Articles de l'Arctique, 22 octobre 2021 : Manger local et soutenir la cuisine autochtone

La recette de bannique de Teresa Ward est connue à travers tout le Yukon. (Crédit photo : Teresa Ward)

La recette de bannique de Teresa Ward est connue à travers tout le Yukon. (Crédit photo : Teresa Ward)

Les noms des onze lauréats de la quatrième cohorte de l’organisme EntrepreNorth ont été dévoilés le 6 octobre 2021.

L’insécurité alimentaire est un problème très complexe qui affecte de nombreuses collectivités de l’Arctique. Or, des entrepreneurs des trois territoires, qui proposent une cuisine concoctée à partir de produits locaux, ont émergé ces dernières années. Pour l’organisme, le choix du thème culinaire s’est imposé de lui-même.

« C’était un choix assez facile, car il y a beaucoup de monde qui veut acheter et manger local et ainsi car il y a beaucoup de monde qui veut consommer des produits locaux et ainsi soutenir les entrepreneurs autochtones du Nord », indique la gestionnaire de communauté au sein de l’organisme, Xina Cowan.

Les 11 participants sélectionnés ont donc entamé un programme de mentorat de neuf mois qui a débuté le 4 octobre dernier. La situation sanitaire à Yellowknife n’a pas permis aux participants de se rencontrer et cette première session a dû se tenir en format virtuel contrairement à ce qui avait été initialement prévu. Jusqu’au mois de juin 2022, les participants auront l’occasion de se familiariser à diverses techniques liées à l’entrepreneuriat comme le marketing ou encore la finance. Un curriculum unique a été créé pour ces entrepreneurs du Nord qui doivent faire face à des défis spécifiques dans chaque territoire.

 

La cuisine autochtone se démarque

Comme le souligne Mme Cowan, il y a une augmentation du nombre de personnes souhaitant soutenir l’économie locale des territoires ainsi que la cuisine autochtone en consommant des aliments locaux de qualité. « Quand on soutient les entrepreneurs, on aborde beaucoup de problèmes systémiques comme l’insécurité alimentaire par exemple », rappelle-t-elle.

La cuisine rassemble dans les communautés nordiques, et la nourriture partagée crée du lien social. Elle tient une place très importante dans la transmission de la culture comme les histoires qui peuvent être racontées autour d’un repas.

Pour Kaitlyn White-Keyes, l’une des personnes sélectionnées cette année, un nouveau mode de consommation est en train de s’opérer dans un contexte de changements rapides dus au réchauffement climatique. Il n’est maintenant plus aussi nécessaire de s’approvisionner en aliments venant du Sud.

« Il est impératif à l’avenir que les gens aient un plus grand lien avec leur alimentation, pour des raisons de durabilité et d’environnement, mais aussi pour mieux nourrir leur âme et prendre soin d’eux-mêmes », pense-t-elle.

John Niakrok vit à Rankin Inlet au Nunavut et espère ouvrir son restaurant à l’issue du programme. « Je veux apporter des changements positifs dans la collectivité et proposer une cuisine différente de ce que l’on trouve aujourd’hui (comme des pizzas ou des frites) », explique-t-il. Amateur de donair, il souhaite cuisiner et vendre des donairs à la viande de caribou ou de bœuf musqué qui sont chassés sur le territoire.

Teresa Ward vit depuis plusieurs années à Teslin. Originaire de la nation Tlingit d’Atlin, elle est aujourd’hui connue dans le territoire du Yukon pour sa célèbre recette de bannique, le pain typique autochtone. Si chaque communauté a sa propre recette, la bannique de Teresa Ward est disponible dans plusieurs épiceries de Whitehorse, mais aussi dans les épiceries des collectivités. Depuis le lancement de son site internet, elle a fait croitre son marché et vend aujourd’hui partout au Canada et aux États-Unis. « C’est vraiment formidable pour moi d’en savoir plus sur la façon de mieux gérer mon entreprise. L’un de mes rêves est de m’étendre davantage, mais je veux m’assurer d’y aller étape par étape, sans sauter dans le feu de l’action tout de suite. »

 

Les séquelles de la pandémie sur les entrepreneurs

Les différentes éclosions de COVID-19 au Nunavut ont eu des impacts sur certains secteurs d’activités. Nuka Fennell a dû mettre la clé sous la porte et fermer son entreprise de restauration d’Iqaluit dès le printemps 2020. « Quand la covid est arrivée, mon entreprise s’est effondrée. Il n’y avait plus de contrats et je ne pouvais proposer mes services de traiteurs nulle part. »

Pour iel, la nourriture est liée à des souvenirs forts de l’enfance où sa famille élargie se regroupait autour d’un repas. Aujourd’hui la cuisine endosse des valeurs de partage et d’échange dans sa vie. Nuka Fennell espère pouvoir réouvrir son entreprise à l’issue du programme de mentorat, mais le manque d’infrastructures est une barrière à surmonter. Aucun local ni cuisine professionnelle n’est actuellement disponible à la location dans la capitale du Nunavut qui traverse une crise du logement depuis plusieurs décennies.

Jeszika Mae, qui propose aussi ses services de traiteurs à Whitehorse au Yukon, a l’objectif d’installer de façon pérenne son entreprise et développer son marché. Mais c’est aussi la possibilité de faire partie d’une communauté qui lui ressemble avec les mêmes valeurs et un patrimoine semblable qui, selon iel, est bénéfique pour l’avenir.

 

 

MISE À JOUR : Depuis la publication de cet article, Jeszika Mae ne fait plus partie de la cohorte.


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