Articles de l'Arctique, 30 juillet 2021 : Les oiseaux marins souffrent de la chaleur accrue en Arctique

Emily Choy, boursière en recherches postdoctorales à l’Université McGill, estime que des recherches à long terme sont importantes pour comprendre les effets de la hausse des températures sur la faune arctique. (Crédit photo : Douglas Noblet)

Emily Choy, boursière en recherches postdoctorales à l’Université McGill, estime que des recherches à long terme sont importantes pour comprendre les effets de la hausse des températures sur la faune arctique. (Crédit photo : Douglas Noblet)

Une étude met en lumière la vulnérabilité de certaines espèces d’oiseaux marins de l’Arctique face au réchauffement climatique.

Publiée le 7 juillet 2021 dans le Journal of Experimental Biology, cette étude est la première à s’intéresser au stress thermique chez les grands oiseaux marins de l’Arctique.

« Les effets directs de la hausse des températures sur la faune arctique pourraient être un impact important, mais sous-évalué du changement climatique », peut-on lire en introduction de l’étude.

Emily Choy, boursière en recherches postdoctorales à l’Université McGill et impliquée à Environnement et Changement Climatique Canada, s’est rendue sur l’ile Coats à l’extrémité nord de la baie d’Hudson au Nunavut. Sur une période de deux mois durant le court été arctique 2019, l’équipe de chercheurs dont elle fait partie a étudié la colonie de guillemots de Brünnich qui niche dans les falaises de l’ile et dont le nombre s’élève à 30 000 couples reproducteurs.

 

Une vulnérabilité accrue

Souhaitant comprendre pourquoi certains oiseaux meurent dans leurs nids par temps ensoleillé, les chercheurs ont découvert que le mécanisme de refroidissement des guillemots est peu efficace et qu’ils éprouvent de grandes difficultés à évacuer la chaleur.

« L’Arctique est connu comme une zone qui se réchauffe deux fois plus vite qu’ailleurs et les oiseaux marins comme les guillemots de Brünnich sont très sensibles au réchauffement », explique Mme Choy.

Cet oiseau migrateur qui passe l’hiver au Labrador et à Terre-Neuve est capable de plonger à des profondeurs de 200 mètres pour se nourrir de poissons, de calmars ou de krill ; mais ses besoins énergétiques sont très élevés. Lorsque l’oiseau bat des ailes pour se rafraichir, il déploie une énorme quantité d’énergie et produit encore plus de chaleur.

Le lieu de nidification sur des corniches étroites qui ne sont pas accessibles aux prédateurs comme les renards semble aussi avoir des conséquences sur la hausse des températures corporelles relevées selon la chercheuse.

« La position des oiseaux qui nichent sur la falaise (exposée au soleil) a évidemment un impact sur la façon dont les oiseaux gèrent le stress thermique et la température qu’ils subissent. Leur capacité à supporter la chaleur est une question importante », pense-t-elle.

L’augmentation accélérée de la température en Arctique, qui est encore peu étudiée, peut avoir des conséquences multiples sur leur comportement, le succès de la reproduction et en fin de compte leur survie, selon les conclusions de l’étude.

 

L’importance des recherches sur le long terme

Avec l’arrivée de la pandémie à l’hiver 2020, le groupe de chercheurs n’a pas pu se rendre sur l’ile de Coats durant les étés 2020 et 2021. Le manque de données et d’observations pendant deux années consécutives a un impact sur la recherche, mais Mme Choy se prépare déjà pour l’été 2022 où elle pourra poursuivre, avec son équipe, la recherche sur cette espèce.

« Il est vraiment important de surveiller et de faire des observations à long terme pour voir les impacts sur la population », rappelle-t-elle.

L’augmentation des activités humaines comme le trafic maritime en Arctique sont également des facteurs à prendre en considération dans les recherches : « Nous ne comprenons donc pas (encore) quels sont les impacts du stress multiple, mais il y en a au moins que nous pouvons contrôler (comme les activités humaines). J’espère essentiellement qu’en termes de recherche, davantage d’études seront effectuées sur l’impact potentiel de la chaleur sur les espèces au Canada, cela pourra être particulièrement significatif », conclut Mme Choy.


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