Héritage toxique de la mine Giant : Les Dénés Yellowknives réclament justice

En opération de 1948 à 2004, la mine Giant a produit 7 millions d’onces d’or, soit quelque 200 tonnes. Elle a aussi produit 237?000 tonnes de trioxyde de diarsenic, stockées sous terre. (Crédit photo : Archives L’Aquilon)

En opération de 1948 à 2004, la mine Giant a produit 7 millions d’onces d’or, soit quelque 200 tonnes. Elle a aussi produit 237?000 tonnes de trioxyde de diarsenic, stockées sous terre. (Crédit photo : Archives L’Aquilon)

Le gouvernement fédéral va-t-il offrir des excuses et une compensation aux Dénés Yellowknives quant à l’ancienne mine d’or Giant? Des discussions sont entamées.

La Première Nation des Dénés Yellowknives est à nouveau au front pour s’attaquer à l’héritage toxique de l’ancienne mine d’or Giant, qu’elle compare à un « monstre ». Elle exige des excuses de la part du gouvernement fédéral, une compensation et une participation active aux travaux de décontamination de la mine opérée sur leur territoire sans leur consentement. Ottawa semble, cette fois, démontrer une certaine ouverture.

Le processus de discussion s’est mis en branle à la suite d’une rencontre virtuelle, fin janvier, entre le chef Dénés Yellowknives de N’dilo, Ernest Betsina, et celui de Dettah, Edward Sangris, la ministre des Relations Couronne-Autochtone, Carolyn Bennett, le ministre des Affaires du Nord, Daniel Vandal, et le député fédéral des Territoires du Nord-Ouest, le libéral Michael McLeod. La dernière rencontre pour définir la voie à suivre s’est tenue le 11 mars.

« C’est encourageant de voir que le gouvernement commence à agir. On a de l’espoir », dit le chef Betsina, lors d’un échange téléphonique à ce sujet.

La mine a pollué l’environnement et contient assez d’arsenic pour qu’un déversement cause un désastre. Ça fait plus d’une décennie que sa nation réclame des excuses et des millions en compensation. En 2017, le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, à la suite d’une motion unanime votée à l’Assemblée législative, a même écrit une lettre soutenant ces demandes au premier ministre Justin Trudeau.

Ce nouveau combat au front de la Première Nation des Dénés Yellowknives a commencé par un site web, giantminemonster.ca. Celui-ci a été lancé en décembre dernier en même temps qu’une pétition. Plus de 32 000 personnes à travers le Canada l’ont signée. Elle a été déposée le 22 mars dernier à la Chambre des communes par le député des TNO, Michael McLeod.

« Je suis 100 % derrière leurs demandes. Je connais le legs de la mine Giant et ses impacts sur la communauté, affirme M. McLeod lors d’une entrevue en ligne depuis son domicile de Fort Providence. Leur territoire traditionnel a été décimé et leur mode de vie altéré. »

 

Guérison

La mine Giant, en opération de 1948 à 2004, a ravagé la partie ouest de la baie de Yellowknife et la nation. Cette terre, si riche qu’elle était surnommée « le magasin » par ces Dénés pour ses généreuses baies, sa chasse et sa pêche fructueuses, est contaminée. Pendant des années, des cheminées ont craché dans l’air des milliers de tonnes de trioxyde de diarsenic, un sous-produit du grillage du minerai d’arsénopyrite pour extraire l’or. Ce poison a pollué le milieu, dont l’eau et la neige que les Dénés faisaient fondre pour boire en hiver — au moins un enfant en est décédé en 1951 et plusieurs personnes ont été malades.

Aujourd’hui, en plus des 237 000 tonnes de trioxyde de diarsenic qui dorment dans le ventre du « monstre », méfiance et rancœur font partie de l’héritage de Giant. Ottawa et les contribuables canadiens ont aussi hérité de l’entretien et de la maintenance du site abandonné en 2005.

« La mine a laissé un épouvantable, épouvantable gâchis sur notre territoire », insiste le chef Ernest Betsina. Il rappelle que les siens ont subi le tout sans « recevoir un seul sou de la production ».

Tout a débuté avec la découverte de gisements aurifères à Yellowknife. Sous la pression de prospecteurs, le gouvernement a choisi de morceler une aire protégée, peu après l’avoir lui-même établie en 1923. Celle-ci devait préserver leurs droits autochtones à la suite d’un désaccord survenu après la signature du premier des traités du Nord en 1899. Elle a été unilatéralement abolie en 1955.

Qu’Ottawa reconnaisse ainsi son rôle dans l’établissement de la mine Giant et s’excuse officiellement va de soi pour le chef Ernest Betsina. « Ça fait partie du processus de guérison », dit-il.

