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Nord, sons et lumières

Une partie de l’équipe sous les aurores, le samedi 2 avril (Crédit photo : Mario Roger)

Une partie de l’équipe sous les aurores, le samedi 2 avril (Crédit photo : Mario Roger)

Passionné de musique électronique, Gaël Stabarin rêvait de voir des aurores boréales depuis son enfance. Mieux, il aspirait à combiner les deux, en enregistrant un set méditatif sous les lueurs du Nord. C’est maintenant chose faite. Il a réalisé son projet fou lors d’un séjour de quatre jours à Yellowknife fin mars 2022. Une réussite qu’il attribue autant à la chance qu’à une longue et exténuante préparation.

« Toutes les dix minutes, je regarde ce qu’elles disent, » raconte le jeune animateur en montrant son téléphone intelligent, où une application montre sur un arc vert le fameux indice d’activité géomagnétique. Depuis plusieurs mois, la vie de Gaël Stabarin ne tourne qu’autour de ces indicateurs et prévisions. « État du ciel, possibles tempêtes géomagnétiques, et même caméra en direct la nuit, je surveille un peu tout le temps », confie le jeune Français lors d’un entretien tenu avant la prestation.

Gaël, GATZ de son nom de scène, est arrivé deux jours avant à Yellowknife. Étudiant en informatique et en cybersécurité à l’Université du Québec à Chicoutimi, c’est pour un projet un peu particulier qu’il se retrouve dans la capitale des Territoires du Nord-Ouest. À côté de ses études, Gaël a une seconde vie : il est animateur professionnel. Ses journées de cours et de révisions finies, c’est d’abord dans les clubs et boites de nuit de Lorraine, en France, puis à travers l’Amérique du Nord, qu’il a pu enfiler sa casquette de GATZ et partager sa passion pour la musique électronique.

Gaël Stabarin/GATZ, est un animateur et étudiant français, présentement en année d’échange à l’Université du Québec à Chicoutimi. (Courtoisie GATZ)

Arrivé au Québec pour poursuivre ses études, l’occasion était trop belle. Il allait enfin pouvoir combiner cette passion avec un de ses rêves d’enfant : voir des aurores boréales. C’est décidé : avant de repartir pour l’Europe, il doit mixer sous des aurores boréales.

« J’ai essayé de visionner le show, la performance, pour m’aider à trouver des musiques qui correspondent à l’évènement, au paysage, et à l’ambiance des aurores boréales, partage-t-il. Ça sera plus mélodique, plus planant pour ce que je mixe habituellement. J’ai préparé le set en mélangeant des montages et des à capella avec des instrumentales. Ce ne sont que des sons que je n’ai jamais joués. »

La scène doit être filmée et enregistrée, comme il est courant de le faire dans le monde de l’animation musicale, puis diffusée « en direct » [entendre « en primeur »] sur les réseaux sociaux et plateformes de diffusions, une fois montée, quelques semaines plus tard.

« Il va y avoir une longue phase de tri des contenus qu’on a filmé. Il va falloir monter le tout, et, ensuite, le film sera diffusé en live sur des plateformes comme YouTube, Facebook, des radios, des télés aussi, pourquoi pas. On appelle ça “live” parce qu’il y a de l’interaction en direct [avec l’artiste]. »

Une tempête géomagnétique est annoncée pour les nuits qui séparent GATZ de son retour à Chicoutimi. Une chance, mais pas uniquement, tant le musicien avoue avoir passé de temps à se renseigner et à interroger des spécialistes locaux sur les moments propices à la réussite de son projet. Des spécialistes qui composent aujourd’hui son équipe pour le tournage et l’enregistrement de l’évènement.

« Nous sommes quatre, détaille-t-il : Martin Mail, photographe, Mario Roger, pilote de drone, Jérémy, qui travaille à Western Arctic Moving Pictures et qui est caméraman, et moi-même. Martin m’a beaucoup aidé par rapport aux prévisions : trouver les bonnes ressources avec les bonnes prévisions. Il m’a expliqué toutes les données. »

Jouer et mixer dans un climat subarctique ne s’improvise pas. Le matériel doit être adapté, et l’endroit doit être choisi avec soin. Gaël et son équipe doivent aussi être prêts à affronter le froid pendant plusieurs heures en attendant les aurores. Même avec toutes ces conditions réunies, « la nature étant ce qu’elle est, il est tout à fait possible que la météo ne soit pas au rendez-vous, que les aurores ne soient pas présentes », convient l’animateur, pragmatique, mais angoissé.

