Articles de l'Arctique, 25 juin 2021 : Nunami : un premier jeu de plateau pour apprendre certaines valeurs inuites

Tuiles hexagonales et cartes illustrées composent le jeu de plateau Nunami. (Courtoisie : Thomassie Mangiok)

Tuiles hexagonales et cartes illustrées composent le jeu de plateau Nunami. (Courtoisie : Thomassie Mangiok)

Dans ce nouveau jeu de société, deux ou quatre joueurs s’affrontent sur six tuiles hexagonales (le plateau) en disposant des cartes triangulaires correspondant soit à l’Homme soit à la nature. Jeu de coopération et de stratégie, Nunami veut démontrer qu’une gestion saine d’un territoire est primordiale.

Kelly Tabuteau

Voilà un peu plus de six mois que le jeu de plateau Nunami est mis en vente sur le site Internet du même nom, comme sur Amazon. Pour son concepteur, l’artiste inuit Thomassie Mangiok, originaire d’Ivujivik au Nunavik, c’est la consécration ultime des efforts fournis au cours des dernières années pour élaborer un jeu, qui lui permet de promouvoir sa culture, sa langue et les valeurs de son peuple auprès du grand public. De par son art, graphiste et concepteur de contenu numérique, M. Mangiok est un fervent défenseur de sa culture ou de sa langue, l’inuktitut. Il s’est notamment distingué grâce à la production de bandes dessinées, de films d’animation ou même grâce au développement d’une application en langue inuktitute, Inuit unikkausiliurusingit, qui permet aux utilisateurs de suivre l’histoire et les voyages d’une famille inuite dans l’Arctique.

Dans son activisme, il aime transmettre certaines valeurs, dont celles du respect de la nature. Il confie : « J’ai conçu Nunami pour que les gens comprennent mieux ce que c’est que de vivre dans le Nord. J’adore explorer la toundra et je voulais transmettre ce sentiment aux autres. Quand je suis dehors, je ne sais jamais ce que je vais voir, ni même qui je vais rencontrer. C’est ce que j’ai essayé de reproduire avec ce jeu de plateau, l’imprévisible. » À chaque partie, le plateau est installé aléatoirement, rendant ainsi chaque expérience unique.

Symbiose avec la nature

Inspiré de la culture inuite et des expériences vécues par M. Mangiok au Nunavik, Nunami, mot inuktitut signifiant « sur la terre », est un jeu éducatif, prônant une gestion équilibrée des ressources naturelles d’un territoire. Comme tout jeu, il y a nécessairement un gagnant, mais, ici, ce n’est pas celui qui a le plus de points ou celui qui possède le plus grand territoire qui remporte la partie. Jeu de collaboration et de stratégie, les joueurs, incarnant soit l’Homme, soit la nature (les cartes représentants divers éléments naturels, faune ou flore), doivent travailler ensemble pour apprendre à cohabiter. Pour Mangiok, transmettre le message que « les animaux sont les égaux » de l’Homme était une valeur inuite essentielle : « Nous respectons les animaux. Si je tue un phoque, j’ai appris à lui donner de l’eau une dernière fois pour qu’il n’ait pas soif. On nous apprend à ne pas tuer pour le sport, mais pour la nourriture. » Le jeu vante donc les mérites d’une gestion saine des ressources naturelles pour renforcer la relation des humains avec la nature.

 

Financement participatif

Si aujourd’hui Nunami est sur le marché, le processus de conception n’a pas été de tout repos et a pris de nombreuses années. Thomassie Mangiok a laissé germer l’idée quelques années avant de se lancer. « Vivre aussi isolé, dans une petite communauté, rend les choses difficiles, n’importe lesquelles. C’est difficile de trouver du financement, mais c’est aussi difficile de trouver des personnes pour tester le jeu », déclare-t-il.

En 2018, il décide de concrétiser son idée et lance une première campagne de financement participatif sur la plateforme Kickstarter. Cette plateforme aide des projets créatifs où les investisseurs n’y investissent pas uniquement de l’argent ; ils reçoivent une contrepartie en échange de leur soutien, dans ce cas présent, un ou plusieurs exemplaires de Nunami. Ce premier essai est finalement un échec, M. Mangiok ne réussissant pas à atteindre l’objectif financier qu’il avait espéré. « J’en étais très heureux à la fin parce que ça m’a permis de développer une meilleure version du jeu », souligne-t-il. Il retente une deuxième campagne en septembre 2019, qui, cette fois-ci, est un succès : les sommes accumulées dépassent même l’objectif qu’il s’était fixé. Finalement, il reçoit un financement supplémentaire de la part de l’Administration régionale Kativik (ARK), ce qui lui permet de démarrer la commercialisation de son jeu de plateau. Il explique : « Grâce à ma campagne de financement participatif, j’ai récolté un peu plus de 45 000 $, ce qui représentait 800 exemplaires du jeu. L’aide d’ARK m’a permis d’en produire 5 000 ! »

 

Accueil positif du public

Sur les 5 000 exemplaires ainsi fabriqués, plus de 3 000 se sont déjà écoulés, principalement au Québec, mais aussi dans le reste du Canada. M. Mangiok déclare : « Je voulais que la production se fasse au Canada, mais les couts étaient trop élevés. Je me suis donc tourné vers la Chine. » Que ce soit de sa communauté ou du public, les commentaires reçus sont très positifs sur le concept du jeu, qui nécessite un esprit critique obligeant les joueurs à se demander où favoriser la nature et où construire des habitations. « Un jeu fantastique, une fois que vous avez compris les règles. Mécanique simple, mais beaucoup de stratégie. Il s’est rapidement imposé dans ma rotation de jeu standard », peut-on notamment lire parmi les critiques Amazon.

Quelques rétroactions ont cependant permis à Thomassie Mangiok de réviser la rédaction des règles du jeu qui pouvaient parfois être complexes à comprendre. Il avoue : « C’était finalement le point faible du jeu, j’ai appris à chaque étape puisque c’était nouveau pour moi. La dernière version des règles est bien meilleure que celle initiale. » Téléchargeables en ligne, en inuktitut, français, anglais et allemand, elles sont en cours de traduction en cri. Les cartes, elles, ne contiennent aucun texte, seulement des illustrations réalisées par M. Mangiok, sa mère Passa Mangiuk et sa fille ainée Pasa Mangiok, aujourd’hui âgée de 18 ans.

De cette expérience, Thomassie Mangiok en tire beaucoup d’apprentissage qu’il est aujourd’hui prêt à partager aux autres. Il est notamment en train de préparer un nouveau projet, qui n’en est qu’à ses débuts : un cours en ligne, en inuktitut, sur le thème de la création de jeux de plateau.


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