Service de placement familial des TNO : Les parents s’unissent

«À la fin, ce sont les enfants qui souffrent», dit l’une des parents d’accueil qui a coécrit la lettre adressée à la ministre de la Santé et des Services sociaux. (Crédit photo : Nicolas Servel)

«À la fin, ce sont les enfants qui souffrent», dit l’une des parents d’accueil qui a coécrit la lettre adressée à la ministre de la Santé et des Services sociaux. (Crédit photo : Nicolas Servel)

Des parents d’accueil ont été rencontrés lors de ce reportage. Par crainte de représailles, leurs noms ont été changés (Dominique et Michelle) pour garantir leur anonymat. Par contre, l’exactitude des témoignages rapportés n’a pas pu être confirmée.

La coalition des familles d’accueil a envoyé une lettre de doléances à l’égard du système de placement familial des Territoires du Nord-Ouest à la ministre de la Santé et des Services sociaux, Diane Thom, et à plusieurs membres du Parlement, le 13 janvier 2020.
Le document de 27 pages recense 49 doléances, des recommandations d’action à mener et « puisqu’il fallait en trouver » précise une des signataires, quelques bons coups à souligner.
Rien de nouveau pour Tammy Roberts, directrice de la CFF, qui a accueilli plus de 250 enfants de tous les âges au cours des 30 dernières années. « Mais pour une fois, dit-elle, les parents d’accueil ont unifié leurs voix. »
Si la réaction du gouvernement a été timorée et qualifiée de « générique et écœurante » selon certains parents d’accueil, pour Tammy Roberts, une rencontre avec la ministre Diane Thom « et d’autres personnes concernées par le dossier » aura lieu à la fin du mois de janvier, à la suite de conversations téléphoniques avec le cabinet.
Dans un courriel reçu mardi, la ministre Diane Thom a d’ailleurs confirmé l’établissement d’un horaire de rencontre, le 30 janvier, et a rappelé son engagement « à trouver des solutions pour résoudre les graves problèmes rapportés et des façons de travailler avec les parents d’accueil et d’apprendre d’eux pour améliorer les choses pour les travailleurs de première ligne, la famille, les enfants et les jeunes pris en charge ».

Des « résultats », mais pas de changements
Selon la lettre, le système de placement des TNO fait l’objet de préoccupations depuis plusieurs décennies, qui restent jusque là non résolues et, peut-on lire, « les plaintes sont retenues par crainte de perdre des soutiens importants et les services de leurs agents de protection de l’enfance ou le retrait d’un enfant de leur domicile soudainement ».
En 2014, un rapport du vérificateur général du Canada avait notamment démontré des « déficiences systémiques graves, qui persistait…, et menaçait la sécurité et le bienêtre supérieur de l’enfant ». En 2018, un nouvel audit est venu enfoncer le clou, faisant état d’une situation encore plus précaire, suscitant un nouveau plan d’amélioration du gouvernement, lancé en aout 2019 pour trois ans.
Paradoxalement, alors que les parents d’accueil et la coalition se rencontrent le 12 décembre dernier pour préparer la rédaction du document, le gouvernement se félicite des avancées réalisées sur ledit plan dans un communiqué publié le 18 décembre. Plus encore, le 12 janvier 2020, NNSL publie un article à ce sujet. Le lendemain, la lettre de la CFF est envoyée. Les parents d’accueil rompent le silence et partagent leurs expériences.
Dominique forme une famille d’accueil avec son mari depuis plusieurs années. Elle déplore que « le gouvernement et les services sociaux voient les enfants comme des numéros. On nous donne des chiffres, poursuit-elle, mais on ne voit pas les changements sur le terrain ».

