Le réseau social TikTok : un outil pour la réconciliation ?

25 novembre 2021
Taalrumiq Christina King réside à Tuktoyaktuk aux Territoires du Nord-Ouest. La plateforme TikTok lui permet de partager sa pratique artistique, mais aussi sa culture inuvialuite avec plus de 31 000 abonnés. (Crédit photo : Taalrumiq)

Taalrumiq Christina King réside à Tuktoyaktuk aux Territoires du Nord-Ouest. La plateforme TikTok lui permet de partager sa pratique artistique, mais aussi sa culture inuvialuite avec plus de 31 000 abonnés. (Crédit photo : Taalrumiq)

L’application mobile TikTok et l’Institut national des arts de l’écran s’allient dans le cadre d’un programme d’accompagnement visant le développement de la présence en ligne de 30 créateurs de contenu autochtone. Dans l’Arctique canadien, trois femmes figurent parmi les participants sélectionnés.

Karine Lavoie

D’une durée approximative de 30 heures et ayant débuté le 8 novembre dernier, le programme d’accompagnement est chapeauté par TikTok qui compte un milliard d’utilisateurs dans le monde, et par l’Institut national des arts de l’écran (NSI). Ce mentorat permet aux créateurs de contenu autochtones sélectionnés à travers le pays d’accroitre leur présence sur la plateforme et de maitriser les éléments clés qui caractérisent une bonne publication. De plus, des outils permettant de construire une carrière sur les médias sociaux sont enseignés, tels que la façon de collaborer avec d’autres créateurs et avec des marques. Trois créatrices issues des territoires figurent sur la liste des participants qui ont été sélectionnés par un jury indépendant composé de professionnels de l’industrie de l’écran et de créateurs autochtones avec la contribution de TikTok Canada.

Sherry McKay, Brett Mooswa et Fawn Wood font partie des formateurs. « Le programme a été codéveloppé par le NSI et TikTok Canada à partir d’éléments traditionnels et spirituels. Il fournira aussi des conseils et des séances personnalisées basées sur les compétences, des exercices pratiques et des connexions avec des experts de l’industrie et des pairs », résume TikTok Canada.

 

L’alimentation traditionnelle au Nunavut

Bien que chacune des trois participantes de l’Arctique canadien sélectionnées pour le programme offre un contenu qui est propre à son champ d’intérêt, la culture autochtone demeure un élément central des publications. La participante du Nunavut, Lori Ann Tulugak-Kopak, présente sur la plateforme TikTok depuis 2019 sous le nom de loraven16, partage à plus de 26?000 abonnés du contenu lié à la nourriture traditionnelle inuite et à la façon dont elle est cuisinée en y incorporant la nourriture occidentale. Elle offre également du contenu éducatif lié à l’inuktitut et y présente des voyages de chasse. « Je veux que plus de gens connaissent nos modes de vie et les différences par rapport au monde de vie au Sud », indique-t-elle.

Âgée de 34 ans, la jeune femme se sent privilégiée de pouvoir participer à ce programme. « J’ai été étonnée d’être l’une des participantes sélectionnées. Surtout venant du Nunavut et étant une Inuite, peu de gens ont pareilles opportunités et j’espère qu’ils vont continuer ainsi ».

 

Un modèle pour les jeunes artistes aux Territoires du Nord-Ouest

Résidante de Tuktoyaktuk aux Territoires du Nord-Ouest, Uvanga Atira Taalrumiq, connue sous le nom de Christina King, est une artiste, designer et éducatrice et est suivie par plus de 31?000 abonnés sur la plateforme. « Je crée du contenu sur la culture inuvialuite : notre façon de nous vêtir, notre histoire, notre humour, le quotidien et mon travail d’art et de design. J’ai rejoint TikTok lors de la première vague de la pandémie en avril 2020 et j’ai rapidement remarqué un manque de contenu et de représentation spécifiques aux Inuvialuits sur l’application », explique l’artiste de 43 ans qui est aussi mère de cinq enfants.

