Femmes ténoises : Malade, mais pas soignée en français

Suzanne Houde devant un comptoir vide, une réelle métaphore selon elle. (Courtoisie Suzanne Houde)

Suzanne Houde devant un comptoir vide, une réelle métaphore selon elle. (Courtoisie Suzanne Houde)

Suzanne Houde est née à Giffard, une petite municipalité du Québec qui en 1976 devient le quartier Beauport (arrondissement de Québec qui se trouve au bord du fleuve Saint Laurent). Elle va à l’école à Loretteville, à côté de la réserve Wendake, chef-lieu de la nation huronne-wendat.
À l’école, dans laquelle elle excelle dans la sémantique de la langue française, elle aime partager avec ses amies et sa famille des histoires et des légendes. C’est à Québec qu’elle commence des études d’infirmière, discipline qu’elle abandonne avant d’être certifiée, pour devenir coiffeuse et gardienne d’enfants. En 1987, elle épouse André Légaré. Ils vivront dix ans dans plusieurs villes de l’Ontario et du Québec avant d’arriver aux Territoires du Nord-Ouest et s’installer à Yellowknife en 1997. Suzanne Houde ouvre une garderie à la maison et tombe en amour avec la ville de Yellowknife et la nature nordique qui se développe sur le roc précambrien. À cette époque, un groupe de francophones revendique leur droit de vivre en français auprès de législateurs et de bureaucrates du gouvernement ténois qui résiste à la pleine application de la Loi sur les langues officielles du Canada. Une situation qui rappelle à Suzanne Houde, les récits qu’elle avait entendus dans son enfance sur les évènements historiques antérieurs à la Révolution tranquille. Une situation qui pèse profondément sur son unilinguisme francophone.
Sa condition de francophone unilingue au Canada se détériore lorsqu’elle tombe malade en l’absence de son époux. Plusieurs problèmes de santé l’obligent à aller à l’urgence. Alors qu’aucun personnel ne peut lui parler en français, l’explication de ses douleurs induit des erreurs médicales dans le traitement de ses symptômes. Ces circonstances sont prises au sérieux par la Fédération franco-ténoise (FFT) dans les années 2000, qui présente son cas et ceux d’autres francophones devant la justice. Ce processus judiciaire dure plusieurs années, après lesquelles la FFT et Suzanne Houde célèbrent finalement une victoire mitigée par les recours en appel. Selon elle, pendant la décennie qui suit le jugement, très peu de changements se produisent au niveau des services en français pour les soins de santé aux TNO.
Au fil des ans, elle dénonce la poussière aux yeux qu’on jette aux francophones avec des annonces écrites et orales affichant que l’on parle français, alors que la majorité du temps aucun personnel de première ligne présent ne parle français.
Suzanne tombe malade à plusieurs reprises et ne trouve qu’une personne qui parle français à la clinique qu’elle fréquente, mais aucune à l’accueil de l’hôpital. Elle doit faire appel à d’autres personnes pour l’aider. Par manque de recours, Suzanne Houde dépose plusieurs plaintes auprès du Commissariat aux langues officielles. Elle rencontre à maintes reprises des élus et des fonctionnaires du gouvernement ténois ainsi que plusieurs administrateurs des organisations communautaires francophones pour faire avancer la cause d’un meilleur service de santé en français. Encore en 2020, pour elle, rien ne bouge. Elle n’obtient pas l’ensemble des services essentiels qu’on lui promet à part, selon elle, l’instauration du poste d’interprète médical professionnel en place depuis 2019 à l’hôpital territorial Stanton.
À elle seule, Suzanne Houde représente la persistance d’une citoyenne qui revendique ses droits linguistiques pour l’ensemble de sa communauté.


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