« Je ne sais pas si c’est de l’appréhension ou de l’excitation. Je suis très stressé par rapport au projet, parce qu’il y a beaucoup de temps, d’énergie et d’argent en jeu. Beaucoup d’enjeux, qui viennent avec beaucoup d’incertitude et donc pas mal de stress. »

Pour se donner le maximum de chance, l’équipe réalise une première tentative le jeudi 31 mars au soir. Il faut garder la nuit de vendredi à samedi en réserve au cas où la première sortie soit un échec.

Et ce jeudi soir, si les aurores sont de sortie, les nuages aussi. Les contraintes humaines s’ajoutant à la météo limitent les possibilités pour cette première tentative, forçant l’équipe à remballer avant d’avoir pu enregistrer les images tant espérées. Ce n’est qu’une fois rentrés à Yellowknife, évidemment, que Gaël aura la chance d’apercevoir ses premières aurores boréales, à travers l’objectif de son appareil.

Ce n’est que partie remise pour le jeune musicien. Le vendredi soir, les prévisions sont meilleures, même si l’activité géomagnétique est un peu plus faible. Les probabilités de réussite restent élevées. Mais le temps est limité pour l’équipe, l’avion décolle dimanche matin à l’aube.

La seconde – et dernière – soirée est donc cruciale. L’angoisse empiète sur la capacité de repos du musicien. Il s’est quelque peu préparé à l’échec, même si le simple fait de mixer sur la glace et dans ces conditions est déjà un fait en soi.

« J’essaie de me faire à l’idée, par moment, que ça pourrait ne pas arriver, je m’étais dit que je préparerais un plan B : enregistrer le set de jour, sur la glace. Ça serait quand même une grosse déception », confie le jeune musicien.

Car cela fait plusieurs mois qu’il a commencé à contacter des gens autour et à Yellowknife, à la fois pour avoir les informations les plus précises et s’entourer de professionnels habitués aux conditions et aux défis du printemps subarctique. Financé grâce aux quelques cachets qu’il a pu réunir depuis son arrivée en Amérique du Nord, ce voyage est l’apothéose de son année sur le continent.

C’est donc un peu avant le coucher de soleil que les trois membres de l’équipe, amputée cette fois de son photographe, à cause d’une erreur de géolocalisation, et de coordination surement, se rendent de nouveau sur le lac Prosperous.

Les premières aurores pointent avant même l’obscurité. Le groupe tourne et tente de se positionner au mieux pour avoir le meilleur cadre. Peine perdue, les aurores viennent de partout et se forment avant que les objectifs aient le temps de se tourner dans la bonne direction. Une vision de paradis pour le musicien.

Gaël Stabarin/GATZ sous les aurores boréales sur le lac Prosperous, dans la nuit du vendredi 1er au samedi 2 avril 2022 (Crédit photo : Mario Roger)

« Le soleil a commencé à se coucher, on voyait des tâches vertes au loin. On s’est dit que c’était bon signe. Et puis, le soleil n’était même pas encore couché. D’un seul coup, un énorme trait a traversé le lac, alors qu’on voyait encore le soleil. Et ça a continué toute la nuit, partout sur le lac », s’émerveille le jeune animateur.

Perdu dans le moment, GATZ en oublie le froid, le vent et le temps qui file. Mais les images sont là, prêtes à être traitées puis montées. La mission est accomplie, et le soulagement suit. 24 h après, ses doigts le font encore souffrir.

« C’était incroyable, rien que de les voir, c’était impressionnant, et ça a duré toute la nuit, en continu. Je suis resté une heure seul sur le lac [après le tournage], à les regarder, c’était tout simplement magnifique. »

Le samedi soir, après quelques heures de sommeil surement bienvenues, les yeux sont cernés et les traits encore tirés. Il reste beaucoup à faire. Et seulement quelques heures avant d’enchainer vols et covoiturages pour être à temps à Chicoutimi pour les cours.


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