Ottawa n’a jamais « présenté des excuses concernant un site minier abandonné contaminé dans le Nord », selon une réponse reçue par courriel de l’agent des communications aux Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, Kyle Fournier.

« Historiquement, les Dénés Yellowknives n’ont pas été bien traités, juge le député Michael McLeod. Ottawa a une responsabilité de fiduciaire à leur endroit et celle-ci n’a pas été respectée. On a finalement un gouvernement qui est sensible à ce qu’ils disent et qui discute. »

Ottawa a décliné nos demandes d’entrevue et s’est contenté de reproduire par courriel une déclaration de la ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtone, Carolyn Bennett : « Le gouvernement du Canada travaille avec les Dénés Yellowknives et étudie comment répondre adéquatement à leurs préoccupations tout en consolidant notre relation de nation à nation. » Elle déclarait aussi que « réparer des injustices historiques » est « essentiel au progrès de la réconciliation ».

 

Compensation « juste et équitable »

Les Dénés Yellowknives exigent une compensation « juste et équitable » pour les terres et les ressources prises sans leur consentement et les regrettables conséquences.

Questionné sur leurs attentes financières, le chef Ernest Betsina a répondu : « On débute le processus, ça doit être négocié, mais une partie vitale des négociations est que l’on soit entendus. »

« Ça prend de l’argent, c’est sûr. Mais le mécanisme de guérison va bien au-delà de ça », affirme la chercheuse Caitlynn Beckett, candidate au doctorat à l’Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador, lors d’une entrevue virtuelle. Elle s’intéresse à la justice environnementale et à l’engagement des communautés dans la restauration de sites miniers dans le Nord du Canada. Celle qui vit à Whitehorse depuis deux ans, pour étudier le cas de la mine Faro, s’est penchée sur celui de la mine Giant lors de sa maitrise.

Elle observe que l’engagement des communautés est essentiel pour éviter de perpétuer un « système colonial de violences environnementales », tant pour les mines abandonnées, comme celle de Giant, que pour les nouvelles. « Des préjudices sont encore causés par des méthodes de gestion coloniale, racistes, où soit des communautés n’ont pas leur mot à dire, soit leur avis n’est pas pris en compte jusqu’à la toute fin », dit-elle. La chercheuse, qui n’est pas autochtone, constate que « sans l’engagement des communautés dans le cycle de vie complet d’une mine, de l’exploration à la restauration, elles se retrouvent complètement privées de leur droit à la terre. »

Pour réparer les erreurs du passé, selon elle, les Dénés Yellowknives doivent être impliqués dans la restauration à court et à long terme et profiter des retombées socioéconomiques.

 

Profiter des retombées

Cela fait partie du plan de la Première Nation : ils veulent une entente qui assure que les contrats liés à l’assainissement soient réservés aux entreprises autochtones. Ils citent en exemple celle entre les Premières Nations mi'kmaq du Cap-Breton et les gouvernements fédéral et provincial. Cette entente, signée en 2005, a restreint les appels d’offres pour assainir le bassin de refroidissement « aux entreprises appartenant majoritairement à des intérêts des Premières Nations et exploitées par les Premières Nations. »

« Qui de mieux placés pour nettoyer la terre que les personnes qui vivent dans la cour de la mine Giant ? Qui de mieux placés pour restaurer la terre que nous-mêmes ? », questionne le chef Ernest Betsina.

De 2005 à fin 2020, près de 500 millions $ de contrats ont été attribués pour le projet d’assainissement de la mine Giant, dont 44 % « à des entrepreneurs autochtones », calcule Ottawa. Le projet en cours vise à confiner et gérer à long terme les déchets d’arsenic, démolir et retirer tous les bâtiments, nettoyer le site en surface et procéder au traitement des eaux.

C’est la congélation sur place qui a été retenue pour gérer le trioxyde de diarsenic. « Avec cette solution, on ne fait que passer le problème de génération en génération », dit le chef Ernest Betsina. Il mentionne une technologie neutralisant le poison et espère qu’elle sera bientôt disponible. « C’est comme un monstre gigantesque qui dort et qu’on ne veut pas déranger. Je veux faire quelque chose pendant que je suis chef, je ne veux pas qu’il soit juste congelé ! »

En attendant que la science évolue, il demeure optimiste, malgré le scepticisme parmi ses pairs. Le chef croit que « la pétition a créé des circonstances favorables à un règlement et qu’Ottawa ne peut pas l’ignorer. »

La chercheuse Caitlynn Beckett fait partie des sceptiques. Lorsque Médias ténois lui demande si elle a confiance que ces démarches mèneront à un accord, elle répond que le gouvernement fédéral a un « long historique de promesses non tenues ».

« Mais les Dénés Yellowknives vont continuer à se battre, ça, j’ai confiance », ajoute-t-elle.


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