"La question réaliste, c'est la guérison sociale" : Le juge René Dussault colloque inuit du CEGEP Marie-Victorin

03 avril 1998
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C'est en ces termes que le juge René Dussault a qualifié la situation des peuples autochtones et inuit du Canada lors du deuxième colloque du département d'Études inuit du Collège Marie-Victorin à Montréal, les 25 et 26 mars dernier. Le juge Dussault a été co-président de la Commission Royale d'Enquête sur les peuples autochtones avec Georges Erasmus.

Comme co-président de la Commission, le Juge Dussault a arpenté le Canada durant 178 jours d'audition, à l'écoute des communautés nordiques, des organisations inuit et autochtones, et d'une foule d'experts sur les moyens à prendre pour corriger les erreurs du passé.

Les paroles du juge Dussault étaient à la fois claires, graves et percutantes. Le défi posé au Canada est énorme. Il a cité quelques chiffres effarants. En Saskatchewan, 72% des détenus dans les prisons sont autochtones (incluant les Inuit). 47% au Manitoba. La plupart des détenus proviennent de milieux urbains. Dans les communautés, on note un taux de chômage de 48%.

Les Canadiens devraient être beaucoup plus informés sur les premiers occupants du pays et nos rapports avec eux car les "façons de faire qu'on leur offre ne sont pas du tout adaptées. On a perdu de vue la réalité. L'avenir ne doit pas être construit autour de la loi sur les Indiens." a précisé le juge Dussault. C'est ni plus ni moins à un changement radical d'attitudes et de politiques auquel les auteurs du rapport convient les citoyens canadiens même s'ils ne s'illusionnent pas sur le temps que ça prendra: "Le rapport a des objectifs à long terme."

Le juge a donné comme exemple, les sommes considérables dépensées par le ministère des Affaires indiennes et du Nord annuellement. "C'est comme l'ACDI! Ça profite d'abord à des blancs. Il faut que ces argents-là profitent aux communautés autochtones en premier lieu."

Durant leur tournée du Canada, qui les aura amenés dans 96 communautés, les commissaires y ont constaté partout "une vitalité considérable." Pour sa part le juge Dussault y voit là "une richesse dont on a pas encore bénéficié."

Le conférencier invité a par ailleurs souligné que le défi le plus difficile à relever se trouve dans les mains des autochtones et Inuit eux-mêmes qui doivent retrouver et rebâtir leur fierté tout en développant la vitalité économique de leur communauté. Toute transformation positive doit d'abord passer par la guérison sociale. Il a rappelé que le taux de suicide chez les Autochtones et Inuit du Canada est de 8 fois plus élevé que la moyenne nationale.

Il a attribué cette sinistre statistique au chômage, au désoeuvrement dans les communautés et surtout à la perte du rôle de producteurs pour les hommes en rappelant que le suicide touche d'abord les jeunes hommes.

Il a conclu son allocution en affirmant que le Canada n'a pas le choix et doit aller de l'avant dans ce dossier.
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