Les femmes autochtones à l’étude

Titulaire de la nouvelle Chaire de recherche, Suzy Basile possède un doctorat en sciences de l’environnement et une maitrise en anthropologie. (Crédit photo : Geneviève Lagrois)

Titulaire de la nouvelle Chaire de recherche, Suzy Basile possède un doctorat en sciences de l’environnement et une maitrise en anthropologie. (Crédit photo : Geneviève Lagrois)

La nouvelle Chaire de recherche du Canada sur les enjeux relatifs aux femmes autochtones veut rayonner internationalement. Des projets de recherche sont notamment prévus auprès de peuples autochtones des TNO et de l’Arctique canadien.

L’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue est l’hôte de la nouvelle Chaire de recherche du Canada sur les enjeux relatifs aux femmes autochtones, qui bénéficie d’un budget d’un demi-million de dollars pour cinq ans, avec possibilité de renouvèlement pour un nouveau quinquennat.


La chaire est déjà active depuis janvier 2020, mais en raison de la COVID-19, ce n’est que le 5 novembre que le gouvernement fédéral a annoncé l’investissement.


Ses objectifs, nombreux et ambitieux, se résument à documenter les savoirs féminins autochtones dans différentes régions du monde et à renforcer la participation des femmes autochtones à la gouvernance. Celle-ci a été grandement amenuisée par l’Église et le colonialisme, dénonce la titulaire de la Chaire, Suzy Basile, une Atikamekw de Wemotaci. « On a compris qu’il fallait mater les femmes autochtones. […] Dans certaines nations, les hommes aussi ont intégré cette façon de traiter les femmes. »


Les recherches de la Dre Basile ont engendré des résultats concrets, alors qu’elle et la chercheuse Èva-Marie Nadon Legault ont monté un dossier sur l’impact du programme de sécurité du revenu des chasseurs et piégeurs cris sur les femmes d’Eeyou Istchee, un territoire cri dans le nord du Québec.


« [Le programme de sécurité du revenu] était très biaisé et n’était pas en phase avec plusieurs valeurs culturelles, explique la présidente de l’Association des femmes cries d’Eeyou Istchee, Stella Bearskins. Alors, nous lui avons demandé de travailler avec l’Office de la sécurité du revenu, qui développe ce programme. Ça a eu du succès : l’Office a adopté plusieurs des recommandations basées sur les recherches que Suzy Basile a faites pour nous. »

Le rapport à l’environnement
Pour Dre Basile, le renforcement des capacités des femmes autochtones passe par l’étude de leur relation à l’environnement et aux changements climatiques. Elle compte les laisser s’exprimer sur ces enjeux. « C’est une chose qui était rarissime il y a une dizaine d’années, dit-elle. La voix des femmes sur les enjeux environnementaux dans les questions de gouvernance territoriale était très faible. »


La titulaire de la Chaire de recherche souligne que les femmes autochtones ont des savoirs et des pratiques liés aux plantes et à la migration de certaines espèces qu’elles risquent de perdre à cause du dérèglement climatique.
« Dans les cultures autochtones, les femmes sont les protectrices de la vie, les gardiennes du savoir et les porteuses d’eau », commente la présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada, Lorraine Whitman. Alors, c’est approprié que la Dre Basile, une anthropologue qui détient un doctorat en sciences environnementales, étudie notre rôle dans la gouvernance et notre relation à l’environnement. »

Obstétrique
La grossesse et l’accouchement feront notamment l’objet d’investigations. La Chaire compte dessiner une cartographie des cultures de l’accouchement au Canada et ailleurs. La Dre Basile s’intéresse notamment aux recherches faites dans ce domaine en territoire tli?cho, aux TNO.


Après avoir été longtemps institutionnalisé, l’accouchement naturel retrouve progressivement sa place, observe la docteure Basile. « Les enfants sont très fiers d’être nés dans le bois, assure-t-elle. Le lien d’un enfant au territoire se perpétue. »


La Chaire fait des démarches afin de trouver des témoignages de femmes autochtones sur les violences obstétricales et sur les stérilisations forcées. Ces dernières ont été pratiquées au Canada, affirme Suzy Basile, qui fait des recherches sur le côté québécois, avec notamment l’Association des femmes cries d’Eeyou Istchee.


« Dans les années 1980, beaucoup de femmes ont été stérilisées de force », affirme quant à elle Stella Bearskin.
Enjeux éthiques


Le travail sur l’éthique et sur l’augmentation de la diplomation autochtone fait également partie des objectifs de la Chaire de recherche.


Mme Basile a développé des liens étroits avec la communauté inuite du Groenland, où elle se rend chaque année. Elle fera, cet hiver, une conférence à l’université du Groenland sur l’éthique de la recherche chez les peuples autochtones de l’Arctique.


Seulement 3,2 % des chaires de recherche du Canada sont attribués à une personne autochtone et moins de 10 % des Autochtones détiennent un diplôme universitaire. Mme Basile souhaite contribuer à augmenter ces taux.
Une bourse de 100 000 $ de la Fondation de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue lui permettra d’engager un étudiant-chercheur.


La création de cette nouvelle chaire a reçu peu d’attention dans les milieux anglophones. C’est L’Aquilon qui a appris l’existence de la nouvelle chaire d’étude à l’Association des femmes autochtones du Canada, dont la présidente, Lorraine Whitman, a félicité Suzy Basile par voie de communiqué.


« Pendant trop longtemps, écrit-elle, les femmes autochtones ont dû se battre pour faire valoir leur point de vue sur l’égalité, la sécurité et la justice sans recherche adéquate et sans statistiques pour appuyer ce que nous savons être de vastes iniquités dans le tissu social du Canada. »


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