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Linda Bussey : toujours un pas d’avance

(Crédit photo : Alex Beaudin)

(Crédit photo : Alex Beaudin)

La directrice générale de la FFT passera le flambeau le 31 mars. Si elle parle d’un départ à la retraite, la femme d’action ne compte pas pour autant tirer sa révérence.

Thomas Ethier – IJL – Territoires

Linda Bussey a vu passer bien des hivers depuis son arrivée aux Territoires du Nord-Ouest, en 1992. Son engagement de longue date l’aura porté aux premiers rangs des grandes étapes qui ont marqué la francophonie des Territoires du Nord-Ouest. Des étapes, il en reste à franchir aux yeux de la directrice générale, et par delà les multiples déferlantes assénées par la pandémie, elle entend consacrer les derniers mois de son mandat à de grandes ambitions.

Qu’elle parle d’éducation, de santé et de relations qui se bâtissent avec les communautés linguistiques autochtones, Mme Bussey ne s’en cache pas, il reste à ses yeux du travail à faire au sein de notre francophonie. « Il y a eu beaucoup de bons coups dans les trente dernières années, mais il faut s’assurer que les choses continuent à progresser, statue la directrice. Il ne faut pas stagner. C’est toujours un danger, mais je pense que ma remplaçante va être en mesure de faire avancer les choses ».

 

Centre communautaire : casse-tête financier

En parlant d’avenir, Mme Bussey fonde de grands espoirs dans le futur centre communautaire francophone de Yellowknife. Sans surprise, la COVID-19 s’est immiscée dans le dossier. La demande de financement serait présentement en phase de remaniement, certains des paramètres clés ayant été bouleversés au cours des deux dernières années. « Les couts de construction ont énormément augmenté depuis le début de la pandémie », résume-t-elle.

La FFT revoit aujourd’hui certaines portions de son plan d’affaires, à la demande des bailleurs de fonds. « Il y a encore beaucoup de travail à faire, et nous allons nous retrousser les manches ces prochains mois, prévient-elle. On nous a demandé de retravailler nos demandes de financement d’ici nos prochaines rencontres, ce qui démontre l’intérêt des bailleurs de fonds. Je sens une très grande volonté du gouvernement à travailler avec nous sur ce grand projet ».

« Ce qui me tient le plus à cœur en ce moment, c’est d’avoir un lieu de rassemblement, maintient Mme Bussey, où nous pourrons organiser des concerts, des vernissages et des occasions de rencontres. Tous les francophones ne sont pas nécessairement actifs dans la communauté, mais il ne faut pas les perdre de vue. Il faut tâcher de les garder engagés et élargir notre conception de cet engagement. Sans imposer quoi que ce soit, il faut maintenir un contact et resserrer les liens. Ce sera le rôle de ce centre communautaire ».

D’autres projets n’ont pas survécu à l’état d’urgence. On apprenait le 18 janvier que Yellowknife ne sera pas hôte des Jeux de la francophonie canadienne de 2025. L’évènement, initialement prévu pour 2023, a finalement été reporté de deux ans, soit à l’automne 2025. « Il y a beaucoup trop d’incertitudes, qu’on pense à l’instabilité économique et à l’engagement bénévole, explique la directrice. À moins d’une future initiative dans la communauté, le projet est annulé ».

 

Une communauté à structurer

Au-delà des grands projets portés par la FFT, c’est toute la francophonie qui sera appelée à se réorganiser dans les prochaines années, prévoit Linda Bussey, étude à l’appui. La Fédération, qui démarrait ses activités il y a quarante-trois ans, a mandaté la firme PGF pour faire une évaluation de la structure organisationnelle de la francophonie ténoise dans son ensemble. Cette structure, il faudra la repenser, selon les premières conclusions émises par les chercheurs.

Les recommandations officielles devraient être présentées cet hiver. Mme Bussey admet que les échanges entourant cette étude ont été jusqu’à maintenant « très honnêtes et pas toujours faciles ». « La FFT savait qu’elle s’exposait à des commentaires qu’on ne voulait pas forcément entendre, mais ce fut très constructif, se réjouit-elle. Il y a 42 ans que la FFT travaille, en quelque sorte, de la même façon. Changer certaines façons de travailler et revoir la structure organisationnelle de la francophonie ne peut être que bénéfique ».

 

Francophones en terre dénée

La francophonie a également ses luttes, sur le plan de l’accès aux soins de santé en français, par exemple, ou de la structure du système d’éducation, qui représente la clé d’une francophonie en santé, selon Mme Bussey. Or, comment revendique-t-on ses droits en tant que francophone en 2022, aux côtés de groupes autochtones qui se battent pour la survie de leur langue ? « Comme nous l’avons toujours fait, en respectant toutes les autres langues, affirme-t-elle. Pour moi c’est la priorité, et il se peut que nous ayons certaines choses à changer dans le futur sur ce plan. »

À l’heure actuelle, La FFT mise sur un mémoire rédigé dans le cadre de la révision de la Loi sur les langues officielles des TNO. L’organisme voit à l’intérêt de sa communauté linguistique, mais compte appuyer ses pairs. « La communauté francophone devra poursuivre ses efforts de collaboration avec les groupes autochtones, insiste Mme Bussey. Nous devons travailler ensemble, pour développer des programmes d’immersion en langue autochtone. Par exemple, déterminer ce que nous pouvons apprendre d’eux, et savoir comment nous-même pouvons les appuyer dans leurs luttes ».

Au cours de son mandat à la FFT, elle a elle-même représenté la francophonie aux côtés des neuf langues officielles autochtones des TNO. « L’enjeu du moment, c’était le manque d’interprètes en langues autochtones, alors que nous en avions plusieurs en français. Je suis intervenue à la table, puis je me suis presque excusée de parler français. Une ainée assise à côté de moi m’a répondu "Jamais. Il ne faut jamais s’excuser de parler sa langue". C’est sans doute le plus beau cadeau qu’on m’a fait à cette table ».


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