NANOOK à Yellowknife

Des militaires qui dorment sous la tente déplacent des boites qui contiennent des vivres, du combustible ou de la glace, qu’ils font fondre, pour boire. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Des militaires qui dorment sous la tente déplacent des boites qui contiennent des vivres, du combustible ou de la glace, qu’ils font fondre, pour boire. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Des militaires de partout au Canada ont perfectionné leurs techniques et approfondi leurs connaissances dans les environs de Yellowknife, faute d’aller dans le Haut-Arctique à cause de la COVID. L’Aquilon les a accompagnés le temps d’une journée.

Les pales de l’imposant hélicoptère Chinook fouettent l’air et projettent les flocons dans tous les sens. L’appareil se pose sur le lac Frame, près du centre-ville de la capitale. Des badauds l’observent, le temps qu’embarquent des journalistes qui couvrent l’opération militaire NANOOK, dont le volet hivernal NUNALIVUT, tenu normalement en Arctique, s’est déroulé à Yellowknife du 27 février au 7 mars. Environ 150 membres des Forces armées canadiennes y ont participé.

L’opération NANOOK se déroule chaque année depuis 2007. Elle compte d’habitude quatre déploiements par année — nommés NANOOK-NUNALIVUT, NANOOK-NUNAKPUT, NANOOK-TATIGIIT et NANOOK-TUUGALIK —, que ce soit au Yukon, aux Territoires-du-Nord-Ouest, au Nunavut, au Labrador ou dans le passage du Nord-Ouest. Les séries d’activités sont notamment conçues pour assurer la souveraineté du Canada, exercer la défense et protéger les régions nordiques, collaborer avec les pays alliés et renforcer des partenariats entre les gouvernements fédéral, territoriaux et autochtones. Et, aussi, pour pratiquer dans des conditions difficiles où le froid est maitre.

L’hélicoptère nous dépose près de Dettah. On poursuit à bord d’un véhicule sur chenilles tout-terrain, un BV 206, qui soubresaute jusqu’à un site de plongée dans le Grand lac des Esclaves, situé à quelque 8 km de Yellowknife — à vol d’hélicoptère.

La tente verte où s’abritent des membres de l’unité de plongée de la flotte Atlantique et Pacifique détonne sur la blancheur du lac. L’intérieur est chauffé au point où la glace est couverte d’un pouce d’eau et de tapis en jute. Au centre, un trou triangulaire rempli d’eau turquoise glacée. Leur terrain de jeu s’enfonce dix mètres dessous.

« On cherche un bateau qui a coulé », explique le lieutenant de vaisseau Jerome Turgeon, officier responsable de la Force opérationnelle de plongée de l’opération NANOOK-NUNALIVUT 21. L’équipe de l’Aviation royale canadienne a survolé les environs à l’aide d’un détecteur d’anomalie magnétique. Elle a estimé qu’il pourrait se trouver ici, sous l’eau et près d’un mètre de glace !

« Comme c’est peu profond et qu’il y avait un signal magnétique, on s’est dit que le bateau aurait pu accrocher un récif et sombrer ici », poursuit-il. Pendant deux jours, les 16 plongeurs, soutenus par six autres personnes, se sont partagé au total quatre heures de plongée dans l’obscurité totale. Ils ont sondé le fond avec, pour yeux, un sonar portatif. Résultat : pas de bateau dans un rayon de 20 mètres.

« Les premières 20 minutes de plongée sous la glace, ça va, dit le lieutenant, qui avait déjà plongé dans des conditions similaires au Québec, mais jamais dans des conditions Arctique. Après, ça devient vraiment froid. C’est pour ça que les périodes sont courtes, au maximum 45 minutes. On n’a pas ces températures en Nouvelle-Écosse et on est chanceux de pouvoir pratiquer ici. »

« C’est très important pour la Marine d’être capable d’opérer à -40 °C, ajoute-t-il. Ce l’est spécialement étant donné qu’on veut augmenter nos capacités d’intervention dans le Nord avec les nouveaux navires de patrouille extracôtier et de l’Arctique, de la classe Harry DeWolf, où des plongeurs pourraient devoir faire des réparations ». Ces navires peuvent circuler dans la glace jusqu’à 120 cm d’épaisseur.

