Articles de l'Arctique, 14 mai 2021 : Le féminisme décolonial d’une performeuse inuk

Laakkuuluk Williamson Bathory fait partie des 25 finalistes du Prix Sobey pour les arts qui est une vitrine de la scène artistique contemporaine canadienne. L’artiste résidant à Iqaluit pratique l’art de la dance du masque groenlandais depuis son adolescence. (Crédit photo : Jamie Griffiths-Chickweed Arts)

Laakkuuluk Williamson Bathory fait partie des 25 finalistes du Prix Sobey pour les arts qui est une vitrine de la scène artistique contemporaine canadienne. L’artiste résidant à Iqaluit pratique l’art de la dance du masque groenlandais depuis son adolescence. (Crédit photo : Jamie Griffiths-Chickweed Arts)

L’artiste d’Iqaluit Laakkuluk Williamson Bathory est en lice pour un prestigieux prix d’art contemporain.

L’artiste contemporaine inuite, Laakkuluk Williamson Bathory, fait partie des 25 artistes finalistes pour le prix Sobey pour les arts. Créée en 2002, cette distinction est considérée comme la plus prestigieuse sur la scène des arts visuels contemporains au Canada et est administrée conjointement par le Musée des beaux-arts du Canada et la Fondation Sobey pour les arts. Répartis dans cinq catégories géographiques qui couvrent le pays, les artistes finalistes ont la possibilité d’avoir une plus grande visibilité sur la scène internationale.

Sélectionnée avec quatre autres artistes représentant la scène artistique du Nord et des Prairies, Laakkuluk Williamson Bathory a été très émue en apprenant la nouvelle de sa nomination : « Je me suis sentie très petite, très humble et j’ai beaucoup pleuré parce que [mon art] est quelque chose que je continue de faire depuis environ 28 ans. » N’ayant jamais imaginé être un jour finaliste pour ce prix, l’artiste est heureuse de l’impact que sa pratique artistique peut avoir sur le public.

 

Un art ancestral venu du Groenland

Originaire du Groenland du côté de sa mère, Laakkuluk Williamson Bathory est une artiste de la scène, poète et conteuse résidant à Iqaluit. Depuis ses 13 ans, elle s’adonne à l’art de la danse du masque groenlandais appelé l’uaajeerneq. Autrefois bannie par les missionnaires au Groenland, cette pratique vieille de près de 4000 ans, qui a été malgré tout transmise en secret, est une forme d’art performance qui repose sur trois éléments : la peur, la sexualité et l’humour.

« L’uaajeerneq explore les thèmes de la peur, ce que ça signifie d’avoir peur, quelles sont vos limites et comment vous pouvez grandir et être courageux dans différentes situations, explique l’artiste. Il explore également la sexualité comme une célébration de qui vous êtes en tant qu’être humain dans de nombreuses expressions de la sexualité. C’est aussi un art clownesque parce que c’est drôle. » Pour chaque performance, l’artiste crée son propre masque avec du maquillage noir et rouge sur lequel elle dessine avec ses doigts des lignes blanches. L’improvisation et l’interaction avec le public sont aussi au cœur de la prestation qui rend la représentation unique.

 

Un message politique

L’artiste, qui est aussi directrice artistique de l’organisme Qaggiavuut qui fait la promotion de la création d’un espace pour les artistes du Nunavut, anime des ateliers pour les jeunes de ce territoire. Transmettre aux jeunes générations est fondamental selon elle. La pratique de la danse du masque groenlandais apporte un espace d’expression aux jeunes tout en leur permettant d’explorer des facettes d’eux-mêmes. « Dans les ateliers, les jeunes peuvent se sentir à la fois forts et en sécurité dans cette expression, dit-elle. Je suis très fière d’avoir pu interagir avec des jeunes et des artistes inuits depuis de nombreuses années. » C’est par l’exploration des multiples facettes de sa personnalité et de son identité inuite que Laakkuluk Williamson Bathory estime « faire un travail de décolonisation » dans lequel les jeunes, les membres de sa famille et les personnes de sa communauté s’impliquent aussi.

« Plus nous créons et plus nous nous exprimons, plus nous pourrons briser les systèmes oppressifs », pense-t-elle.

Pour Tarah Hogue, membre du jury de sélection et conservatrice de l’art autochtone au musée Remai Modern de Saskatoon, les performances de l’artiste sont « un mélange de sexualité non dissimulée, de clownerie hilarante et d’altérité troublante ».

« Transformateur est un mot approprié pour décrire la pratique artistique de Laakkuluk qui transforme véritablement les espaces institutionnels qu’elle traverse, brise les frontières disciplinaires limitatives et refuse les structures de pouvoir capitalistes et patriarcales, poursuit la conservatrice. Privilégiant la collaboration et l’exploration de ce que signifie être une féministe inuite, les œuvres d’art de Laakkuluk ont beaucoup à offrir au monde. »

 

Sur le territoire

La situation sanitaire délicate au Nunavut a eu raison des ateliers que l’artiste devait animer dans différentes collectivités du territoire. Cependant, la possibilité de se rendre sur le territoire a été salutaire et lui a permis de continuer la pratique de son art. « Nous sommes chez nous depuis 16 mois, raconte-t-elle. Nous n’avons jamais quitté Iqaluit, sauf pour aller sur notre territoire ancestral et en fait, cela a été la plus grande bénédiction [sur le territoire] nous sommes en sécurité et en bonne santé. »

La courte liste du prix Sobey sera annoncée en juin, quatre noms seront alors retenus. Le grand gagnant, choisi par le jury composé de huit personnes issues du monde de l’art du Canada, des États-Unis et du Brésil, sera annoncé à l’automne prochain.

Chacun des 25 finalistes reçoit une bourse de 10 000 $, alors qu’on remet 100 000 $ au grand gagnant.

De son côté, Laakkaluk Williamson Bathory se dit reconnaissante d’être finaliste et estime que les autres artistes, finalistes à ses côtés, sont très talentueux et méritent plus qu’elle le grand prix.

Quelques-unes de ses performances sont visibles en ligne ainsi que ses collaborations artistiques comme « Kiinalik : These sharp tools » présentées à Toronto en octobre 2017.


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