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