 

Chamboulé par la pandémie

Lors des déploiements de l’opération NANOOK, les militaires interviennent souvent dans des scénarios mis en place en temps réel sur le terrain. Par exemple, l’été 2019, ils ont participé à un exercice d’évacuation en cas de feu incontrôlé au Yukon. La pandémie a chamboulé les plans et il n’y a pas eu de scénario précis à Yellowknife.

C’est également à cause de la COVID que le volet NUNALIVUT de cette année s’est déroulé à Yellowknife. Il était possible d’y accueillir les militaires facilement et la proximité de l’aéroport simplifiait la logistique. Ils ont devancé l’opération en février, qui se tient d’habitude en mars à Resolute Bay, notamment, pour s’assurer que le climat dans la capitale soit plus froid.

La force opérationnelle de cette année compte aussi moins de membres que les années antérieures et aucun autre pays n’y a participé.

La pandémie a eu d’autres « conséquences significatives » sur la série d’activités NANOOK en 2020, écrit dans un courriel la capitaine Suzanne Nogue, officière des affaires publiques de la Force opérationnelle interarmées (Nord). Deux des déploiements prévus, NANOOK-TATIGIIT et NANOOK-NUNAKPUT, ont dû être annulés.

« Malgré les défis liés à la pandémie, les Forces ont assuré une présence constante dans l’Arctique canadien et le Nord à travers divers exercices, opérations ou activités de l’Aviation, de la Marine ou de l’Armée de terre », affirme la porte-parole. La souveraineté n’a pas été compromise, laisse-t-elle entendre.

Le vrombissement de l’hélicoptère Chinook s’intensifie comme il approche. Il nous transporte cette fois au site de l’Armée de terre, situé à environ 25 km de Yellowknife, près du lac Pontoon. Presque à destination, on aperçoit d’abord un petit campement coloré avant de distinguer, plus loin, les quatre tentes vertes des militaires. Il s’agit d’un campement de Rangers canadiens, des réservistes qui vivent dans des collectivités éloignées et y assurent ainsi une présence paramilitaire, qualifiés de « yeux et d’oreilles des Forces dans le Nord », par la Défense nationale.

Ceux-ci ont préparé le terrain pour l’arrivée des troupes. « Des Rangers de la patrouille Wiiliideh ont soutenu les forces opérationnelles terrestres en validant l’épaisseur de la glace, en établissant des voies d’accès, en identifiant des aires d’atterrissage et en contrôlant les prédateurs », explique la porte-parole Suzanne Nogue. Ils restent à l’écart des militaires à cause du coronavirus.

Les quatre tentes accueillent en tout 32 militaires pour deux nuits. « On a des exercices de base pour apprendre à monter les tentes, utiliser les réchauds, les lanternes, utiliser des raquettes, comment s’habiller quand on est dans un environnement arctique, détaille le capitaine du 2e bataillon du Régiment royal de Terre-Neuve, Forrest Thompson. Pour le personnel plus avancé, ils vont apprendre, par exemple, à utiliser les motoneiges et à les réparer. »

Pourquoi n’avoir dormi que deux nuits sous la tente ? « L’exercice devait durer trois semaines et, à cause des contraintes liées à la COVID, il a été réduit à une semaine, répond le capitaine. Il devait aussi y avoir des soldats de toutes les provinces atlantiques, mais ce n’est pas le cas. » Seulement une cinquantaine de l’Armée de terre ont pris part à l’exercice.

Le groupe de soldats devait initialement marcher 26 km pour se rendre sur le site. Les plans ont changé et ils ont finalement, eux aussi, été transportés en hélicoptère.

Les trois autres déploiements NANOOK de l’année auront lieu cet été au Nunavut. L’une des opérations sera un scénario : les passagers d’un navire de croisière en détresse devront être ramenés sur terre et pris en charge dans la collectivité de Clyde River avant d’être évacués par avion. Le gouvernement du Nunavut se soucie des conséquences de l’arrivée soudaine de 500 passagers dans une collectivité avec autant, ou moins, de résidents. Ce sera le temps de pratiquer.


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