Nechalacho : Mine nouveau genre?

Le géologue Chris Pedersen tient dans ses mains des roches à base de quartz et de bastnaésite, minéral qui contient les terres rares.
(Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Le géologue Chris Pedersen tient dans ses mains des roches à base de quartz et de bastnaésite, minéral qui contient les terres rares. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

« Notre processus est révolutionnaire, à l’échelle mondiale, pour ce qui est de respecter le territoire et l’eau » — David Connelly, Cheetah Resources.

Nechalacho, le premier site minier de terres rares au Canada, est sur le point d’entrer en production. L’entreprise Cheetah Resources, qui l’exploite, prévoit une mine avec une empreinte minimale, respectueuse de l’environnement et où la majorité des ouvriers seront autochtones.

L’entreprise a organisé lundi un tour de la mine, située à quelque 100 km au sud-est de Yellowknife, pour les journalistes ainsi que pour des membres du ministère de l’Industrie, de Tourisme et d’Investissement et de l’Office des terres et des eaux de la vallée du Mackenzie.

La première phase de la mine en est une de démonstration et s’étale sur trois ans. Cheetah Resources est la filiale canadienne de la société minière australienne Vital Metals.

« On commence à petite échelle, car on veut démontrer à nos partenaires autochtones et aux membres de l’industrie et du secteur de la règlementation qu’on peut développer un projet qui respecte le territoire, l’eau, qui crée des emplois et des occasions de contrats pour les autochtones, dit le vice-président de la stratégie et des affaires coopératives de Cheetah Resources, David Connelly. On veut aussi démontrer rapidement que les terres rares exploitées ici répondent aux critères du marché mondial. »

Les terres rares sont indispensables à de nombreuses industries de pointe. Elles regroupent 17 métaux aux propriétés électromagnétiques et chimiques uniques qui entrent dans la fabrication d’une vaste gamme d’objets technologiques courants, entre autres, dans les véhicules électriques, dans les téléphones intelligents ou dans les appareils d’imagerie par résonance magnétique. La Chine domine la production mondiale.

Cet été, 600 000 tonnes de roches minéralisées seront extraites du sol à Nechalacho par l’entreprise Det’on Cho Nahanni Construction, propriété de la Première Nation des Dénés Yellowknives. C’est la première fois au Canada qu’un groupe autochtone est responsable de l’extraction de minerai sur leur terre traditionnelle, rappelle David Connelly. Det’on Cho Nahanni Construction aura terminé son contrat, d’une valeur de 8,7 millions, à la fin de l’année.

La mine à ciel ouvert créée par l’extraction des 600 000 tonnes « sera probablement plus petite que n’importe quelle carrière de gravier à Yellowknife », dit le géologue Chris Pedersen, consultant pour Cheetah Resources et présent lors de la visite. C’est lui qui a déniché, en 1983, un affleurement de quartz et de mica qui a mené à la découverte de terres rares à Nechalacho.

De toutes les roches extraites, environ 100 000 tonnes seront assez intéressantes pour être broyées, criblées et passées dans un trieur à base de capteurs afin d’isoler le minerai recherché, soit le bastnaésite, qui contient les terres rares. Les opérations de tri sont assurées par les employés de Cheetah Resources. Elles débuteront cet été et se poursuivront en 2022 et en 2023.

« À l’origine, c’est une roche vraiment banale, d’une couleur rouge rouille où se mêle du quartz blanc », dit le géologue, alors qu’il en exhibe une aux journalistes. « Mais cette roche est le rêve de tout mineur, car elle est extrêmement grossière et ça fait en sorte que le minerai, le bastnaésite rouge, est facile à libérer du reste », continue-t-il. Selon lui, le gisement est parfait pour la technologie de tri choisie par l’entreprise.

« Notre processus est révolutionnaire, à l’échelle mondiale, pour ce qui est de respecter le territoire et l’eau, dit David Connelly. On trie le minerai sur place avec une machine hautement spécialisée, on n’utilise pas de produits chimiques, pas d’eau ou alors très peu d’eau et on n’aura pas de bassin de décantation. Notre empreinte sera d’environ 1 % celle d’une mine de métaux régulière. »

Kyle Bayha, opérateur de machinerie lourde originaire de Déli?ne qui travaille à Nechalacho depuis cinq semaines, a pu constater l’impact de plusieurs mines sur l’environnement. « J’ai travaillé à l’assainissement de sites miniers aux Territoires du Nord-Ouest et aussi en Alberta. Ici, dit-il, ce sera beaucoup mieux et plus simple à restaurer, car il n’y a pas de bassin de décantation. » Il est d’avis que l’exploitation sera « plus respectueuse de l’environnement ».

L’opérateur Kyle Bayha se réjouit d’un autre fait : « J’ai l’habitude d’être minoritaire, d’être le seul autochtone, ou parmi les seuls, à travailler sur le site d’une mine », dit l’employé de Det’on Cho Nahanni Construction. « C’est fantastique de travailler pour une compagnie autochtone. Ça crée de l’emploi pour nous », poursuit-il.

Une trentaine de personnes vont travailler en rotation sur le site cet été, pour un total de 50 employés, estime David Connelly. Au moment de la visite, une vingtaine d’employés étaient engagés par Nahanni et une dizaine par Cheetah.
« L’été prochain, il devrait y avoir environ 20 à 25 employés de Cheetah, occupés à trier le minerai », dit le vice-président. Son entreprise s’efforce d’engager des Autochtones : en septembre, la majorité de la douzaine d’employés qui a débroussaillé, défriché et préparé le site pour accueillir le trieur et le camp de travailleurs était autochtone.

« Sur la trentaine d’employés présents aujourd’hui, seulement deux ne sont pas autochtones », affirme David Connelly.

Pour chaque année de la phase de démonstration, quelque 5000 tonnes de minerai trié seront transportées de Nechalacho vers l’usine d’extraction de terres rares de Vital Metals, à Saskatoon. La construction de celle-ci devrait être terminée d’ici la fin de l’année, prévoit la compagnie. L’usine produira et vendra un précipité de terres rares mixtes. Un acheteur a déjà été trouvé : la compagnie norvégienne REEtec va acquérir la quasi-totalité du précipité, soit quelque 1000 tonnes par année — excluant le cérium, le plus abondant élément du groupe des terres rares — afin d’en séparer chaque élément au degré de pureté requis par les industries de pointe.

Même avec la seconde phase du projet, prévue dès 2024, David Connelly dit que la mine de terres rares ne « sera qu’une fraction de ce qu’est une mine de diamants » et ne devrait pas employer plus d’une centaine de personnes.

« Ma vision pour Nechalacho, dit le vice-président, est une mine multigénérationnelle. »

« La prochaine phase, ce ne sera pas 100 000 tonnes qui seront exploitées, mais des millions de tonnes », affirme le géologue Chris Pedersen, qui, depuis presque 40 ans, rêve de voir le trésor qu’il a découvert enfin exploité.

La compagnie minière Cheetah Resources, filiale de Vital Metals, a acheté les droits d’exploitation du minerai en surface à Avalon Advanced Materials, en 2019. Avalon conserve le droit d’exploitation à plus de 150 mètres sous le niveau de la mer. Peut-être qu’un jour, le minerai en profondeur trouvera aussi preneur.


Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.