Des problèmes de communication
En 2019, les Territoires du Nord-Ouest comptaient 140 maisons d’accueil pour 163 jeunes en situation de placement temporaire ou permanent contre 47 maisons à Yellowknife et 60 jeunes. « Il y a encore trop peu de suivi fait avec les enfants, ajoute-t-elle. Il n’y a même pas de conseiller dédié exclusivement à écouter et suivre l’enfant. » L’une des recommandations suggère notamment l’embauche d’un commissaire dédié à la protection de l’enfance afin de garantir que les suivis avec les enfants placés et les familles sont faits et que les travailleurs puissent maintenir le contact.
Ces suivis sont essentiels pour garantir la sécurité et la santé des enfants, mais aussi pour assurer que les familles d’accueil sont équipées adéquatement pour répondre aux besoins des enfants. Or, selon l’audit de 2018, dans 88 % des cas, les administrations des services de santé et des services sociaux n’ont pas maintenu le niveau minimum de contact avec les enfants et les parents.
« Mon mari et moi n’avions pas encore été officiellement approuvés que nous nous voyions déjà confier deux enfants, se rappelle-t-elle. Personne ne nous a donné d’orientation. Personne ne nous a expliqué l’état de santé des enfants ou leurs habitudes de comportement. Personne n’a évoqué nos droits ni même ceux des enfants. »
Dans d’autres cas, des maladies contagieuses sont dissimulées aux parents, malgré la présence d’autres enfants vulnérables dans le foyer. Les transitions sont décidées à la dernière minute et les procédures, lorsqu’elles existent, sont souvent ignorées. « À la fin, c’est l’enfant qui en souffre, dit Michelle, une autre parent d’accueil. [Les enfants] sont déjà dans des situations traumatisantes, mais en plus, ils ne trouvent pas le réconfort chez ceux qui sont censés les aider. »

Structure de soutien et responsabilité floue
Les parents d’accueil regrettent le manque d’aide et la confusion qui règne en matière de responsabilité, notamment, dans les cas d’urgences.
Un samedi soir, Dominique est à Edmonton. Elle reçoit un appel de son mari, pour lui signaler que l’adolescente qui a rejoint leur foyer 9 mois plus tôt, n’est pas rentrée. À la suite de cette discussion, le mari, inquiet, appelle les services sociaux.
« Ils lui ont répondu qu’il est commun pour ces jeunes, de ne pas rentrer aux heures “normales”, ils ont souvent grandi avec une grande autonomie. Attendez 22 h puis vous pourrez contacter la GRC. »
À 23 h, toujours sans nouvelle, le mari s’exécute et appelle la Gendarmerie royale pour se faire dire qu’il incombe aux travailleurs sociaux, gardiens légaux, de signaler la disparition de l’enfant. Un nouvel appel est alors dirigé vers les services sociaux, qui maintiennent l’information précédemment donnée.
« À ce point-ci, personne ne prend ses responsabilités », poursuit-elle. Plus tard, ils rappellent la GRC, qui prend cette fois l’affaire en charge, collecte l’information, mène l’enquête.
Lundi, après des recherches préliminaires, la GRC annonce qu’ils vont lancer un appel public. « C’est à ce moment-là, le soir même où elle a été retrouvée, précise Dominique, que les travailleurs sociaux ont commencé à rechercher activement la jeune fille. »
Selon Dominique, les services sociaux disposaient d’informations et de noms de personnes chez qui l’adolescente aurait pu se trouver.
« On ne nous a jamais rien dit. Pendant ce temps-là, nous faisions tout ce que nous pouvions pour savoir où elle se trouvait. »
Dominique obtient finalement un nom dans la nuit de lundi à mardi, puis appelle à nouveau la GRC, mardi matin pour signaler l’information.
« Nous l’avons retrouvé hier soir », lui répond alors la GRC. Un autre appel est passé aux services sociaux. Dominique, outrée de ne pas avoir été informée, apprend que la jeune adolescente se trouve dans une autre maison d’accueil et se fait demander d’accueillir l’adolescente, le lendemain, comme si rien ne s’était passé.
À force d’insister, Dominique aurait obtenu une rencontre avec les travailleurs sociaux et l’adolescente, deux jours plus tard, pour faire le point sur ce qui s’était passé quelques jours plus tôt. La jeune adolescente révèle alors avoir passé la fin de semaine avec un homme dans la trentaine, et une amie, et avoir consommé de l’alcool.
Dominique déclare ne plus avoir entendu parler de cette affaire, malgré l’annonce d’une enquête à venir.
Il existe d’ailleurs, selon la lettre et les parents d’accueil, des moyens de faire remonter des commentaires quant à leur expérience avec les enfants et le travailleur social chargé de l’affaire. On critique toutefois que « c’est le travailleur en question qui signe le rapport et le transmet à sa hiérarchie [et qu’il] est donc facile de dissimuler ce qui dérange ».
Si ce témoignage ne constitue qu’une des nombreuses et troublantes expériences rapportées par les parents d’accueil, elle est symbolique d’un système en crise qui va nécessiter une refonte en profondeur des services offerts à l’enfance et aux familles aux Territoires du Nord-Ouest.


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