Elle souhaite que les jeunes Inuits puissent s’identifier à une artiste et son parcours, via un réseau social. « Je veux qu’ils sachent et croient qu’ils ont une valeur intrinsèque, de la force, de la résilience, du talent, des compétences, de l’intelligence, de la beauté et qu’ils peuvent être fiers de leur identité en tant qu’Inuit ». À travers ce programme, elle souhaite acquérir de nouvelles compétences et atteindre un public plus large dans l’objectif de partager sa culture avec le plus grand nombre de personnes.

 

La relation avec la nature au Yukon

En plus d’être titulaire de la chaire de recherche sur le savoir autochtone de l’Université du Yukon, Jocelyn Joe-Strack est philosophe et artiste, membre de la Première Nation de Champagne et Aishihik. Elle partage à 23?000 abonnés ses publications axées sur les enseignements traditionnels et la connexion avec la nature sous le nom de auntyjocey. Présente sur TikTok depuis aout 2021, elle s’efforce de faire évoluer les politiques concernant la lutte contre le changement climatique en combinant le savoir autochtone avec les connaissances issues des sciences occidentales.

« Je partage mon contenu [sur la plateforme] TikTok pour aider les jeunes sur le chemin de la reconquête de leur identité en tant que membre d’un peuple autochtone », déclare Jocelyn Joe-Strack.

 

Un outil remarquable pour la réconciliation

Selon Lindsay Lynch, créatrice de partenariats et gestionnaire de communauté chez TikTok Canada, le numérique permet d’offrir une tribune aux personnes autochtones. « Nous nous engageons à soutenir et à élever les voix autochtones chaque jour en offrant une plateforme sure et inclusive aux créateurs pour raconter leurs histoires, lancer leur carrière et partager leur patrimoine culturel », affirme-t-elle.

« Le NSI soutient depuis longtemps divers conteurs par le biais d’une formation et d’un développement professionnel. En nous réunissant, nous espérons amplifier ce travail dans le cadre de l’engagement continu de TikTok à célébrer et à soutenir les créateurs et les communautés autochtones », ajoute-t-elle.

Pour les créatrices des territoires, leur présence en ligne ainsi que leurs perspectives permettent de jouer un rôle important dans le processus de la réconciliation. « Je crois que la plateforme TikTok permettra au processus de la réconciliation de progresser. Elle permet [aux Canadiens] de prendre conscience de ce qui est arrivé à notre peuple », pense Lori Ann Tulugak-Kopak.

Tiktok se résume à de courtes séquences vidéos, et c’est ce qui fait sa marque de commerce. Pour Christina King, ce format est propice à la diffusion facile et rapide de son message. « C’est un excellent moyen de créer un aperçu fascinant de la vie des Inuvialuits. Par ce biais, nous préservons notre culture, nous revendiquons notre identité et notre propre narration », affirme-t-elle.

Suite à l’onde choc créée par la découverte de centaine de tombes anonymes d’enfants du pensionnat de Kamloops en mai dernier, Christina King estime que de nombreux Canadiens sont maintenant prêts à écouter et à reconnaitre les nombreuses injustices auxquelles les peuples autochtones ont été confrontés. ?

« En tant que créatrice de contenu autochtone, éducatrice et mère, il est réconfortant et stimulant de contribuer à la réconciliation en créant un contenu autochtone positif, en éduquant l’auditoire sur la culture inuvialuite. [Je peux aussi] soutenir et encourager les jeunes, les communautés et les autres créateurs autochtones », déclare-t-elle.

Jocelyn Joe-Strack abonde dans ce sens?et affirme que ce programme est un outil incroyable pour relever les défis qui jalonnent la voie de la réconciliation.

« Nous avons besoin de toutes les connaissances authentiques et significatives possibles pour pouvoir avancer dans le bon sens. La trame narrative et la créativité que nous offre la plateforme TikTok nous permettent de partager et d’apprendre ensemble, d’une façon merveilleuse ».


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